Que
Olivier Kamitatu ait jeté le pavé dans la mare en invitant le président
de la République au réajustement institutionnel : que lex-gouverneur
de la province de lEquateur ait ouvert la boîte de Pandore en fustigeant
lattitude passive de son parti, le MLC, à son endroit, il y a là
des signaux forts qui ne trompent pas. Quelque chose est en train de bouger au
sein de lAMP, majorité au pouvoir, et à lUN, Union pour
la Nation qui incarne lOpposition. Entre les deux événements
politiques, il y a bien sûr ce « ballon dessai » sur la
révision constitutionnelle. Les avis sont déjà partagés
au risque dentretenir une grande controverse autour de cette révision
constitutionnelle. Déduction ? La recomposition du paysage politique pointe
déjà à lhorizon et il ne fait lombre daucun
doute que l implosion est prévisible.
La rentrée politique est vraiment effective avec tous ces événements
qui se succèdent, voire même se croisent. Il y a déjà
beaucoup à dire au sein de lAlliance de la majorité présidentielle,
AMP, depuis quil est question de restructurer cette plate-forme et de
procéder à la nomination de nouveaux animateurs.
Mais le « grand coup » est venu du président de lAlliance
pour le renouveau du Congo, ARC. Il sagit de Olivier Kamitatu, qui est
également ministre au Plan. Dans une déclaration politique, il
a invité le président de la République à procéder
« au réajustement institutionnel ». Bien plus, il a dénoncé
« la culture de jouissance » de certains membres de la plate-forme
qui se distinguent par lauto-satisfaction. Juste ce quil fallait
pour permettre à certains observateurs de relever que les flèches
étaient destinées au gouvernement, et plus particulièrement
au Premier ministre, Adolphe Muzito.
Depuis, lon assiste à une série de tirs croisés.
Dun côté, certains membres de l AMP reprochent à
Kamitatu dêtre allé plus loin. Quil nest pas
aisé quun membre dun gouvernement, par surcroît allié
à l AMP, se permette de telles invectives qui devraient se faire
à huis clos. Aussi, pensent-ils que Kamitatu fait bouger les choses dans
le but de se frayer un passage qui pourrait le conduire à la Primature.
Selon, le secrétaire exécutif adjoint de l AMP, «
au sein de lAMP, la critique est libre et démocratoque. Mais la
décision revient au chef de l Etat, l Autorité morale.
Et nous la respectons quand elle est prise».
Dautres, par contre, estiment que Kamitatu a posé là un
véritable problème et quil y a lieu de sy appesantir
sérieusement. Un problème qui soulève le « bilan
mitigé du gouvernement ». Le moment est venu, dans lintérêt
de lAMP, de restructurer les institutions en vue de rencontrer les préoccupations
des populations. A 427 jours de la fin de cette législature, ce serait
une erreur éléphantesque de se complaire dans lautosatisfaction
et limmobilisme.
LE COUP DE GUEULE DE MAKILA
Pendant quà l AMP, la contradiction est en train de sinstaller,
la dernière sortie de José Makila, désormais ex-gouverneur
de la province de lEquateur, soulève aussi plusieurs interrogations.
Haut cadre du Mouvement pour la Libération du Congo, José Makila
simposait déjà comme le « successeur » de Jean-Pierre
Bemba à la tête du MLC.
Cest ainsi quau lendemain de larrestation de Bemba, on lui
prêtait les intentions dassumer son intérim. Doù
ces rumeurs sur son bras de fer avec lactuel secrétaire général,
lhonorable François Mwamba. On disait des deux quils nétaient
plus en odeur de sainteté, et chacun empruntait sa propre voie pour aller
réconforter le président national du MLC, toujours détenu
par la CPI, à La Haye. Mais tant que José Makila occupait le fauteuil
de Gouverneur de la province de lEquateur, lun et lautre se
faisaient encore violence. Or, José Makila, avec la dernière décision
de la Cour suprême de justice, nest plus gouverneur de province.
Dans son dernier point de presse, il est alors sorti de ses gongs, fustigeant
« lattitude passive de son parti » à son endroit. Il
reproche au MLC de ne lavoir pas soutenu pendant toute cette épreuve
qui lui a été imposée. La conclusion est facile à
deviner. Makila a certainement tiré toutes les conséquences de
cette attitude : « Je suis politicien. Jai une grande plantation,
avec des vaches. Je continuerai à faire la politique, parce que lEquateur,
cest aussi Makila ». Cest tout dire.
Bien avant Makila, Delly Sessanga faisait quasiment la même observation.
Il sinquiétait de labsence « dun débat
» au sein du MLC et quil ne voyait aucun inconvénient à
la naissance dun autre courant au sein du parti pour un débat contradictoire
et démocratique. Entre-temps, le député Yves Kisombe venait
dêtre exclu du parti ; suivi quelques mois plus tard de Masegabio
qui a quitté le navire. Des faits qui montrent à suffisance que
le MLC est soumis désormais à rude épreuve surtout que
son « chef charismatique » est privé de lexercice de
ses droits politiques pour des raisons connues de tous.
PAYSAGE POLITIQUE
Limplosion nest pas à écarter. Elle est en marche.
Les signaux nécartent pas cette éventualité. Olivier
Kamitatu a jeté le pavé dans la mare, il a dit tout haut ce qui
se dit tout bas à lAMP. Son attitude a ce mérite de briser
la monotonie et de faire preuve dun certain réalisme tant il demeure
vrai que la politique est dynamique. Des ambitions ? Chaque acteur ne peut les
manquer. Cependant, au-delà des interprétations personnelles et
sélectives, lAMP a lobligation morale et politique de simposer
une introspection et de faire son pré-bilan pour se doter dune
nouvelle feuille de route, dun programme commun pour le dernier parcours
en prévision des élections locales, municipales et surtout celles
de 2011.
Le MLC est appelé à faire le même exercice. En effet, labsence
de Jean-Pierre Bemba doit inciter ce parti qui sert de locomotive à cette
opposition constitutionnelle, disons plurielle, à plus de pragmatisme.
Que le moment est venu de se doter dun « chef de lOpposition
» pour mieux exprimer les ambitions politiques.
Ce serait une grosse erreur politique dentretenir également «
cette culture de jouissance, dauto-satisfaction » dans lOpposition.
En vérité, ces faits imposeront deux-mêmes la recomposition
du paysage politique qui se précise au fil des jours. Car, ce «
ballon dessai » sur la révision constitutionnelle intéresse
tous les acteurs politiques, de la majorité et de lopposition.
Elle peut provoquer le repositionnement politique qui conduira indiscutablement
à un nouveau paysage politique. Cela est dautant plus vrai que
désormais tous les calculs politiques se font en fonction des élections
locales et municipales prévues au plus tard en juin 2010, sauf imprévu.
Mais surtout les élections de 2011.
Autre élément à prendre en compte : la déchéance
du président de lAssemblée provinciale du Bas-Congo. Le
mouvement va se généraliser. ça bouge !