Après
1860 et l'abolition officielle de la traite par les Européens, la traite
atlantique fut peu à peu relayée par la traite orientale et australe
sous l'impulsion des Swahili (peuples africains nés de pères arabes).
Elle se développa davantage dans le Nord du Congo où elle permit
aux Zandés, guerriers originaires du Soudan, d'accroître leur puissance.
Dans la région des Uélé, Dem Ziber exporta des esclaves
d'une part vers Khartoum et le Caire; et d'autre part, vers Kouka, le Fezzan
et Tripoli. Dans le Sud, elle fut l'uvre des "arabisés"
comme Msiri et Tippo-tip.
Cette traite arabe, qui perdura jusqu'à la fin du XIX e siècle,
provoqua des migrations de populations; ce qui explique la présence de
minorités musulmanes dans l'est du pays.
Qu'elle soit occidentale ou orientale, la traite a eu un effet dramatiquement
destructeur sur les sociétés africaines. Cette effroyable hémorragie
est difficile à évaluer. Voici d'ailleurs comment l'historien
Elikia M'bokolo en trace les conséquences :
"Même habitué au spectacle des crimes qui jalonnent l'histoire
de l'humanité, l'historien ne peut s'empêcher d'éprouver
un mélange d'effroi, d'indignation et de dégoût à
remuer les matériaux relatifs à l'esclavage des Africains. Comment
cela a-t-il été possible ? Et si longtemps, et à une telle
échelle ? Nulle part ailleurs dans le monde ne se rencontre en effet
une tragédie d'une telle ampleur.
C'est par toutes les issues possibles - à travers le Sahara, par
la mer Rouge, par l'océan Indien, à travers l'Atlantique - que
le continent noir a été saigné de son capital humain. Dix
siècles au moins (du IXe au XIXe) de mise en servitude au profit des
pays musulmans. Plus de quatre siècles (de la fin du XVe au XIXe) de
commerce régulier pour construire les Amériques et pour la prospérité
des Etats chrétiens d'Europe. Ajoutez à cela des chiffres, même
très controversés, qui donnent le vertige. Quatre millions d'esclaves
exportés par la mer Rouge, quatre millions encore par les ports swahilis
de l'océan Indien, neuf millions peut-être par les caravanes transsahariennes,
onze à vingt millions, selon les auteurs, à travers l'océan
Atlantique.
Ce n'est pas un hasard si, parmi tous ces trafics, c'est " la traite
" dans l'absolu, c'est-à-dire la traite européenne et transatlantique,
qui retient le plus l'attention et suscite le plus de débats. Elle n'est
pas seulement, jusqu'à ce jour, la moins mal documentée. Elle
est aussi celle qui s'est attachée de manière exclusive à
l'asservissement des seuls Africains, tandis que les pays musulmans ont asservi
indifféremment des Blancs et des Noirs. Elle est enfin celle qui, de
toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle
de l'Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable
du continent, sa colonisation par l'impérialisme européen du XIXe
siècle, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore
accablés. " (Elikia M'bokolo, "La dimension africaine de la
traite des Noirs", le Monde diplomatique, 1998 1)
L'ironie voulant justement que - s'ajoutant à un effort de coordination
scientifique international - sous couvert de lutter contre la traite (arabe
en l'occurrence) que Léopold Il s'octroya le Congo.