Avant de parler du commerce inhumain, précisons d'abord, que la traite
n'est pas née du racisme ! L'esclavage, est un phénomène
aussi vieux que le monde. Dans sa forme archaïque, il se présente
comme une manière de rentabiliser le "butin de guerre humains"
: les vaincus.
Et
même en Afrique traditionnelle, ce phénomène n'était
pas inexistant. Dès lors, si la traite des Noirs a pu se développer,
c'est parce qu'elle a pu compter sur une certaine compréhension du phénomène
par les autorités aristocratiques locales qui à l'occasion vendaient
des prisonniers de guerres, des débiteurs insolvables ou encore des personnes
condamnées.
C'est plutôt l'idée "généreuse " de Bartholomé
de Las casas préconisant la protection des indiens et la conséquence
d'un besoin d'une main d'uvre efficace pour l'exploitation des colonies
du Nouveau Continent qui allait faire de ce fléau le lot exclusif des
Noirs Africains.
Constituant malheureusement l'une des "denrées" les plus demandées,
les esclaves noirs furent déportés par millions du XVe au XIXe
siècle vers l'Amérique.
Ce trafic de chair humaine fut introduit au Congo (comme ailleurs en Afrique)
par les Portugais. Le port principal d'exportation et le plus ancien était
Mpinda, dans une crique de la rive sud de l'embouchure du Congo.
C'est à Mpinda qu'avait débarqué la première expédition
portugaise; c'est de là, qu'au cours des siècles suivants furent
exportés par dizaines de milliers de malheureux esclaves noirs. Mpinda
fut d'ailleurs à diverses reprises disputé dans l'histoire. A
l'aube des temps modernes, les autres puissances européennes entrèrent
dans ce commerce et se firent concurrence: en même temps que croissait
la force de la France, de l'Angleterre et des Pays-Bas, s'amorçait le
déclin du Portugal.
Au
XVe siècle, seul le Bas Kongo est touché, au siècle suivant
le bas Kasaï et le Katanga sont atteints; puis le pays entier entraînant
des razzias meurtrières, des guerres incessantes entre tribus et entre
royaumes, et finalement la dislocation de ces systèmes étatiques.
Au XVIIIe et jusqu'en 1860 la traite est très importante, destinée
surtout au Brésil mais atteignant aussi la région orientale pour
alimenter Zanzibar ou Quelimane.
Déjà au XVIIIe siècle, l'opinion publique avait pris conscience
de la situation et une forte réaction s'était dessinée
contre le trafic de chair humaine. Cette réaction alla s'accentuant.
Les idées de 1789 ouvrirent une ère nouvelle. L'Angleterre prit
les devants dès 1807, elle abolissait la traite et dès 1833 l'esclavage
dans ses colonies; cet exemple était suivi par le Portugal en 1835 et
par la France en 1848.
Mais longtemps encore, ces décrets devaient rester lettre morte : ils
se heurtaient à trop d'intérêts commerciaux. Dans la pratique,
ils aboutirent à rendre clandestin le trafic des esclaves; en 1850, l'estuaire
du Congo était encore bordé de nombreux entrepôts d'esclaves
dont Boma était le grand centre d'approvisionnement. Bientôt même,
ce sera jusqu'au Katanga, chez Msiri, que les Portugais iront acheter des hommes.
En fait, il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour voir enfin,
grâce notamment à l'introduction de nouveaux moyens de production,
s'éteindre l'esclavagisme.