Des sources concordantes font état de lasphyxie progressive de
la ville de Bukavu par des rebelles rwandais des FDLR (Forces Démocratiques
pour la Libération du Rwanda), qui se sont rendus maîtres de sa
périphérie depuis quelques jours. En effet, chassés du
Nord-Kivu voisin à la fin du mois de janvier dernier à la suite
des opérations militaires conjointes menées par les armées
rwandaises et congolaises, les précités ont choisi le Sud-Kivu
comme nouvelle base arrière. Mais, au lieu de se limiter à la
défense, les rebelles Hutu rwandais ont décidé dériger
des barrières. Les plus visibles sont celles jalonnant laxe Bukavu-Mwenga
dune part, et dautre part, celles positionnées sur laxe
Bukavu-Bunyakiri. Au sortir du dernier week-end, lunique voie de sortie
et dapprovisionnement de Bukavu restait celle menant à Uvira. Sagissant
des axes quils contrôlent, les FDLR interdisent tout mouvement des
personnes et de leurs biens. Ce qui, naturellement se traduit par la pénurie
lente mais sûre des denrées alimentaires et des produits manufacturés,
sanctionnée par la flambée des prix. Les stocks des produits de
consommation courante tels que le riz, la pomme de terre, le haricot, la viande,
le poisson, la banane plantain, larachide, lhuile végétale,
la purée de tomate sépuisent à un rythme qui fait
craindre le pire à des milliers des ménages de Bukavu. Cest
presque lexpectative face à des éléments FDLR lourdement
armés, qui semblent décidés à faire payer aux populations
civiles le prix de lalliance militaire rwando-congolaise.
Silence radio du côté officiel Pendant que les paysans, les éleveurs,
les commerçants ainsi que des milliers des citoyens résidant à
Bukavu se posent des questions au sujet dun blocus qui ne dit pas son
nom dont ils sont lobjet de la part des « forces négatives
» étrangères, les officiels provinciaux observent un silence
qui intrigue. Attendraient-ils des instructions de Kinshasa pour élever
ne serait-ce une protestation verbale ? Les autochtones trouvent anormal que
des rebelles étrangers se permettent le luxe daffamer toute une
ville qui héberge plus dun demi-million dâmes, sans
quune explication claire ne leur soit fournie par ceux qui ont la charge
de garantir leur protection, ainsi que celle de leurs biens. Les rebelles des
FDLR paraissent si menaçant que daucuns craignent quils ne
lancent, un de ses quatre matins, une attaque contre le chef-lieu du Sud-Kivu,
à limage des troupes insurgées conduites par le colonel
dissident Jules Mutebusi en juin 2004. Et, aussi curieux que cela paraisse,
cest le mois de juin qui apporte une nouvelle vague de frayeur aux «
Bukaviens ».
Vivement Kimia II
Face à la famine et linsécurité qui secouent leur
ville, de nombreux habitants de Bukavu ont les regards tournés vers Goma,
où le Chef dEtat-Major Général des FARDC, le général
Etumba, met la dernière main à ce qui paraît de plus en
plus comme la préparation du lancement de « Kimia II », du
nom de lopération qui devrait conduire au nettoyage des poches
des forces négatives congolaises et étrangères, notamment
rwandaises, qui écument le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Ils en appellent
vivement au bouclage rapide de la périphérie de Bukavu par larmée
nationale, de manière à mettre un terme à une occupation
militaire de fait qui commence à troubler de nombreuses consciences.
LRA et FDLR : un problème congolais
Après avoir réussi à faire éloigner la menace sécuritaire
que les rebelles de la LRA (Armée de Résistance du Seigneur) et
des FDLR entretenaient à leurs frontières, lOuganda et le
Rwanda sont peinards. Ces deux mouvements rebelles, refoulés à
lintérieur du territoire congolais, sont devenus un problème
spécifique aux Congolais. Désormais, cest au gouvernement
congolais de mobiliser tout seul les moyens humains, matériels et financiers
nécessaires à la neutralisation de ces « forces négatives
». Et, ce nest pas une mince affaire, au regard de leur nombre,
de leur puissance de feu, de leur connaissance du terrain et de la multitude
de complicités internes et externes dont ils bénéficient
pour leurs approvisionnements en armes et le financement, par lexploitation
et lexportation des minerais en contrebande, de leurs activités
nuisibles à la paix. Combien de temps va prendre loccupation militaire,
par ces groupes armés étrangers, des pans entiers des territoires
de la Province Orientale, du Nord et du Sud-Kivu ? Rien ne permet de le deviner.
En conséquence, la RDC post-conflit continue de porter la croix des alliances
contre-nature, qui font plus de mal que de bien à ses citoyens.