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Infos congo - Actualités Congo - Premier-BET - 08 avril 2024
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Religion

Belgique : un parti dénommé Islam s'invite dans les élections communales et suscitent l’inquiétude

2018-04-10
10.04.2018
Monde
2018-04-10
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Fondé en 2012, ce petit parti veut profiter des prochaines élections municipales en octobre pour s’étendre à Bruxelles et en Wallonie.

Les déclarations contradictoires de ses responsables quant à son projet de mettre en œuvre « la charia » en Belgique font débat, y compris parmi les politiques.

1/Quels sont les faits ?

Avec les mots d’ordre « Intégrité, solidarité, liberté, authenticité et moralité », le parti Islam veut s’implanter dans les municipalités de Belgique. Fondé en 2012, il avait créé la surprise en Belgique lors des élections municipales en obtenant un siège de conseiller communal à Molenbeek et un autre à Anderlecht.

Pour les prochaines échéances d’octobre, le petit parti voit plus grand. Selon son trésorier, Redouane Ahrouch, il présentera des listes « dans 28 des 589 communes de Belgique » : 14 communes parmi les 19 que compte Bruxelles et 14 autres en Wallonie, notamment dans la province de Liège (à Liège, Verviers, Herstal, Ans, Saint-Nicolas et Dison) et peut-être aussi à Namur, Mons et Charleroi. Ses résultats lors des dernières élections fédérales et régionales à Bruxelles et à Liège étaient toutefois insignifiants.

2/Que propose-t-il ?

Les divergences entre les récentes déclarations des responsables du parti Islam compliquent l’analyse.

Mercredi 4 avril, Talal Magri, coordinateur de la campagne des élections communales en Wallonie et future tête de liste à Liège, a accordé une interview à l’agence de presse Belga. Il y explique que « le parti basera sa campagne sur une véritable politique participative mais aussi l’égalité du travail ou du logement sans oublier la thématique du vivre-ensemble et une véritable politique d'intégration,’même si chacun a d'abord des devoirs envers le pays qui l'accueille et cela passe par l'apprentissage de la langue ou de l'histoire du pays ».

Selon la dépêche, le parti Islam souhaiterait « s'écarter d'une image de parti religieux »« Nous défendons des valeurs et pas de dogmes. Nous laissons ça à la religion. Nous voulons d'abord aider nos concitoyens et ce, peu importe la conviction », a affirmé Talal Magri, se disant même « ouvert aux candidats de confession non-musulmane ».

Dans les jours suivants, le trésorier et co-fondateur de la formation, Redouane Ahrouch, élu depuis 2012 à Anderlecht, a toutefois accordé d’autres interviews, dont la tonalité est sensiblement différente. Chauffeur de bus à la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB), il propose notamment de séparer, dans les bus, les hommes et les femmes. Mais ceci pour éviter le « harcèlement ».

« Durant les heures de pointe, certaines personnes, surtout d’origine étrangère, profitent du fait que les véhicules sont pleins à craquer pour se 'coller' aux femmes », assure-t-il. « Ce ne sont pas seulement les femmes musulmanes qui se sentent ainsi humiliées. C'est pourquoi je plaide pour que les hommes montent à l'avant et les femmes à l'arrière ».

Celui qui reconnaissait dans les médias, lors de son élection en 2012, vouloir instaurer la « charia » en Belgique - « mais une charia occidentale », autrement dit « plus orientée vers les problèmes socio-économiques et les problèmes familiaux », complétait-il l’an dernier - s’oppose également à la parité sur les listes électorales, devenue obligatoire en 2012 et qui s’appliquera pour la première fois lors des élections d’octobre.

« La parité homme-femme aux élections ne m’embête pas. Mais nous, ce que l’on prône, c’est qu’il y ait d’office un homme positionné en tête de liste. Un homme vrai, courageux. J’estime que l’homme doit tirer la liste, c’est logique. L’homme devant, la femme derrière, et comme ça, elle se sent aussi en sécurité », a-t-il affirmé au site DH.be.

Quant au président du parti Islam, Abdelhay Bakkali Tahiri, il reconnaît vouloir « s’inspirer du Coran », dans sa dimension « éthique », mais relativise la portée de la promesse de son parti d’appliquer la « charia ». « La charia, c’est comme les sacs, elle peut prendre la forme de ce qu’on y met », a-t-il affirmé au journal Sud Info. « Selon les textes, les plus aimés par celui-ci sont ceux dont les actions profitent le plus. Si nous établissons une justice sociale, nous serons aimés de Dieu. La charia où on coupe des mains est celle des ignorants, de personnes désireuses de soumettre les citoyens. Quand on étudie correctement la Constitution belge, celle-ci correspond déjà à 80 % au Coran ». Il n’a pas précisé quels en étaient les 20 % manquants...

3/ Quelles réactions  ?

Les différentes propositions des responsables du parti Islam ont immédiatement suscité une levée de boucliers en Belgique. Plusieurs membres du gouvernement et parlementaires se sont prononcés pour son interdiction.

C’est le cas du secrétaire d’État à l’asile et la migration (N-VA, nationalistes flamands) Theo Francken. « Dans leur monde régi par la charia, les femmes n’ont pas de droits. Et cela commence avec une ségrégation dans le transport public. Ce parti ISLAM me révolte [...] C’est cracher sur l’Europe », a-t-il écrit sur Twitter.

C’est le cas aussi de sa collègue à l’égalité des chances, Zuhal Demir, femme politique belge d’origine kurde, elle aussi membre du N-VA, pour qui « le parti Islam est le sommet de l’iceberg, sa partie émergée ».

Des députés comme Richard Miller (MR) ou Olivier Maingain (Défi) ont émis le souhait, pour rendre possible cette interdiction, « d'inscrire la laïcité dans la Constitution ».

« Entendons-nous bien, le parti Islam n’est pas une alternative qu’il faudrait accueillir comme pis-aller : c’est une énième piqûre de rappel qu’il y a un malaise profond traversant l’ensemble de la société, y compris sa composante musulmane », écrivent l’islamologue Michaël Privot et le politologue Sébastien Boussois dans une tribune publiée sur le site Saphirnews. « Et on aura bon briser le thermomètre Parti Islam » [...], la fièvre reste là et continuera à produire ses effets d’implosion du corps social ».

Anne-Bénédicte Hoffner
La Croix
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