Kinshasa, jeudi 2 septembre 2010
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Contrats miniers : Le Groupe Forrest ouvre ses livres


Après avoir fait couler encre et salive en fin d’année dernière, en raison des atermoiements du gouvernement pour leur publication, les conclusions de la commission mixte Gouvernement-Société Civile chargée de revisiter les contrats miniers en République Démocratique du Congo ont finalement été communiquées à l’opinion au mois de mars de l’année en cours. Les résultats n’ont pas démenti les pronostics pessimistes qui prédisaient le caractère léonin de l’écrasante majorité de ce type d’accords.

Les observateurs avertis reconnaissent au Groupe Forrest le fait de s’être placé à l’avant-garde des opérateurs miniers qui réclamaient l’étalage, sur la place publique, du tableau d’ensemble des contrats miniers liant l’Etat congolais, directement ou sous couvert de l’entreprise publique Gécamines, aux privés. La volonté affirmée du Holding piloté par George Arthur Forrest était de permettre à l’opinion publique elle-même de faire la différence entre les investisseurs aux mallettes vides et ceux qui contribuent réellement à la création des richesses en faveur du Congo et des Congolais. Ainsi, en jouant à fond la carte de la transparence, il pensait sincèrement tordre le cou à l’amalgame qui s’était solidement installé dans le secteur minier à la suite du flou longtemps entretenu par le gouvernement lui-même autour du travail de dépoussiérage des contrats miniers. Mais, deux mois après la publication des conclusions de la commission de revisitation et le constat amer du ministre des Mines lui-même, selon lequel plus de 4.000 titres miniers en circulation en RDC consacraient le bradage du patrimoine minier national, la confusion tend à s’ériger en système.


Comptes à livres ouverts

Aussi, dans le souci de montrer aux décideurs politiques comme aux populations congolaises qu’il n’a rien à cacher, le Groupe Forrest a décidé d’ouvrir ses livres de comptes au grand public, dans la droite ligne des recommandations de l’ITIE (Initiative de Transparence des Industries Extractives. Il convient de signaler au passage que cette structure compte, au plan national, entre autres membres, le patron du Groupe Forrest, avec des représentants du gouvernement, de la Société civile et des opérateurs miniers privés.
Le rapport d’activités du Groupe Forrest pour l’exercice 2007 renseigne que les sociétés minières membres dans lesquelles il détient des participations, notamment la Compagnie Minière du Sud Katanga (CMSK), la Société pour le Traitement du Terril de Lubumbashi ( STL), et la Minière de Musoshi et Kinsenda (MMK) ont rapporté au fisc congolais la rondelette somme de 18.950.000 Usd ( dix-huit millions neuf cent cinquante mille dollars américains). Le partenariat liant le Groupe Forrest (60 % des parts) et la Gécamines (40 % des parts) dans la Compagnie Minière du Sud Katanga (CMSK) s’est traduit en 2007 par des royalties de 15.250.000 Usd en faveur de la Gécamines, que de mauvaises langues ont tendance à présenter comme perdantes dans ses joint-ventures avec le Groupe Forrest.
Il est à signaler que le Groupe Forrest (25 % des parts), la Gécamines (20 % des parts) et la firme américaine OMG (55 % des parts) sont présents dans l’actionnariat de STL ( Société pour le Traitement du Terril de Lubumbashi). Grâce à cette association, STL a affiché en 2007 une production de 5.500 tonnes de cobalt, de 3.200 tonnes de cuivre et de 23.000 tonnes de zinc. En termes de dividendes, la Gécamines a empoché en 2007 la somme de 89.000.000 Usd ( quatre-vingt neuf millions de dollars américains rien qu’avec la vente de la scorie du terril à ses deux partenaires. Les recettes de la totalité de la production du zinc lui est également revenue, soit 40.000.000 Usd ( quarante millions de dollars américains).
Au bas mot, la Gécamines a engrangé en 2007, grâce à son association avec le Groupe Forrest dans CMSK et STL une bagatelle de 144.000.000 Usd (cent quarante-quatre millions de dollars américains). Des tels chiffres circulent généralement dans les coulisses de la comptabilité privée, tant et si bien que le commun des mortels ignore les enjeux réels des contrats miniers entre la Gécamines et le Groupe Forrest et de son attachement à cet investisseur qui lui apporte chaque mois la bouffée d’oxygène financière nécessaire à sa survie.

Défi aux « taupes »

L’ouverture, par le Groupe Forrest, de ses livres des comptes au public constitue un terrible défi pour les « taupes » du secteur minier, qui adorent opérer dans la totale opacité. S’il y a un vœu qu’émettent les experts miniers et fiscaux, c’est celui de voir d’autres investisseurs miniers jouer la carte de la vérité des chiffres, en fixant l’opinion sur la nature de leurs activités, les gains ou pertes qu’ils génèrent en faveur ou en défaveur de l’Etat congolais, propriétaire de l’espace minier national.
Ce serait un vrai régal pour les amateurs des statistiques que d’avoir, devant leurs yeux, des fichiers reprenant le niveau des productions annuelles du cuivre, du cobalt, du zinc, du diamant, de l’or, de la manganèse, du coltan…mais surtout la hauteur de leurs contributions dans l’assiette fiscale de la République démocratique du Congo, sans oublier les dividendes destinés à la Gécamines ou d’autres entreprises minières publiques ou d’économie mixte.
En fait, une vue panoramique des activités et des apports financiers de chaque opérateur minier en RDC aiderait à balayer toutes les zones d’ombre qui empêchent l’Etat et le peuple congolais de savoir qui fait quoi et apporte quoi dans le domaine de la prospection, de l’exploitation et de la commercialisation des produits miniers congolais. Ainsi pourrait prendre fin - pour emprunter une expression chère aux politiciens - « le bal des chauves ».

Le Groupe Forrest fidèle à son leadership

Présent en terre congolaise depuis 1922, le Groupe Forrest se veut un partenaire fidèle de l’Etat congolais et de ses enfants, sur tous les « fronts » où il se bat en première ligne : mines, cimenterie, infrastructures, santé, agro-alimentaire. Le montant global de ses apports fiscaux en faveur de l’Etat congolais en 2007 est évalué à 46.833.000 Usd ( quarante-six millions huit cent trente-trois mille dollars américains). A ce titre, son leadership est incontestable, surtout qu’il est signalé aussi comme un des plus gros créateurs d’emplois en RDC, avec un personnel fort de 15.000 unités au 15 mai 2008.
Pendant que les « taupes » de l’industrie minière se cachent, pour ne pas s’exposer au ridicule, le Groupe Forrest pour sa part a pris le parti de se présenter devant le «tribunal populaire » pour dire sa vérité sur la marche de ses affaires en RDC, dans les mines comme ailleurs. Il a décidé d’engager, contre lui-même, le pari de la transparence particulièrement dans le secteur minier, où des prédateurs sans foi ni loi appauvrissent chaque jour le Congo d’aujourd’hui, hypothéquant du coup l’avenir de ses filles et fils. D’autres candidats à la « confession publique » sont vivement réclamés sur l’échiquier minier et fiscal national.



Jacques Kimpozo Mayala
Kinshasa, 29/05/2008 (Le Phare, via mediacongo.net)
 
 
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