Quelques mois après la tenue à Kinshasa des Etats généraux
des Mines, lEtat congolais a toujours du mal à cerner les contours
dun secteur qui semble lui échapper. Des analyses fiables parlent
des pertes annuelles évaluées à des milliards de dollars
américains pour la seule province du Katanga, en ce temps où les
cours du cuivre se négocient à près de 9.000 Usd la tonne
sur le marché mondial. La criminalisation de léconomie nationale
inquiète tous les milieux congolais et étrangers. Les faits sont
scandaleux dans le secteur des mines, transformé en véritable far
west. La cause principale est laliénation des richesses nationales
par divers stratagèmes montés pour contourner certaines dispositions
pertinentes du Code minier de 2002. Mais le grand perdant de ce flou artistique
demeure évidemment lEtat congolais qui, bon gré mal gré,
doit se plier aux contraintes parfois humiliantes de lextérieur pour
financer les « cinq chantiers » de la République. Pourtant,
la poule aux ufs dor est bien à ses côtés et continue
- par compromission certainement - à faire la part belle à la grande
maffia qui a pris en otage tout le secteur minier congolais.
Lévaluation à mi-parcours du Code minier congolais, six
ans après sa promulgation en juillet 2002, a été le thème
central des Etats généraux des Mines organisé à
Kinshasa. A cette occasion, différentes parties impliquées dans
la revalorisation des ressources minières congolaises, lEtat congolais
en première ligne, se sont penchées sans complaisance sur les
ajustements à opérer pour que la Rdc, pays pauvre très
endetté, tire profit de ses immenses potentialités minières.
Tous - gouvernement, entreprises minières ou mandataires en mines -
ont reconnu la nécessité de réajuster le tir pour faire
du secteur minier un véritable levier de développement. Cest
donc sur des règles de jeu clairement établies que se sont clôturés
les Etats généraux des Mines. Mais, quelques mois après
ces assises, annoncées cependant comme le signe dun renouveau dans
les mines, le doute persiste. Pas de changement notoire, selon les experts de
ce secteur. Tout se passe comme si rien na été dit sur lavenir
des mines congolaises. Qui pis est, les irrégularités ou les dysfonctionnements
pourtant relevés lors des assises, se sont amplifiés, laissant
le secteur des mines à la merci dune maffia dont les ramifications,
au départ de Kinshasa, dépassent les frontières nationales.
Bref, les mines congolaises sont prises en otage. Et, les commanditaires de
ce qui a tout lair dun « crime économique » se
recrutent dans le pays. Ils ont, à un moment de lhistoire de ce
pays, négocié des contrats ou conventions minières aux
clauses compromettantes. Linstitutionnalisation dune commission
de revisitation des contrats miniers n a encore rien apporté de
changement radical. Preuve que les mines congolaises ne sont encore congolaises
parce que situées en RDC, leur contrôle échappe totalement
à lEtat congolais. Les manettes du mode dexploitation se
trouvent loin du pays, à Johannesburg, Toronto, Londres, New-York, etc.
DES MILLIARDS USD ECHAPPENT A LETAT
« La République démocratique du Congo est un pays minier
qui doit absolument vivre de ses mines ». Cette précision qui ressemble
à un véritable cri dalarme est dun haut cadre dune
entreprise publique du secteur minier. Il sest rendu à lévidence
quaprès plusieurs missions dinspection dans les régions
minières, notamment dans les provinces du Katanga et du Kasaï oriental,
lEtat congolais est floué. Car, ne tirant aucunement profit du
bon comportement des cours des métaux ou des matières précieuses
et semi-précieuses sur le marché mondial.
Les grands bénéficiaires restent, en pareil cas, des entreprises
minières qui jouissent dune protection à différents
échelons du pouvoir. La plupart dentre elles opèrent en
déphasage de la législation minière en vigueur en RDC.
61 dentre elles ont été dans les mailles de la commission
de revisitation des contrats miniers. Aucune delles na été
jugée viable. Dautres devaient purement et simplement se soumettre
à la procédure de déchéance des titres leur octroyés.
Mais, où en sommes-nous aujourdhui ? Sur terrain, aucune avancée
significative na été enregistrée. Preuve que les
parrains de lune ou lautre dentre elles se sont vite activées
pour étouffer les ardeurs dun gouvernement jugé trop regardant
surtout quil sagit dun secteur où sentrecroisent
des intérêts à visages multiples.
Malheureusement, cest la réalité du secteur minier congolais.
La maffia senracine au point de devenir aujourdhui un mode de gestion
où lEtat congolais na de revenus que des miettes exprimées
soit en termes de droits superficiaires, de redevances minières, soit
de droits et taxes dues à lexportation. La grande cagnotte est
partagée entre les membres du cartel, dont les grands stratèges
sont bien hors des frontières nationales.
Lon voulait bien faire des mines le fer de lance de léconomie
nationale, mais elles sont actuellement le symbole dune malédiction,
condamnant tout un gouvernement à la disette lorsque des particuliers
se tapent des millions de dollars américains du fait de leur participation
à un plan de dilapidation des ressources minières. Voilà
létat dans lequel se trouve le secteur minier congolais, fragilisé
et inapte à servir de repère à la reconstruction nationale.
Que gagne un pays qui fonde le rêve de relance du secteur minier en privilégiant
limplantation sur son territoire des unités partielles de traitement
des minerais ? Pourtant, cest ce qui se passe au Katanga où lEtat
congolais est incapable dimposer une ligne de conduite ferme à
suivre par différents opérateurs miniers. A Lonshi, à une
cinquantaine de kilomètres de la frontière zambienne, la Compagnie
minière de Sakania (Comisa) tire des minerais bruts quelle va exploiter
dans ses usines de Ndola. A quelques kilomètres de là, toujours
à Sakania, Frontier sprl, filiale de First Quantum minerals, a construit
un concentrateur à près dun kilomètre de la frontière
zambienne. Les concentrés sont une fois de plus traités pour y
extraire une cathode de cuivre à 99,99% en Zambie. Cest le cas
pour Ruashi Mining, Anvil Mining et toutes les autres entreprises minières
qui pullulent au Katanga. Mais, que gagne donc un pays qui privilégie
sur son sol lexploitation des bruts ou le traitement à stade intermédiaire
de ses minerais ? Ironie du sort, ces entreprises minières opèrent
en toute quiétude par le fait dune complicité interne qui
trouve son compte là où les intérêts de lEtat
sont totalement floués.
A titre dexemple, allusion a été faite à lexportation
des concentrés, des produits miniers à létat brut,
à partir de la province du Katanga. Ces concentrés contiennent
plusieurs dérivés, dautres substances minérales.
Pour le cas du cuivre, il sagit du nickel dont la teneur estimée
à 1,8 est de bonne qualité, constituant en soi des minerais. Selon
une estimation faite dernièrement, une société qui a exporté
ce concentré a réussi à vendre du nickel à létranger
pour une valeur de 580 millions de dollars US. Mais puisquau départ
il ne sagissait que du concentré, lEtat congolais na
vu que du noir.
LA COMPROMISSION
Dans lhypothèse où dix entreprises enregistrées
en RDC réussissaient une telle opération chaque année,
on conviendra avec nous que lEtat congolais perd annuellement 5 milliards
de dollars US. Pour un pays qui ne dispose pas dun budget annuel de plus
de trois milliards de dollars Us par an, une telle perte monstrueuse est une
véritable catastrophe pour la Nation congolaise. Car en fait, selon toujours
ces éléments dinvestigation, ce sont des pays limitrophes
qui en tirent profit. Le concentré sorti de la RDC grâce à
un permis dexploitation délivré à la légère,
est traité à lextérieur pour dégager dautres
substances minérales. Pas étonnant que l on apprenne que
des pays non producteurs des produits précieux et semi-précieux
trônent en bonne place dans le palmarès des pays exportateurs de
ces minerais alors que la RDC, pays producteur, saccroche incroyablement
au bas du classement. Cest vraiment scandaleux.
Le scandale atteint son comble dans la sous-évaluation des matières
précieuses. Ce qui provoque en plus une sous-estimation des ressources
financières de lEtat. Une situation qui se répercute devant
le cours international. Faute de réagir en conséquence, de tailler
le diamant sur place à limage du Botswana, lEtat congolais
narrive pas du tout à vendre lor, le diamant au moment opportun
pour réaliser des bénéfices conséquents. Moins encore,
il ne saisit point limportance de certains minerais en vue de bénéficier
des faveurs du cours du marché international. Tel est le cas du niobium
et dindium. Ces minerais qui interviennent dans la fabrication des ordinateurs,
des écrans plats de télévision et téléphones
portables ont vu leurs prix prendre de lascenseur.
Prenons le cas de lindium. Son prix en 2001 était de 70 Usd le
kg, en 2005 il se négociait à 1.000 Usd le kg. Mais puisque personne
ne fait attention à ce minerai, la République démocratique
du Congo nest pas encore citée comme pays producteur. La suite
est facile à deviner.
Le moment est venu pour que des décisions draconiennes soient prises.
La parole est au gouvernement afin darrêter cette gabegie financière.