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LE VATICAN- L-ARGENT ET LE POUVOIR

LE VATICAN, L’ARGENT ET LE POUVOIR

Par Frédéric Harcourt

Mise en page par Jean le Duc et correction et publication par l’Evangéliste Prof Dr Robert KIKIDI

INTRODUCTION:

Derrière les hauts murs qui enserrent le Vatican, se cache une puissance mondiale financière et politique. Discrète. Coupée du monde extérieur. Connue d'une poignée de personnes seulement. Parfois, une information filtre; le plus souvent, quand quelque chose ne va pas : un scandale, comme celui de la Banco Ambrosiano, les placements 'imprudents' du cardinal Marcinkus... Frédéric Hacourt, journaliste à Rome, rompt le mur du silence et nous emmène à travers les dédales du Vatican. A travers les structures, l'organisation, vers le centre de décision véritable: là où se cachent les finances.


1] LE GOUVERNEMENT DE L’EGLISE
Saint-Siège et Vatican
A Rome, le visiteur qui passe le Tibre serpentant au milieu de la ville et emprunte l'avenue de la Conciliation, brèche rectiligne taillée par les architectes du fascisme, débouche sur la place Saint-Pierre. Et devant la majesté simple des deux demi-cercles de colonnades dessinées par Bernini pour "tenir dans leurs bras la chrétienté entière", aussi devant cette façade baroque de la basilique, œuvre de Maderno, qui ne parvient pas à éclipser l'harmonie de la coupole projetée par Michel-Ange ce visiteur sera sans doute pris par la sérénité, la magie des lieux. Il se sentira - ce qui est la plus pure vérité transporté au cœur de la religion, de la spiritualité. La proximité du Saint-Père lui donnera la certitude de toucher le fond de la croyance. Il attendra une apparition papale au grand balcon. Il priera, emporté par le mouvement (tout canalisé) de la foule.



Ce visiteur, ainsi mobilisé, sera loin de songer que derrière les façades historiques, derrière les hauts murs qui entourent la Cité du Vatican, se cache l'un des grands centres de pouvoir politique et économique mondiaux, protégé par l'atmosphère feutrée de la cour des princes de l'Église et par l'immunité qui découle de leur fonction. Un centre de pouvoir qui n'a d'égal . si l'on envisage le secret qui l'environne, et ses méandres - que le Kremlin en son temps. Mais ceci n'intéresse pas notre visiteur. Son pèlerinage aux sources de la chrétienté lui aura peut-être coûté des années et des années d'efforts autant psychologiques qu'économiques. Peu lui importe alors, de savoir ce qui est fait de son offrande (laissée dans des troncs judicieusement placés sur son parcours), car il est venu ici pour chercher l'espoir et le salut. Et il les a trouvés grâce aux bons soins d'un pape moderne, féru de relations publiques, d'effets théâtraux et de grandes entreprises publicitaires. Laissons de côté la digne attitude du pèlerin parvenu à Rome. Analysons plutôt le sens, la signification du trafic constant qui unit le monde de la politique, le monde de la finance, et le palais de l'Église. Tout d'abord, une distinction banale en apparence mais essentielle dans ses effets: celle qui sépare État du Vatican et Saint-Siège. Le Saint-Siège est cette souveraineté abstraite du pape sur les catholiques, estimés à 700 millions. Un organisme, bien que ne possédant aucun territoire, reconnu par toutes les instances internationales. A l'échelle planétaire, c'est la seule exception du genre - si l'on exclut l'Ordre de Malte, par ailleurs directement lié au Siège Apostolique Autour (ce concept de Saint-Siège, gravitent toutes les nuances de l'Église universelle. Différent est (la Cité du Vatican: ses quarante-quatre hectares -distraits- à la ville de Rome sont en fait ce qui subsiste des territoires pontificaux qui, il y a un peu plus d'un siècle encore, barraient l'Italie du Latium aux Marches. C'est un des plus petits états du monde avec le Lichtenstein, la République de San-Marino et la Principauté de Monaco. Il remplit les fonctions de support matériel aux activités du Saint-Siège et de conservation de son patrimoine religieux, artistique et culturel. Le pape en est le souverain de droit absolu et divin, concentrant entre ses mains les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le point est de savoir lequel, du Saint-Siège et du Vatican, dépend (le l'autre. Selon les paroles mêmes de Jean-Paul II, l'état existe comme garantie de l'exercice de la liberté spirituelle du Siège Apostolique, et donc comme moyen d'en assurer l'indépendance réelle et visible dans son activité de gouvernement en faveur de l'Eglise universelle ( ... ). Il ne possède pas une société propre au service de laquelle il aurait été créé, et ne se base pas non plus sur les formes d'action sociale qui déterminent couramment la structure et l'organe de tout autre État" Plus prosaïquement, Pie XI le définissait comme "un petit lopin de terre bien utile au Saint-Siège". Faisons un exemple concret : celui de la nationalité vaticane. Son octroi ne suit aucune règle écrite, mais bien le bon vouloir des autorités compétentes (les cardinaux) qui l'accordent en reconnaissance d'un lien spécifique entre l'État et la personne (et cela concerne avant tout les diplomates, les conseillers, les employés laïques résidents et leur famille). Les citoyens du Vatican sont à cette heure plus ou moins quatre cents. L'attribution du passeport, par contre, est un privilège du Saint-Siège. Car il faut savoir que l'État souverain du Vatican n'entretient pas de relations extérieures. Ces passeports sont actuellement au nombre de cent soixante, et en bénéficient les ecclésiastiques diplomates. Et encore : le diocèse de Rome, sous la dépendance directe du pape, est confié au Vicaire Général de Sa Sainteté (le Belge Petrus Canasius Jean Van Lierde) et au Vicaire Général de Rome, archiprêtre de Saint-Jean de Latran. Nous avons compris? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, des générations et des générations de juristes italiens se sont arraché et s'arrachent encore les cheveux pour tenter de délimiter la souveraineté de l'État du Vatican et celle du Saint-Siège. Et sans succès. Car si l'État, en vertu des règles internationales, détient certaines franchises, le Saint-Siège, en vertu d'autres règles tout aussi reconnues, bénéficie de facilités connexes qui en partie recouvrent les premières. L'État du Vatican est un territoire, avec citoyenneté mais avec diplomatie ; la citoyenneté ne donne pas droit au passeport, et le passeport encore moins à la citoyenneté; ce qui n'est pas du ressort du Saint-Siège est du ressort de l'État, et vice-versa ; un simple changement d'attribution peut déterminer, par exemple, un régime fiscal différent. Le tout, dans le royaume de l'ambiguïté. Et nous allons le voir, source d'une immense fortune pour le Saint-Siège (ou pour le Vatican ?). Ainsi, le pape (l'Antichrist) résulte-t-il comme: Évêque de Rome ; Successeur du Prince des apôtres Souverain Pontife de l'Église Universelle ; Patriarche d'Occident Primat d'Italie ; Archevêque et Métropolite de la province romaine ; Souverain de l'État de la Cité du Vatican ; et, enfin, Serviteur des Serviteurs de Dieu. Le tout dûment enregistré par la République Italienne et par bien d'autres États. La curie Un tel résultat ne surgit pas par hasard. L'image publique et internationale du pape comme chef absolu de la spiritualité chrétienne, comme guide unique et comme chef d'État, doit être confectionnée, transmise et soutenue par une organisation politique solide. Ce qui sous-entend avant tout une administration centrale hautement spécialisée et exclusive.



La curie est cette administration, ce gouvernement de l'Église qui fonctionne comme un instrument d'assistance du Saint Père dans ses multiples tâches. En tant qu'organe suprême de l'Église la curie romaine agit suivant trois lignes directrices; l'une, purement administrative, regarde la subsistance de l'État du Vatican; la seconde, rayon de la curie proprement dite, a rapport à la conservation de la foi universelle; la troisième, définie surtout par allusions et omissions, concerne la production des moyens économiques utiles aux deux premières. Les compétences de la curie sont reprises dans la constitution rédigée en 1969 par Paul VI sous le titre Regimini Ecclesiae Universae (pour le gouvernement de l'Église universelle). L'esprit de ce texte comporte la particularité, contraire à toutes les constitutions moderne le pouvoir y est issu d'en haut: la volonté du pape descend cascade sur toute la hiérarchie religieuse, et n'est en rien le reflet de la volonté des fidèles. Le pape, élu mais d'émanation divine, est infaillible. En ses décisions sont sans appel.

La constitution de l'Église est reconnue notamment par la Convention de La Haye (1954) et par l’Unesco; au point que le survol de l'État du Vatican est interdit (aux avions, pas aux satellites). De la constitution encore, dérive une série de lois et règlements du code de la route au code pénal relevant d'un savant mélange entre progressisme et féodalisme. Célèbre en ce sens est l'édit du substitut du Secrétaire d'État (vice-premier ministre) autorisant les résidents de la Cité, il y a peu, à posséder un chat, mais qui ne résolut pas un urgent problème: les chats dépendent-ils du Vatican ou du Saint-Siège ?...

En fait, le texte de cette constitution veut être l'expression formelle du credo de tous les chrétiens du monde réunis en une "nation supranationale - se situant au-delà des différents régimes politiques et légaux auxquels ils sont soumis. La curie regroupe une quarantaine de dicastères (ou ministères) les congrégations, gardiennes de la doctrine et de la discipline religieuse: les offices, qui publient les documents du Saint-Siège, en administrent les biens et les affaires; les tribunaux et les secrétariats, chargés des tâches spéciales, Elle emploie quelques cinq cents religieux (du cardinal au simple prêtre) et une cinquantaine de conseillers laïques soumis à une discipline rappelant celle de l'armée prussienne, doublée d'un affairisme bien actuel. Les chefs des dicastères sont toujours des cardinaux et sont nommés par le pape. Ils ont sous leurs ordres des officiers majeurs et mineurs. Tous ces gens, avant d'entrer en fonction, prêtent serment de fidélité au pape (en latin pour les prêtres, en italien pour les laïcs), jurent de respecter le secret d'office et, suivant la délicatesse de leur tâche, le secret pontifical ou d'État.

Évolution

Les origines et l'évolution de cette curie sont intéressantes à plus d'un point de vue : dans l'antiquité, le vocable désignait le lieu, sur le forum, où étaient exécutés les rites aussi bien religieux que politiques. Successivement, il prit la signification de gouvernement, de sénat même, puis de siège du patriarche et, avec le développement du diocèse de Rome, d'administration centrale de l'Église, vers le Vème siècle. Car l'Église, dans une première phase, s'organise secrètement. Une fois devenue assez forte, elle émerge et récupère petit à petit les structures politiques et administratives de la société où elle a pris racine, jusqu'à les recouvrir, les monopoliser et se substituer à État laïque. De la sorte, la basilique antique. grand marché couvert servira de modèle architectural aux premiers lieux de culte, et l'austère règlement de vie des vestales gardiennes du feu inspirera les communautés religieuses. Et le pape, dans la suite, deviendra roi de Rome.

Quand les croyants se multiplient et se diversifient, l'Église est forcée de se doter d'une administration de la chose publique; le thème originel de "spiritualité" glisse alors vers la -temporalité-. A l'étape suivante, la spiritualité n'est plus qu'une raison de façade, le ciment qui unit la base uniquement, car gérer une société croissante signifie créer les moyens de cette gestion et de cette croissance, c'est à dire renforcer le pouvoir politique et économique. Le Vatican à travers les siècles, a suivi et suit encore cette progression.



D'autre part, le pouvoir dans l'Église étant une "émanation d'en haut", la porte est ouverte à tous les abus. Le Saint-Siège peut ainsi se permettre de participer en première ligne à la spéculation immobilière dans la Rome moderne, ou agir sur le marché financier international comme n'oserait le faire aucun État. Et en cas de litige ou de mise en accusation, le Saint- Siège se retranche derrière la religion et le Vatican derrière la Raison d'État ou vice-versa. Et de laisser passer les remous du scandale puis, quand l'opinion publique est à nouveau endormie, de remonter à l'assaut. Les pertes que les caisses du Vatican subissent sont actuellement de peu d'importance quand on considère que toute son activité économique tend, dans la rigidité la plus totale, à la concentration des richesses sur son souverain absolu : un système à l'épreuve du temps et des vicissitudes de l'histoire.

Mais revenons à la curie. Sa forme actuelle se ressent très fort des bouleversements politiques du siècle passé, que Pie XI décrivait en 1852 comme "de très graves mutations". Le Vatican, pour compenser- la perte rapide des états pontificaux (et surtout de leurs revenus calqua son administration sur celle des gouvernements modernes avec, particulièrement, la création d'une structure diplomatique autonome et modernes la veille du Congrès de Vienne (1815).

La réforme entreprise en 1965-67 par Paul VI dans la foulée du concile Vatican II, formalisa cette évolution en confirmant la curie dans son rôle de gouvernement capitaliste, de pair avec sa définition de guide et de contrôle spirituels adaptés aux dimensions désormais mondiales de l'Église.

Dicastères
Parmi les dicastères relevons la Congrégation pour la Cause des Saints, chargée de l'illustration, par la béatification et la sanctification de la doctrine. La Congrégation pour l'Inquisition, terme remplacé, au début du siècle, par "Doctrine de la Foi", dite aussi Saint-Office, fut fondée comme premier organisme permanent de la curie lors de la contre-réforme. Son président est Joseph Ratzinger, archevêque de Munich et cardinal depuis 1977, et son secrétaire, jusqu'en avril 1984, fut Jean Jérôme Hamer, né à Bruxelles cri 1916. Hamer a ensuite été placé à la tête de la Congrégation pour les Religieux, d'où il supervise les activités des ordres et contrôle leurs opérations de vente et achat de biens immobiliers. Ces deux personnages sont des dominicains traditionnalistes ; la contribution de leur ordre au Saint Siège a toujours été l'étude et la formulation des dogmes et, par conséquent, fut-il chargé d'organiser l'inquisition.

Le fonctionnement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été déterminé en 1971 (réforme de la curie); un "congrès des supérieurs et officiers" du dicastère se réunit chaque samedi pour examiner toutes les publications relatives à la foi catholique. Si elles sont jugées non-conformes à la doctrine officielle, la Congrégation entame soit une procédure extraordinaire (dans les cas mineurs où une décision est prise immédiatement et sans le bénéfice d'un débat contradictoire) ou une procédure ordinaire: deux experts sont nommés, ainsi qu'un relateur "en faveur de l'auteur" (l'avocat de la défense, qui n'aura aucun contact avec l'auteur incriminé). Après réflexion, ceux-ci rendent leurs conclusions qui font l'objet d'un débat à l'intérieur de la Congrégation. La sanction est décidée et contresignée par le pape. Après quoi seulement l'auteur recevra une communication, sera éventuellement invité à Rome, et présentera une défense écrite. Et il sera, ni plus ni moins, amené a avaliser la sanction déjà passée aux actes. Il pourra faire appel, mais suivant le même circuit et devant les mêmes juges. La procédure kafkaïenne rappelle l'administration de la justice dans les pays totalitaires.

La Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples, dite Propaganda Fide est, à l'encontre des autres, détachée de l'administration centrale. Elle possède et gère ses biens propres dont les revenus, complétés par le fruit des "journées mondiales des missions" (estimé, actuellement, à 70 millions de dollars par an), financent ses 887 missions principales auxquelles elle a distribué 400 millions de dollars en 1982, en plus de 24 millions destinés à la formation de nouveaux prêtres,

Propaganda Fide et Saint-Office ont droit à la sollicitude particulière de Karol Wojtyla, un pape qui sait mettre l'accent sur la propagande et l'image de marque de l'Église. Elles ne cèdent le pas qu'au Secrétaire d'État (premier ministre) et sont très actives: le cardinal Ratzinger (présentement pape), par exemple, a pris des mesures disciplinaires contre les théologiens Hans Küng (qui a toujours refusé de se présenter à Rome) et Edward Schillebeeckx, un dominicain hollandais (qui, lui, a fait amende honorable et a accepté de modifier son livre condamné). Joseph Ratzinger, encore, lançait en mars 1984 l'offensive contre la 'théologie de la libération' par lui taxée de "nouvelle hérésie" d'autant plus dangereuse qu'elle se base sur 'une interprétation néo-marxiste des Écritures'. Une importante condamnation que celle-là, où l'on voit le Saint-Siège tenter, à distance, de maintenir sous le joug l'Amérique latine comptant désormais une bonne partie des catholiques dont les critères culturels et religieux sont de moins en moins semblables à ceux de l'Europe (ce qui fait dire à certains, non sans malignité, que la vraie place du Saint-Siège serait quelque part entre Bogota, Buenos Aires et San Paolo)..



Joseph Ratzinger, l'un des représentants les plus réactionnaires de la hiérarchie vaticane, joue le rôle de 'gendarme de Wojtyla'. Le pape, en plein accord avec sa ligne conservatrice, conférait récemment le premier Prix Paul VI au théologien Hans Urs Von Balthazar, 80 ans, Suisse et ex-jésuite, auteur d'une monumentale œuvre se rattachant à la scolastique du Moyen Age où il dit: 'L'enfer existe, mais pourrait bien être vide. L'Église proclame les saints, c'est-à-dire ceux qui ont droit au paradis, mais elle n'a jamais proclamé que quelqu'un soit damné aux enfers.' On est bien loin, au Saint-Siège, des prétentions socio-politiques des prêtres-ministres du Nicaragua.

Dans la même foulée, le pape autorisait le retour du latin dans le rite de la messe: le latin, en soi, n'est pas réactionnaire et est même porteur d'une part importante de la culture occidentale; à l'inverse, l'usage de la langue vulgaire dans la messe ne peut de prime abord être entendu comme une conquête démocratique par la base des fidèles. Mais le latin a toujours été le jargon du pouvoir ecclésiastique, la langue à laquelle le 'vulgus' (vulgaire) n'a pas accès -et de ce fait est-il le cheval de bataille de l'évêque Marcel Lefebvre, champion du traditionalisme ennemi du concile Vatican II, suspendu par Paul VI, et protégé par l'aristocratie "noire" (ces familles nobles gravitant dans la cour papale et maintenant encore, en plus d'être depuis la chute de la royauté la seule nobles se qui compte en Italie, un fort pouvoir économique à travers ses propriétés terriennes et ses participations dans les banques et sociétés liées au Vatican - Marcel Lefebvre fut l'hôte de la princesse Isabelle Colonna, décédée il y a peu).

Tout ceci s'inscrit dans ce que le pape Wojtyla nomme la "réforme" et le cardinal Ratzinger, plus prosaïquement, la "restauration" de l'Église en lutte contre les "excès postconciliaires, "œuvre d'éléments centrifuges et irresponsables". Il est vrai que l'élargissement et la diversification de l'Église fait perdre son rôle de référent absolu au Saint-Siège romain dont la curie, en réaction, se raidit sur des positions formalistes et dont le chef, le pape, cherche à réaffirmer son autorité (en insistant, par exemple, sur sa mission de "successeur de Pierre"). Le mouvement, psychologiquement et politiquement, est bien compréhensible (les puissants se défendent), mais quelle est sa viabilité ? Certes, le Saint-Siège s'est doté d'évêques et de cardinaux provenant du Tiers-Monde (dont certains, vu leurs origines, sont encore plus conservateurs que les Romains eux-mêmes), mais ils ne lui ont jusqu'à présent que conféré une touche d'exotisme loin de représenter les aspirations de la communauté chrétienne de base.

Joseph Ratzinger précise encore "La restauration est souhaitable, et elle est d'ailleurs déjà en train" - et il définit -diabolique- la culture et la politique en Occident, tandis que celles de l'Est sont "en faillite", que la "théologie de la libération" entretient "le mythe illusoire de la lutte de classe" et que les autres religions sont des "régimes de la terreur". Il invite enfin les fidèles à "renoncer à certaines solidarités euphoriques" (comme l'ouverture de l'Église à la gauche).

Suivent, dans l'organigramme de la curie, les tribunaux (Sainte Rote tribunal de la Pénitence, tribunal suprême de la Signature Apostolique), les secrétariats (pour les chrétiens, pour les non chrétiens, pour les non-croyants). Le secrétariat pour les non-chrétiens est dirigé par Jean Jadot, un Belge de 75 ans, diplomate de formation, ex-délégué apostolique aux USA (où, en 1979, il organisa la visite du pape), et archevêque titulaire de Zuri (notons que les titres de ce genre sont purement honorifiques: ils correspondent à des 'charges en exil' depuis l'expansion de l'islam et du communisme).

L'administration palatine, sous la responsabilité directe du pape, comprend la Fabrique de Saint-Pierre, vouée à la gestion de la basilique (son bilan, régénéré par les offrandes des visiteurs, est en équilibre), la bibliothèque apostolique (700.000 volumes imprimés, 100.000 cartes géographiques, 65.000 manuscrits,... ), les archives secrètes (qui rendent publiques, après 75 ans, les documents pontificaux), la typographie polyglote, et l'Osservatore Romano. Ce journal, auto-défini 'quotidien politique et religieux', est un véritable chef-d'œuvre du non-dit et du sous-entendu où la mise en page, le type de caractère employé, la longueur des articles jouent un rôle déterminant. Ses éditoriaux, anonymes, reflètent la ligne politique du Saint-Siège.

La Préfecture des Affaires Économiques du Saint-Siège, (PAE) qui fait partie des offices de la curie, est une sorte de cotir des comptes chargée de la vérification des dépenses et recettes et, ce qui est neuf au sein du Vatican, de la rédaction d'un bilan unifié.

Bilan

La publicité donnée à ce bilan vaut qu'on s'y arrête un instant. Malgré les fortes résistances exprimées par les cardinaux prévalut, sous Paul VI, la raison de sensibiliser tous les fidèles aux 'problèmes économiques' du Vatican - dans le but, cela va de soi, de solliciter les offrandes en présentant une situation catastrophique et une 'Église pauvre'. Ce qui ne correspond que de loin à la réalité: les opérations (dont certaines fort peu honnêtes., mais surtout très rentables) de l'institut pour les Œuvres de Religion, ou IOR ne figurent par exemple jamais dans le compte-rendu livré aux archevêques et dont, jusqu'à la mort de Paul VI, n'était rendue publique que la prévision du déficit (estimé à 20.240.000 dollars en 1979). Étrange pratique qui a permis et permet encore au Saint-Siège de disposer des dons faits par les fidèles sans devoir en justifier l'usage.

La cause de tant de secret ? Tout d'abord, dit-on chez les cardinaux, la divulgation intégrale des comptes du Vatican ne rencontrerait que l'incrédulité, et aurait des effets nocifs. Toute information donnée hors contexte serait trop facilement déformée et manipulée par les ennemis de l'Église. Sans oublier le problème de fond: l'encyclique Populorum Progressium de Paul VI ne condamne-t-elle pas les principes et méthodes du capitalisme ?

Comment, alors, faire admettre que l'Église est 'condamnée', pour se donner les moyens de sa politique, à opérer en bourse, à posséder des intérêts dans la grande industrie, à participer au développement des multinationales ? Mieux vaut, dit-on au Vatican, quelques pieux mensonges par omission et insister sur l'aspect apostolique de l'Église.

Enfin, il y a les arguments techniques: comment, par exemple, aplanir la comptabilité de toutes les activités du Saint-Siège qui s'exercent clans les domaines les plus disparates, et avec des tentacules dans le monde entier ? Et peut-on mettre sur le même pied le patrimoine d'une Église en pays communiste, officiellement propriété de l'État, avec le patrimoine d'une Église d'un pays capitaliste .

Les arguments, dont certains poussés à la limite du vraisemblable, ne manquent pas pour présenter le Vatican comme victime de la malveillance du monde moderne, et comme victime de son propre devoir... N'empêche que la gestion économique et les profits cachés du Vatican tiennent une importance énorme dans l'administration de l'entreprise spirituelle - la preuve en est qu'un des tous premiers actes d'un nouveau pape est de se faire apporter le livre de comptes qu'il est le seul à pouvoir consulter dans son entièreté...

L'élection de Karol Wojtyla en 1978 devait quelque peu changer cette pratique bien commode du secret: le Vatican passait de mauvais moments en relation avec les affaires conclues entre les banquiers Sindona et Calvi, et le IOR. Grand besoin était d'épousseter le symbole de l'Église "des pauvres". La création du Conseil pour l'Étude des Problèmes Économiques du Saint-Siège, une commission cardinalice, allait rendre possible la publication d'un bilan étoffé (bien que lacunaire: y manque toujours la voix du IOR dont il résulte qu'en 1981 les entrées étaient de 62 millions de dollars (dont 17 millions d'offrandes) et les sorties de 59,5 millions de dollars. En 1982 le Conseil annonçait simplement la prévision de la dette: quelques 30 millions de dollars. En 1983, le silence. Début 1984, la Préfecture des Affaires Économiques s'alarmait - niais sans créer la surprise - devant la probabilité d'un déficit de 32 millions de dollars. Avec ceci de particulier que le Vatican déclarait pour la première fois ouvertement chercher à susciter une augmentation substantielle des offrandes de la part des pays riches, principalement l'Allemagne et les USA.

Le Secrétaire d'Etat

Au sommet de cette hiérarchie qui vient d'être décrite, trône un personnage qui représente officiellement la politique et la diplomatie du Saint-Siège: le Secrétaire d'État, tellement influent que certains papes, comme Pie XII durant les 'temps difficiles' du fascisme, préférèrent en occuper eux-mêmes la charge. Le Secrétaire d'État, qui veille à la préparation et à l'exécution des décisions du pape, dirige une administration de onze conseillers et auditeurs (tous ecclésiastiques et diplomates), un conseiller laïque, onze attachés religieux (dont, fait exceptionnel dans les hautes fonctions du Vatican, une Révérente Mère). Cette administration est chargée du Chiffre de la Chancellerie des Lettres Apostoliques, de l'information et Documentation, et du Bureau Central des Statistiques de l'Église.

Le Secrétaire d'État est, depuis 1979, Agostino Casaroli: un homme de 70 ans, professeur à l'Académie de diplomatie du Vatican spécialiste, depuis les années '60, des relations entre le Saint Siège et l'Europe de ]'Est, et fait cardinal par Paul VI. C'est le premier ecclésiastique a avoir trouvé, avec tact, un langage apte à rencontrer les exigences de l'URSS dans ses relations avec le Vatican. La carrière de Casaroli est exemplaire: entré en 1940 dans la Secrétairerie d'État il est nommé sous-secrétaire au Conseil des Affaires Publiques du Saint Siège (ministère des Affaires Étrangère en 1961. Jean XXIII le charge de se faire son messager à l'Est. En 1964 il est l'artisan du premier accord signé entre le Vatican et un pays socialiste, le Traité de Budapest qui, vingt ans plus tard, sera reconduit par les deux parties. Il s'active ensuite en Tchécoslovaquie puis en Yougoslavie. En 1967, il devient secrétaire aux Affaires Publiques. il sera fait cardinal en 1979. En 1981, il est à Moscou, porteur du Traité pour la non-prolifération des armes atomiques. Sous sa houlette, plus de cent États ont entrepris ou poursuivi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Et il régit maintenant, dans les coulisses, tous les rapports du Saint-Siège avec, notamment, la Pologne.

En avril 1984, le pape Jean-Paul Il modifiait sensiblement les attributions de ce Secrétaire d'État. Il lui déléguait 'en ses nom et lieu' le pouvoir administratif et politique sur l'État de la Cité du Vatican jusqu'alors du ressort de l'autorité pontificale. Casaroli devenait ainsi une sorte de 'vice pape résident chargé de l'entièreté du pouvoir temporel sur le gouvernement de l'Église ce qui laissait la charge spirituelle de ce gouvernement à Karol Wojtyla. Le pape est donc libre de résider en -dehors de Rome - élément important pour un pontife voyageur comme Wojtyla - et de devenir une sorte de représentant itinérant de l'Église universelle tandis que la Cité du Vatican, en son absence, continue à remplir ses fonctions. Cette interprétation de la décision de Wojtyla trouve sa substance dans le fait que le pape, par le même document où il déléguait ses pouvoirs à Casaroli nommait Bernardin Gantin, originaire du Bénin, à la tête de la Congrégation pour les Évêques (un poste fort important, puisque c'est de lui dont dépend la désignation des représentants de l'Église à travers le monde), l'office étant pour la première fois occupé par un homme de couleur orienté vers le tiers-monde plutôt que vers le coter de Rome.

Mais on peut aussi penser que cette 'promotion' de Casaroli représente, dans le plus pur style du Vatican, un éloignement. En effet Casaroli désormais immergé dans le pouvoir temporel, risque de perdre beaucoup de son poids dans le gouvernement spirituel de l'Église c'est-à-dire la curie et les Congrégations. D'autant plus qu'il se trouve maintenant confronté, directement, à cieux de ses ennemis de toujours : le cardinal Sebastiano Baggio devenu président de la Commission de Contrôle pour l'État du Vatican, et le cardinal Agnelo Rossi, nommé président de l'Administration (lu Patrimoine du Siège Apostolique (APSA) en remplacement du même Casaroli

Au Secrétaire d'État est adjoint un substitut - Eduardo Martinez Somalo, archevêque titulaire de Tagore, directeur du Chiffre et des relations avec les ambassades - dont le rôle est essentiel, puisqu'il sert de filtre entre le Secrétaire d'État et le pape. Le substitut est un personnage de tout premier plan et dans le passé récent le prédécesseur de Somalo, Bellini, a pu à ce titre se faire le porte-parole du conservatisme aussi bien économique que politique du Saint-Siège.

Diplomatie

En communication directe avec le Secrétaire d'État, est la Préfecture des Affaires Publiques du Saint-Siège ou bureau diplomatique né, comme nous l'avons esquissé, au début du XIX` siècle et fixé dans sa forme définitive par Paul VI. Le préfet en est, traditionnellement, le Secrétaire d'État et est assisté d'un secrétaire - actuellement, Achille Silvestrini, nommé en 1970 et depuis toujours collaborateur de Casaroli. Dans le conseil de la Préfecture, nous retrouvons l'intransigeant Ratzinger, président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Le but de ce bureau est la gestion des rapports avec les nonciatures et les délégations apostoliques des ambassades du Vatican, (au nombre de 113 à travers le monde) et avec les ambassades accréditées auprès du Saint-Siège (elle témoignent d'un lien privilégié entre les États et le Saint-Siège, celui de inclus tel quel dans la constitution. Et être rafraîchi en 1984 (après six brouillons et seize ans de négociations) par le premier chef de gouvernement socialiste italien ayant jamais été reçu officiellement au Vatican, Bettino Craxi. Le 'nouveau' concordat qui résulte de la manœuvre n'est ni fait qu'un remaniement au goût du jour de l'ancien (tandis que le traité de conciliation et la convention financière demeurent intacts). Cet accord reconduit substantiellement les facilités dont jouit le Vatican sur le territoire italien.

Tandis que le catholicisme perd s'a définition de 'religion d'État mais que l'État continue a n'avoir aucun droit de regard dans la nomination des évêques (cas unique en Europe: en Espagne, les dignitaires de l'Église sont directement désignés par le roi). Et que le cours de religion devient facultatif dans l'enseignement, que la Sainte Rote n'a plus le monopole ni matière matrimoniale (dix ans après la rédaction de la loi italienne sur le divorce !), et que sont abolies les normes empêchant l'État de confier une charge d'enseignement à un ecclésiastique encourant des sanctions (normes d'héritage mussolinien). Ce qui, de la part du Saint-Siège, représente de biens maigres concessions en regard de la modification du régime des ordres religieux, du traitement du clergé, et de la protection de son patrimoine artistique modification allant, nous le verrons plus loin, dans le sens d'un ultérieur enrichissement de l'Église et de l'État du Vatican, une consécration définitive : le concordat témoigne désormais de la doctrine officielle italienne en matière de ses rapports avec la religion dominante. Il détermine 'une plus grande liberté de l'Église face à l'État. selon les paroles du cardinal Anastasio Ballestrero, président de la Conférence épiscopale italienne. L'État en est-il conscient ?

On peut en douter, quand on connait le laxisme et l'impréparation atavique de bon nombre de ses politiciens. Mais on peut aussi être assuré que les ambiguïtés contenues dans le texte du 'nouveau' concordat ont été délibérément voulues par ses rédacteurs de la partie vaticane, lesquels, ils l'ont prouvé au cours d'un siècle de relations imbriquées entre le Saint-Siège et les dirigeants italiens, ne pèchent certes pas par manque de vigilance.

Ce qui précède concerne essentiellement la distribution et l'exercice du pouvoir au sein du gouvernement de l'Église. Autrement important est l'aspect informel de son organisation, les détours, les axes préférentiels et les recoupements qui en déterminent finalement, la véritable physionomie - laquelle - dépend de la personnalité du pape régnant.

Gérontocratie et cumul

Depuis son élection en 1978, Karol Wojtyla a su secouer la gérontocratie du sommet, celle-là même qui a fait du Vatican un autre Kremlin. L'âge moyen des chefs de dicastère qui était, en 1969, de 79 ans de plus vieux en avait 90, s'est abaissé en 1984 à 67 ans de plus jeune est J. Ratzinger, 57 ans, et le plus vieux a 77 ans. D'autre part, Wojtyla s'est asservi avec beaucoup d'intelligence une ancienne tradition du Saint-Siège : le cumul des fonctions qui fait que le cardinal Sebastiano Baggio gère contemporainement douze charges et qu'Agostino Casaroli en occupe neuf, toutes de nature politique et économique. Et la liste pourrait continuer.

Ce cumul permet à un nombre restreint de cardinaux étroitement liés entre eux de dominer tout l'organigramme du pouvoir et de multiplier les communications horizontales et verticales. Ce qui, a certains égards, peut déboucher sur des contradictions : ainsi le cardinal Caprio, préfet de la PAE, devrait contrôler les finances du Governato de la Cité du Vatican dont le dirigeant n'est autre que le Secrétaire d'État chef absolu de Caprio... Les contradictions sont bien sûr voulues et, en fin de compte, s'annulent dans un délicat équilibre des forces convergeant vers l'unique pôle de décision: le pape. Reste que seul un spécialiste est en mesure de s'y retrouver dans cette profusion de bureaux et d'offices aux compétences voisines. Nous verrons plus loin comment le ‘brouillage des pistes’ permet au Vatican de se rendre quasi inaccessible et, surtout, de dissimuler la plupart des opérations financières qu'il exécute ou l'ait exécuter.

Concrètement le pape Wojtyla, afin de s'entourer d'une équipe fiable, a procédé en trois étapes: en mars 1979, la mort du cardinal Villot rendait vacant le siège du Secrétaire d'État qui échut, ainsi que la présidence de la Préfecture des Affaires Publiques, à Agostino Casarofi. Giuseppe Caprio passait de la Secrétairerie d'Etat à la présidence de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique (APSA) par effet d'une dérogation temporaire car ce poste est traditionnellement réservé au Secrétaire d'Etat. Et Eduardo Martinez Somalo devenait le substitut du Secrétaire qu'il est encore aujourd'hui. En 1981, la deuxième phase : Caprio quitte l'APSA, qui retourne aux mains de Casaroli, et s'installe à la Préfecture des Affaires Économiques; et l'archevêque Achille Silvestrini devient secrétaire des Affaires Publiques. L'ultime remaniement date d'avril 1984: les pouvoirs de Casaroli sur la Cité du Vatican en sortent renforcés, mais le Secrétaire d'État perd une fois de plus le contrôle de l'APSA qui échoit au cardinal Rossi, ex-président de Propaganda Fide.

Ainsi, la diplomatie du Vatican est l'apanage de Casaroli et de Silvestrini, alors que sa politique économique dépend en substance de Casaroli et de Rossi.

Ostpolitik

Jean-Paul Il dirige donc un conseil réduit, rajeuni, aux pouvoirs concentrés, qui s'est révélé apte à donner une forte impulsion a la rédaction du 'nouveau' concordat entre l'Italie et le Saint-Siège, et surtout à pourvoir à la ligne de l'Ostpolitik du premier souverain pontife polonais de l'histoire.

C'est un vieux rêve, ce rapprochement entre l'Église et l'Europe de l'Est. Curzio Malaparte explique dans son livre 'Technique du coup d'État' (1931) que l'Église uniate de la Galicie Orientale (région frontière de l'URSS) fut, dès la prise de pouvoir par les communistes, considérée par Rome comme le 'pont naturel' pour la reconquête religieuse de la Russie. Les unions, de doctrine catholique mais de rite orthodoxe, furent déportés de l'URSS et reçurent, dans leur déplacement, l'aide des jésuites. D'autre part monseigneur Achille Rati, futur Pie XI et alors nonce apostolique, en accord avec le représentant du gouvernement fasciste italien, refusa de quitter Varsovie assiégée par Trotski et l'Armée rouge (en août 1920) dans l'espoir de se lier aux bolcheviques et de devenir le premier prélat en contact direct avec le nouveau pouvoir du Krémlin. Mais Trotski ne prit pas la ville, et le projet demeura sans suite.

Après la guerre, l'idée de la détente fut réélaborée par Jean XXII et par Paul VI et fit son chemin aidée notamment par les résolutions du concile Vatican Il (1962-65) dont un des objectifs était de déterminer l'ouverture de l'Église au monde non-catholique, et de reconnaître, au-delà des rapports Est-Ouest, I*importance grandissante de l'axe Nord-Sud.

L'élection de Karol Wojtyla et l'ascension de Agostino Casaroli à la charge suprême du gouvernement de l'Eglise sont tout de suite apparues comme la confirmation de cette politique.

Casaroli, conscient que Est et Ouest ont suffisamment d'intérèts en commun pour, bien que se basant sur des idéologies opposées, renouveler périodiquement les accords de non-ingérence, élabora petit à petit une stratégie d'action investissant la problématique des différences entre socialisme et capitalisme. La stratégie visant, dans l'esprit de son inventeur, à rompre l'isolement de l'Eglise dans le monde et à faire du Saint-Siège un sujet politique international capable de résorber le choc encore à venir (nous sommes et nous retiendrons ici que la commission paritaire chargée de Statut sur ces points dans un délai de six mois, n'avait divulgué au Parlement italien, lors de la ratification du 'nouveau' concordat, que les "principes généraux" des nouvelles normes. Le Parlement (à majorité démocrate-chrétienne, donc par nature bien disposé) était alors amené à se prononcer sur un texte encore inexistant. Et d'acheter, en somme, un chat dans un sac. Le tout au nom d'une mythique 'paix religieuse' dont le Saint-Siège semble bien être le seul à profiter.

Une analyse critique du concordat permet de déterminer certains de ses effets à venir: après l'incongruité de la reconnaissance par la constitution clé 1947 d'un accord passé entre un régime totalitaire de fascisme) et le Saint-Siège, l'État démocratique italien a finalement sanctionné l'importance de la tradition historique catholique dans le pays. Le fait objectif qu'il était sans doute inutile de souligner -- sinon que l'acte représente un engagement solennel de la part de l'État un jugement positif sur l'œuvre du Saint-Siège, et dans les années Soixante) de la rencontre entre Nord et Sud.

Ainsi naît l'Ostpolitik du Saint-Siège définie, à la fin des années Soixante-dix, par Agostino casaroli lui-même : Harmoniser le refus de l'usage de la force militaire et la sauvegarde de la paix et de la dignité du peuple tout en évitant, outre le conflit larvé, celui qui a justement été défini 'une guerre appelée paix'. Il s'agit donc de gérer l'équilibre de la tension à l'aide de contacts renouvelés s'opposant a la philosophie de la guerre froide.

Tactiquement, Casaroli se propose d' isoler les aspects positifs dans le discours de l'interlocuteur, les valoriser, les intégrer, sans renoncer a nos propres convictions; induire la participation de l'autre sans ignorer les risques que cela comporte. On donne l'impression à l'autre qu'il est le seul à décider tout en ne lui laissant pour ce faire qu'un étroit espace de manœuvre.

Karol Wojtyla se pose en porte-parole de cette Ostpolitik: étant Polonais, il est bien placé pour amener les gouvernements de l'Est à lui prêter attention.

Wojtyla qui, après avoir pesamment soutenu le syndicat Solidarnosc lors d'un premier voyage en Pologne en 1979, retournait dans son pays en juin 1983 pour une visite 'à caractère exclusivement religieux et moral' d'un genre tout particulier. Aussitôt reçu par le général Jaruzelski, il lui réaffirmait 'l'entente et l'accord parfaits entre l'État polonais et l'Église tout en souhaitant la fin de l'état de siège (décrété en 1981) et, en contrepartie, condamnait les sanctions économiques décidées par les USA envers la Pologne. Une telle modération ne pouvait que satisfaire Jaruzelski qui, à son tour, soulignait 'les valeurs communes entre l'État et l'Église: l'intérêt de la nation, l'indépendance, la sécurité aux frontières, l'unité, la croissance intellectuelle' - et de promettre une substantielle libéralisation.


One man-show

Puis, venait le grand one-man-show du pape, en six étapes à travers tout le pays (d'immenses réunions de plus d'un million de personnes dans les stades, fruit de l'habile propagande du clergé) durant lesquelles Woityla, manœuvrant entre le mysticisme et l'hystérie des foules, définissait Solidarnosc Comme un 'centre puissant et dynamique de la vie ouvrière, intellectuelle et spirituelle placé sous le symbole de la vierge de Jasna Gora et ajoutait: "Je me sens responsable de la Pologne !" D'ou, réaction plus ou moins feinte du pouvoir (censure à la télévision, pression politique, démenti... ) et contre-réaction de Wojtyla qui corrigeait le tir en insistant sur l'urgence pour le peuple, en vertu de la Raison d'État, d'accepter l'autorité du gouvernement. Ainsi Wojtyla tout en critiquant le régime et en louant Solidarriosc, exaltait le patriotisme et la religion comme éléments de cohésion sociale, laquelle sous-entend la nécessité d'une victoire clé la société sur elle-même afin d'éliminer ses tendances centrifuges. D'où, aussi le besoin d'un dialogue avec le pouvoir justifiant en plein l'accord de non-agression passé entre Wojtyla et Jaruzelski. Les USA prêtaient main-forte au pape en estimant que son voyage représentait une 'lueur d'espoir' pour la Pologne, et décidaient la fin de l'embargo en échange très significatives de libéralisation' (et, de fait, l'état du siège sera levé un mois plus tard).

Restait Lech Walesa: le jour même de sa rencontre 'secrète' avec la pape, l'Osservatore Romano écrivait : 'Officiellement, Walesa sort une fois de plus de la scène. Nous pouvons dire qu'il a perdu sa bataille (...) ... ) Rendons-lui l'honneur désarmes.' Ce lui déclenchait un certain mouvement de stupeur. L'auteur de l'article donnait sa démission et affirmait qu'il n'avait fait qu'exprimer une opinion personnelle - chose invraisemblable dans un journal où rien n'échappe à la vigilance de la Secrétairerie d'État.

Ayant de la sorte préparé le terrain à Jozet Glemp cardinal et primat de Pologne, le pape rentrait à Roule . Déjà en 1981, ait milieu des troubles civils, Glemp n'avait pas hésité à déclarer : 'Ce matin, la proclamation de l'état de siège nous a jeté dans la consternation ce soir, nous sommes déjà habitués à cette parole.' Une phrase qui résonne comme un programme politique que ses actes, par la suite, allaient corroborer.



Le primat, aussitôt après le départ du pape, émettait un document signé par les évêques polonais et soutenu par Wojtyla où est formulée la proposition de mobiliser les cultivateurs par l'intermédiaire de centres de formation (et d'endoctrinement) parastataux, coupant ainsi l'herbe sous le pied de Solidarnosc rural.

Le projet comprend en outre la constitution d'un Fonds pour l'agriculture, fruit d'une récolte de capitaux en Allemagne fédérale, aux États Unis et au Canada desquels, par voie de la proximité ou de l'immigration, sont sensibles au problème polonais pour un montant de 1.700 millions de dollars à distribuer en cinq ans à 3 millions d'entreprises familiales privées (représentant 75% de la production nationale). La gestion de ce Fonds doit bien entendu être confiée à l'Église polonaise et lui permettre de réaffirmer son emprise sur les campagne, qui, traditionnellement, sont plus sensibles à la religion qu'au communisme. Cette monopolisation par un organisme privé (l'Église) de capitaux étrangers est une entorse aux principes du polonais comporte des avantages pour toutes les parties: l'Église se pose comme courroie de transmission entre l'État et le particulier, ce qui accroît son pouvoir; Moscou, qui a avalisé la licence, se donne un vernis de libéralisme bien utile sur le plan in-; et le général Jaruzelski s'assure un meilleur rendement de l'agriculture, donc une augmentation des revenus et une diminution du mécontentement rural entraînant la perte de prestige de Solidarnosc et des prêtres rebelles. Et le Saint-Siège tire la somme: l'équilibre entre pouvoir et contre-pouvoir est maintenu, et chacun des bénéficiaires a de bonnes raisons de croire que son poids a été déterminant dans la prise de décision.

Le marché, en somme, est simple: l'Église polonaise (dotée d'une organisation capillaire et d'une structure rigide, autoritaire et dogmatique, dont la force réside dans la foi comme moteur de l'identité culturelle et du sens de la nation) propose au régime de le seconder dans son effort pour 'moucher' Solidarnosc en échange de quoi cette Église reçoit la reconnaissance définitive et indélébile de son rôle socio-politique dans le contrôle de la base de la société. Jozef Glemp continuait sur sa lancée: "Peu après sa fondation, déclarait-il en mars 1984, Solidarnosc devint une organisation politique. La moitié de ses 10 millions d'adhérents étaient inscrits au Parti communiste, ce qui signifie que ses idéaux ne coïncidaient pas avec ceux de l'Église. Quand le syndicat était au mieux de sa force, J'ai déclaré que l'Église l'aurait soutenu tant qu'il aurait poursuivi sa finalité originelle : défendre les travailleurs. Mais à un certain point( ... ) Solidarnosc est devenu un mélange de trotskistes et de marxiste,,; ( ... ) Walesa est un indépendant qui a été manipulé et a perdu le contrôle." En d'autres mots: Solidarnosc est sacro-saint mais s'éloigne de l'Église; cette déviance est un péché; le sacrifice de Walesa purifiera la masse, dont la faute a été de passer outre l'autorité de l'État et de l'Église. Mais l'Église salvatrice saura remettre ses brebis sur le droit chemin.

Tandis que l'œuvre de médiation continuait, une visite privée du président polonais Henryk Jablonski à Wojtyla et Casaroli débouchait sur 'un colloque sincère qui a touché beaucoup de thèmes importants'. Glemp avançait: 'Il y a trop de prisonniers politiques en Pologne. La mise en ordre du pays exige la création d'un climat politique nouveau permettant d'éliminer les sources de tension et de représailles.' L'appel était entendu : une nouvelle amnistie (juillet 1984) libérait 600 opposants, dont de nombreux dirigeants de Solidarnosc. Le pouvoir appelait à la prudence : 'Les Églises peuvent certes se développer dans les pays socialistes, disait Adam Lopatka, ministre des Affaires Religieuses, mais elles doivent s'adapter à la situation.'

Tandis que Glemp et la hiérarchie religieuse, accusés de mollesse et de compromission, commençaient lentement à perdre de leur pouvoir effectif.

La balle était maintenant dans le camp de Solidarnosc clandestin et des prêtres rebelles. Parmi ces derniers: Jerzy Popielusko. Un personnage emblématique dont le meurtre, en octobre 1984, devait donner un coup d'arrêt aux négociations sur le Fonds pour l*agriculture et ranimer les vieux antagonismes. Mais peu importe, en fin de compte, de savoir qui a décidé sa suppression. Car son effet global est que toutes les factions, pour des raisons de survie, ont resserré les rangs derrière Glemp et derrière Jaruzelski. La mort de Popielusko entre dans la logique de la normalisation, et qui plus est a rendu quelque lustre au charisme émoussé du chef de l'Église et à la position du chef du gouvernement. Mais voyons les faits.

Jerzy Popielusko est encore un tout jeune prêtre quant le cardinal Wyszynski, le précédent primat de Pologne, l'envoie en première ligne (en 1980) comme chapelain de Solidarnosc. Dès 1982 (quelques mois après la proclamation de l'état de siège), ses 'messes pour la Patrie' dans une paroisse de la banlieue de Varsovie deviennent la tribune de Solidarnosc, officiellement dissous Elles rassemblent tous les mois dix ou quinze mille personnes : des fidèles, des bourgeois libéraux, des athées convaincus. De sa chaire, le prêtre tonne : 'Les idéaux de Solidarnosc sont ancrés dans le cœur de millions de Polonais: lutter contre eux, c'est courir à l'échec!'. Et il prend Wojtyla au sérieux, il le cite. Sa provocation envers Jaruzelski et Glemp est permanente. Il doit être bâillonné en guise d'exemple pour tous les autres. Jaruzelski lui fait parvenir des menaces. Glemp le somme de réduire son discours, pense à le faire transférer mais sensible à la pression de la base, laisse courir. On parle même d'appeler Popielusko à Rome et de l'ensevelir dans la curie. Rien n'y fait: le jeune curé, originaire d'une région pauvre de la Pologne où la religion est politique et vice-versa, continue en toute Conscience à défier la stratégie du compromis. Glemp l'abandonne à son sort. La presse officielle le définit 'un fanatique. Savonarole de Vanticommunisme'. Popielusko est devenu, selon les opinions, ou un héros populaire, ou une variable dangereuse dans le pacte de l'immobilisme. Un personnage incommode, en tout cas pour qui le glas ne peut que sonner. Il disparaît, enlevé. Glemp temporise, se rend dans la paroisse de son curé pour en chasser l'agence de contre-information instaurée par Solidarnosc. Le Pouvoir reste muet.

Mais Popielusk-o est déjà mort: l'exemple est donné. Par la suite, trois officiers de la police secrète sont inculpés. Le Pouvoir sauve sa crédibilité, proclame son innocence (et Jaruzelski en profite, au passage, pour prendre le contrôle des services de renseignements). L'avertissement (au moins en partie d'inspiration moscovite) est générique : il s'adresse a l'aile la plus intransigeante et figée du pouvoir et à celle, à l'autre extrémité, la plus libérale de l'Église.

Le procès des trois responsables n'a, en soi, aucun intérêt. Ses reflets psycho-politiques se feront pourtant voir longtemps encore : la béatification ou la canonisation de Jerzy Popielusko, décidée par la masse, pourra profiter à l'Église des martyrs sont toujours utiles, ils donnent raison au peuple et sont un moyen de pression sur le pouvoir. Mais la condamnation à mort des responsables de son assassinat, qui est la seule peine satisfaisante, vu les 'largesses' du droit polonais, pourrait contrecarrer le projet : la jurisprudence du droit canon (même si les avis, à ce sujet, restent partagés) empêche en effet la canonisation si du sang a été versé pour venger le candidat. L'Église, pour satisfaire à la demande de la base, devrait donc solliciter la grâce (ce qui pourrait être interprété comme une couverture des réels responsables). Si la grâce est acceptée, elle apporte de l'eau au moulin de la frange extrême de Solidarnosc peu appréciée par Glemp. Si elle est refusée, elle offre a l'Église de Glemp une formidable occasion de propagande de pardon n'a pas été reçu, le Pouvoir se livre à la vengeance barbare (œil pour œil, dent pour dent').

Le dilemme, tellement parfait qu'on le dirait inventé de toutes pièces, demeure. Et sa résolution est désormais confiée à la diplomatie du Vatican et à la "politique des petits pas" de Casaroli.

La Pologne est en train de devenir le laboratoire d'une nouvelle forme de collaboration entre l'Église et l'État socialiste cette fois, en parallèle avec la désagrégation de la forme traditionnelle d'assistance réciproque avec l'État capitaliste libéral dominé par les sociaux-chrétiens En fonction de quoi Karol Wojtyla aura sans doute la satisfaction de passer à l'histoire comme le premier pape du rapprochement Est-Ouest - tâche pour laquelle, après tout, il a été élu. Le cardinal Agostino Casaroli donc, revient en force sur le terrain de la Pologne. Jouant sur les contradictions, sur l'opposition entre discours de fermeture et discours d'ouverture, il provoque ses interlocuteurs et orchestre sa campagne. Pratiquement, cette provocation tourne autour de trois faits: une prise de position du cardinal Ratzinger, une autre de l'archevêque Marcinkus, et un voyage manqué de Karol Wojtyla en Lituanie.

Joseph Ratzinger, le dirigeant du Saint-Office, ayant publié en septembre 1984 une 'Instruction' relative à la 'théologie de la libération' où le marxisme est défini comme 'la honte de notre temps' laquelle, 'justement sous prétexte de leur offrir la liberté, maintient des nations entières dans des conditions d'esclavage indignes de l'homme'. Même si 'le discours ne peut être entendu comme une approbation, même indirecte, des oppresseurs de droite', tout le reste du document est empreint d'une analyse socio-politique vieille de cinquante ans et ne tenant aucun compte de la diversité actuelle du marxisme à travers le monde.

Puis, il y a le cas de la Lituanie, l'une des Républiques baltiques de l'URSS dont 85% des 3,5 millions millions d'habitants sont catholiques et qui de ce fait (en plus d'être voisine de la Pologne) est depuis toujours dans la mire du Saint Siège. Afin de forcer le blocus soviétique, le pape s'était d'abord fait inviter en 1983 par les évêques lituaniens à un 'pèlerinage spirituel' en l'honneur du jubilé de Saint Casimir, le patron de la Lituanie. L'URSS y opposait, par deux fois, son veto. Même refus envers Casaroli, qui voulait aller conclure le jubilé du saint. Et pour cause: juste avant, un document signé, entre autres, par Paul Marcinkus, archevêque-financier d'origine lituanienne, définissait la République baltique comme 'un pays occupé par des étrangers' et soumis 'aux dures conditions d'un régime impitoyable'. Sans compter que le Saint-Siège, aujourd'hui encore, -entretient une nonciature et une ambassade de la Lituanie indépendante.

Cette tentative de voyage en Lituanie, aussi bien que le document de Ratzinger, semblent donc être autant de coups de sonde pour ,savoir jusqu'où aller trop loin', comme disait Cocteau, afin de permettre à Casaroli par la suite, de développer un discours plus nuancé tenant compte des réactions des interlocuteurs, qui ne peuvent que se découvrir, et fait de ces petites phrases sont le SaintSiège a le secret (ainsi déclarea-t-il à propos de l'Instruction de Ratzinger : 'Je n'étais pas présent à la discussion' - ce qui peut signifier qu'il n'en partage pas la substance, comprenne qui voudra). Tous ces mouvements servant à préparer un éventuel voyage de Wojtyla et de Casaroli en Urss (on en parle depuis 1983). Ne serait-ce pas là la consécration, offerte par Moscou sur un plateau d'argent, de la politique du Saint-Siège en Pologne ?

L'Ostpolitik papale, en tout cas, devait déjà être corroborée par Giulio Andreotti, ministre italien des Affaires Étrangères, démocrate-chrétien, qui en décembre 1984 à Varsovie, se déclarait favorablement impressionné par la normalisation et insistait sur le fait que serait 'tout à fait erronée la politique de la mise au ban de la Pologne par l'Occident'. Ce dont il faudrait encore convaincre la population du pays, pour laquelle les sanctions économiques occidentales sont la marque de l'intérêt que l'Ouest porte à l'Est...

Il nous faut encore remarquer que la Pologne est la base logistique de 'l'Église du silence': Rosa Luxembourg, dans les années Trente, y voyait déjà le centre culturel dont dépendait l'unification, au départ de l'Occident, de toute la région baltique. Pouvait-elle imaginer qu'un demi-siècle plus tard, l'Église allait reprendre le même thème adapté à ses critères ? Le fait est que Henryk Gulbinowicz, archevêque de Braslavia, s'intéresse à la Tchécoslovaquie, que Ignacy Tokarczuk, évêque de Pozemsy, a les yeux tournés vers Lvov (ex-Leopoldi, la capitale culturelle du royaume de la Pologne maintenant en Ukraine), et que Edward Kisiel, évêque de Bilystok connaît fort bien la Biélorussie. Ceux-là, et bien d'autres, soutiennent un vaste réseau d'assistance aux catholiques des Républiques baltiques (Estonie, Lituanie, Lettonie, Biélorussie, Ukraine) de teinte nettement anticommuniste et dont l'influence s'étend jusqu'à l'Oural.

Nord-Sud

Comme il a été dit. l'Ostpolitik du Saint Siège tend à prévenir et donner l'impulsion à sa politique des relations entre Nord et Sud. Celle-ci a été, jusqu'à présent et avant tout, déterminée par les voyages du pape Wojtyla qui cherche a lui Imprimer un élan de modernisme faisant oublier le colonialisme missionnaire encore à l'honneur au début du siècle.

Le pape se déplaçait en mai 1984 en Orient, sur ce 'front du Pacifique' communément indiqué comme la 'nouvelle frontière' du monde (il avait déjà visité les Philippines et le Japon en 1981 ). Avec, tout d'abord, une escale plus que technique a Fairbanks (Alaska), où il devait rencontrer le président américain Ronald Reagan, retour de Chine.
L'entrevue était importante: pour Reagan, c*était l'occasion de faire les yeux doux aux 50 millions d'Américains catholiques de quart de la population) en prévision des élections de novembre de la même année, pour Wojtyla, il s'agissait de signaler au monde l'intérêt que porte le Saint Père à la Chine qui, avec son milliard d'habitants, représente le plus grand réservoir de fidèles potentiels, donc de pouvoir.
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Auteur : Prof. Dr.Robert KIKIDI

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LE VATICAN- L-ARGENT ET LE POUVOIR

Postée le: 10.07.2019
Ville : KINSHASA
Description

LE VATICAN, L’ARGENT ET LE POUVOIR

Par Frédéric Harcourt

Mise en page par Jean le Duc et correction et publication par l’Evangéliste Prof Dr Robert KIKIDI

INTRODUCTION:

Derrière les hauts murs qui enserrent le Vatican, se cache une puissance mondiale financière et politique. Discrète. Coupée du monde extérieur. Connue d'une poignée de personnes seulement. Parfois, une information filtre; le plus souvent, quand quelque chose ne va pas : un scandale, comme celui de la Banco Ambrosiano, les placements 'imprudents' du cardinal Marcinkus... Frédéric Hacourt, journaliste à Rome, rompt le mur du silence et nous emmène à travers les dédales du Vatican. A travers les structures, l'organisation, vers le centre de décision véritable: là où se cachent les finances.


1] LE GOUVERNEMENT DE L’EGLISE
Saint-Siège et Vatican
A Rome, le visiteur qui passe le Tibre serpentant au milieu de la ville et emprunte l'avenue de la Conciliation, brèche rectiligne taillée par les architectes du fascisme, débouche sur la place Saint-Pierre. Et devant la majesté simple des deux demi-cercles de colonnades dessinées par Bernini pour "tenir dans leurs bras la chrétienté entière", aussi devant cette façade baroque de la basilique, œuvre de Maderno, qui ne parvient pas à éclipser l'harmonie de la coupole projetée par Michel-Ange ce visiteur sera sans doute pris par la sérénité, la magie des lieux. Il se sentira - ce qui est la plus pure vérité transporté au cœur de la religion, de la spiritualité. La proximité du Saint-Père lui donnera la certitude de toucher le fond de la croyance. Il attendra une apparition papale au grand balcon. Il priera, emporté par le mouvement (tout canalisé) de la foule.



Ce visiteur, ainsi mobilisé, sera loin de songer que derrière les façades historiques, derrière les hauts murs qui entourent la Cité du Vatican, se cache l'un des grands centres de pouvoir politique et économique mondiaux, protégé par l'atmosphère feutrée de la cour des princes de l'Église et par l'immunité qui découle de leur fonction. Un centre de pouvoir qui n'a d'égal . si l'on envisage le secret qui l'environne, et ses méandres - que le Kremlin en son temps. Mais ceci n'intéresse pas notre visiteur. Son pèlerinage aux sources de la chrétienté lui aura peut-être coûté des années et des années d'efforts autant psychologiques qu'économiques. Peu lui importe alors, de savoir ce qui est fait de son offrande (laissée dans des troncs judicieusement placés sur son parcours), car il est venu ici pour chercher l'espoir et le salut. Et il les a trouvés grâce aux bons soins d'un pape moderne, féru de relations publiques, d'effets théâtraux et de grandes entreprises publicitaires. Laissons de côté la digne attitude du pèlerin parvenu à Rome. Analysons plutôt le sens, la signification du trafic constant qui unit le monde de la politique, le monde de la finance, et le palais de l'Église. Tout d'abord, une distinction banale en apparence mais essentielle dans ses effets: celle qui sépare État du Vatican et Saint-Siège. Le Saint-Siège est cette souveraineté abstraite du pape sur les catholiques, estimés à 700 millions. Un organisme, bien que ne possédant aucun territoire, reconnu par toutes les instances internationales. A l'échelle planétaire, c'est la seule exception du genre - si l'on exclut l'Ordre de Malte, par ailleurs directement lié au Siège Apostolique Autour (ce concept de Saint-Siège, gravitent toutes les nuances de l'Église universelle. Différent est (la Cité du Vatican: ses quarante-quatre hectares -distraits- à la ville de Rome sont en fait ce qui subsiste des territoires pontificaux qui, il y a un peu plus d'un siècle encore, barraient l'Italie du Latium aux Marches. C'est un des plus petits états du monde avec le Lichtenstein, la République de San-Marino et la Principauté de Monaco. Il remplit les fonctions de support matériel aux activités du Saint-Siège et de conservation de son patrimoine religieux, artistique et culturel. Le pape en est le souverain de droit absolu et divin, concentrant entre ses mains les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Le point est de savoir lequel, du Saint-Siège et du Vatican, dépend (le l'autre. Selon les paroles mêmes de Jean-Paul II, l'état existe comme garantie de l'exercice de la liberté spirituelle du Siège Apostolique, et donc comme moyen d'en assurer l'indépendance réelle et visible dans son activité de gouvernement en faveur de l'Eglise universelle ( ... ). Il ne possède pas une société propre au service de laquelle il aurait été créé, et ne se base pas non plus sur les formes d'action sociale qui déterminent couramment la structure et l'organe de tout autre État" Plus prosaïquement, Pie XI le définissait comme "un petit lopin de terre bien utile au Saint-Siège". Faisons un exemple concret : celui de la nationalité vaticane. Son octroi ne suit aucune règle écrite, mais bien le bon vouloir des autorités compétentes (les cardinaux) qui l'accordent en reconnaissance d'un lien spécifique entre l'État et la personne (et cela concerne avant tout les diplomates, les conseillers, les employés laïques résidents et leur famille). Les citoyens du Vatican sont à cette heure plus ou moins quatre cents. L'attribution du passeport, par contre, est un privilège du Saint-Siège. Car il faut savoir que l'État souverain du Vatican n'entretient pas de relations extérieures. Ces passeports sont actuellement au nombre de cent soixante, et en bénéficient les ecclésiastiques diplomates. Et encore : le diocèse de Rome, sous la dépendance directe du pape, est confié au Vicaire Général de Sa Sainteté (le Belge Petrus Canasius Jean Van Lierde) et au Vicaire Général de Rome, archiprêtre de Saint-Jean de Latran. Nous avons compris? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, des générations et des générations de juristes italiens se sont arraché et s'arrachent encore les cheveux pour tenter de délimiter la souveraineté de l'État du Vatican et celle du Saint-Siège. Et sans succès. Car si l'État, en vertu des règles internationales, détient certaines franchises, le Saint-Siège, en vertu d'autres règles tout aussi reconnues, bénéficie de facilités connexes qui en partie recouvrent les premières. L'État du Vatican est un territoire, avec citoyenneté mais avec diplomatie ; la citoyenneté ne donne pas droit au passeport, et le passeport encore moins à la citoyenneté; ce qui n'est pas du ressort du Saint-Siège est du ressort de l'État, et vice-versa ; un simple changement d'attribution peut déterminer, par exemple, un régime fiscal différent. Le tout, dans le royaume de l'ambiguïté. Et nous allons le voir, source d'une immense fortune pour le Saint-Siège (ou pour le Vatican ?). Ainsi, le pape (l'Antichrist) résulte-t-il comme: Évêque de Rome ; Successeur du Prince des apôtres Souverain Pontife de l'Église Universelle ; Patriarche d'Occident Primat d'Italie ; Archevêque et Métropolite de la province romaine ; Souverain de l'État de la Cité du Vatican ; et, enfin, Serviteur des Serviteurs de Dieu. Le tout dûment enregistré par la République Italienne et par bien d'autres États. La curie Un tel résultat ne surgit pas par hasard. L'image publique et internationale du pape comme chef absolu de la spiritualité chrétienne, comme guide unique et comme chef d'État, doit être confectionnée, transmise et soutenue par une organisation politique solide. Ce qui sous-entend avant tout une administration centrale hautement spécialisée et exclusive.



La curie est cette administration, ce gouvernement de l'Église qui fonctionne comme un instrument d'assistance du Saint Père dans ses multiples tâches. En tant qu'organe suprême de l'Église la curie romaine agit suivant trois lignes directrices; l'une, purement administrative, regarde la subsistance de l'État du Vatican; la seconde, rayon de la curie proprement dite, a rapport à la conservation de la foi universelle; la troisième, définie surtout par allusions et omissions, concerne la production des moyens économiques utiles aux deux premières. Les compétences de la curie sont reprises dans la constitution rédigée en 1969 par Paul VI sous le titre Regimini Ecclesiae Universae (pour le gouvernement de l'Église universelle). L'esprit de ce texte comporte la particularité, contraire à toutes les constitutions moderne le pouvoir y est issu d'en haut: la volonté du pape descend cascade sur toute la hiérarchie religieuse, et n'est en rien le reflet de la volonté des fidèles. Le pape, élu mais d'émanation divine, est infaillible. En ses décisions sont sans appel.

La constitution de l'Église est reconnue notamment par la Convention de La Haye (1954) et par l’Unesco; au point que le survol de l'État du Vatican est interdit (aux avions, pas aux satellites). De la constitution encore, dérive une série de lois et règlements du code de la route au code pénal relevant d'un savant mélange entre progressisme et féodalisme. Célèbre en ce sens est l'édit du substitut du Secrétaire d'État (vice-premier ministre) autorisant les résidents de la Cité, il y a peu, à posséder un chat, mais qui ne résolut pas un urgent problème: les chats dépendent-ils du Vatican ou du Saint-Siège ?...

En fait, le texte de cette constitution veut être l'expression formelle du credo de tous les chrétiens du monde réunis en une "nation supranationale - se situant au-delà des différents régimes politiques et légaux auxquels ils sont soumis. La curie regroupe une quarantaine de dicastères (ou ministères) les congrégations, gardiennes de la doctrine et de la discipline religieuse: les offices, qui publient les documents du Saint-Siège, en administrent les biens et les affaires; les tribunaux et les secrétariats, chargés des tâches spéciales, Elle emploie quelques cinq cents religieux (du cardinal au simple prêtre) et une cinquantaine de conseillers laïques soumis à une discipline rappelant celle de l'armée prussienne, doublée d'un affairisme bien actuel. Les chefs des dicastères sont toujours des cardinaux et sont nommés par le pape. Ils ont sous leurs ordres des officiers majeurs et mineurs. Tous ces gens, avant d'entrer en fonction, prêtent serment de fidélité au pape (en latin pour les prêtres, en italien pour les laïcs), jurent de respecter le secret d'office et, suivant la délicatesse de leur tâche, le secret pontifical ou d'État.

Évolution

Les origines et l'évolution de cette curie sont intéressantes à plus d'un point de vue : dans l'antiquité, le vocable désignait le lieu, sur le forum, où étaient exécutés les rites aussi bien religieux que politiques. Successivement, il prit la signification de gouvernement, de sénat même, puis de siège du patriarche et, avec le développement du diocèse de Rome, d'administration centrale de l'Église, vers le Vème siècle. Car l'Église, dans une première phase, s'organise secrètement. Une fois devenue assez forte, elle émerge et récupère petit à petit les structures politiques et administratives de la société où elle a pris racine, jusqu'à les recouvrir, les monopoliser et se substituer à État laïque. De la sorte, la basilique antique. grand marché couvert servira de modèle architectural aux premiers lieux de culte, et l'austère règlement de vie des vestales gardiennes du feu inspirera les communautés religieuses. Et le pape, dans la suite, deviendra roi de Rome.

Quand les croyants se multiplient et se diversifient, l'Église est forcée de se doter d'une administration de la chose publique; le thème originel de "spiritualité" glisse alors vers la -temporalité-. A l'étape suivante, la spiritualité n'est plus qu'une raison de façade, le ciment qui unit la base uniquement, car gérer une société croissante signifie créer les moyens de cette gestion et de cette croissance, c'est à dire renforcer le pouvoir politique et économique. Le Vatican à travers les siècles, a suivi et suit encore cette progression.



D'autre part, le pouvoir dans l'Église étant une "émanation d'en haut", la porte est ouverte à tous les abus. Le Saint-Siège peut ainsi se permettre de participer en première ligne à la spéculation immobilière dans la Rome moderne, ou agir sur le marché financier international comme n'oserait le faire aucun État. Et en cas de litige ou de mise en accusation, le Saint- Siège se retranche derrière la religion et le Vatican derrière la Raison d'État ou vice-versa. Et de laisser passer les remous du scandale puis, quand l'opinion publique est à nouveau endormie, de remonter à l'assaut. Les pertes que les caisses du Vatican subissent sont actuellement de peu d'importance quand on considère que toute son activité économique tend, dans la rigidité la plus totale, à la concentration des richesses sur son souverain absolu : un système à l'épreuve du temps et des vicissitudes de l'histoire.

Mais revenons à la curie. Sa forme actuelle se ressent très fort des bouleversements politiques du siècle passé, que Pie XI décrivait en 1852 comme "de très graves mutations". Le Vatican, pour compenser- la perte rapide des états pontificaux (et surtout de leurs revenus calqua son administration sur celle des gouvernements modernes avec, particulièrement, la création d'une structure diplomatique autonome et modernes la veille du Congrès de Vienne (1815).

La réforme entreprise en 1965-67 par Paul VI dans la foulée du concile Vatican II, formalisa cette évolution en confirmant la curie dans son rôle de gouvernement capitaliste, de pair avec sa définition de guide et de contrôle spirituels adaptés aux dimensions désormais mondiales de l'Église.

Dicastères
Parmi les dicastères relevons la Congrégation pour la Cause des Saints, chargée de l'illustration, par la béatification et la sanctification de la doctrine. La Congrégation pour l'Inquisition, terme remplacé, au début du siècle, par "Doctrine de la Foi", dite aussi Saint-Office, fut fondée comme premier organisme permanent de la curie lors de la contre-réforme. Son président est Joseph Ratzinger, archevêque de Munich et cardinal depuis 1977, et son secrétaire, jusqu'en avril 1984, fut Jean Jérôme Hamer, né à Bruxelles cri 1916. Hamer a ensuite été placé à la tête de la Congrégation pour les Religieux, d'où il supervise les activités des ordres et contrôle leurs opérations de vente et achat de biens immobiliers. Ces deux personnages sont des dominicains traditionnalistes ; la contribution de leur ordre au Saint Siège a toujours été l'étude et la formulation des dogmes et, par conséquent, fut-il chargé d'organiser l'inquisition.

Le fonctionnement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été déterminé en 1971 (réforme de la curie); un "congrès des supérieurs et officiers" du dicastère se réunit chaque samedi pour examiner toutes les publications relatives à la foi catholique. Si elles sont jugées non-conformes à la doctrine officielle, la Congrégation entame soit une procédure extraordinaire (dans les cas mineurs où une décision est prise immédiatement et sans le bénéfice d'un débat contradictoire) ou une procédure ordinaire: deux experts sont nommés, ainsi qu'un relateur "en faveur de l'auteur" (l'avocat de la défense, qui n'aura aucun contact avec l'auteur incriminé). Après réflexion, ceux-ci rendent leurs conclusions qui font l'objet d'un débat à l'intérieur de la Congrégation. La sanction est décidée et contresignée par le pape. Après quoi seulement l'auteur recevra une communication, sera éventuellement invité à Rome, et présentera une défense écrite. Et il sera, ni plus ni moins, amené a avaliser la sanction déjà passée aux actes. Il pourra faire appel, mais suivant le même circuit et devant les mêmes juges. La procédure kafkaïenne rappelle l'administration de la justice dans les pays totalitaires.

La Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples, dite Propaganda Fide est, à l'encontre des autres, détachée de l'administration centrale. Elle possède et gère ses biens propres dont les revenus, complétés par le fruit des "journées mondiales des missions" (estimé, actuellement, à 70 millions de dollars par an), financent ses 887 missions principales auxquelles elle a distribué 400 millions de dollars en 1982, en plus de 24 millions destinés à la formation de nouveaux prêtres,

Propaganda Fide et Saint-Office ont droit à la sollicitude particulière de Karol Wojtyla, un pape qui sait mettre l'accent sur la propagande et l'image de marque de l'Église. Elles ne cèdent le pas qu'au Secrétaire d'État (premier ministre) et sont très actives: le cardinal Ratzinger (présentement pape), par exemple, a pris des mesures disciplinaires contre les théologiens Hans Küng (qui a toujours refusé de se présenter à Rome) et Edward Schillebeeckx, un dominicain hollandais (qui, lui, a fait amende honorable et a accepté de modifier son livre condamné). Joseph Ratzinger, encore, lançait en mars 1984 l'offensive contre la 'théologie de la libération' par lui taxée de "nouvelle hérésie" d'autant plus dangereuse qu'elle se base sur 'une interprétation néo-marxiste des Écritures'. Une importante condamnation que celle-là, où l'on voit le Saint-Siège tenter, à distance, de maintenir sous le joug l'Amérique latine comptant désormais une bonne partie des catholiques dont les critères culturels et religieux sont de moins en moins semblables à ceux de l'Europe (ce qui fait dire à certains, non sans malignité, que la vraie place du Saint-Siège serait quelque part entre Bogota, Buenos Aires et San Paolo)..



Joseph Ratzinger, l'un des représentants les plus réactionnaires de la hiérarchie vaticane, joue le rôle de 'gendarme de Wojtyla'. Le pape, en plein accord avec sa ligne conservatrice, conférait récemment le premier Prix Paul VI au théologien Hans Urs Von Balthazar, 80 ans, Suisse et ex-jésuite, auteur d'une monumentale œuvre se rattachant à la scolastique du Moyen Age où il dit: 'L'enfer existe, mais pourrait bien être vide. L'Église proclame les saints, c'est-à-dire ceux qui ont droit au paradis, mais elle n'a jamais proclamé que quelqu'un soit damné aux enfers.' On est bien loin, au Saint-Siège, des prétentions socio-politiques des prêtres-ministres du Nicaragua.

Dans la même foulée, le pape autorisait le retour du latin dans le rite de la messe: le latin, en soi, n'est pas réactionnaire et est même porteur d'une part importante de la culture occidentale; à l'inverse, l'usage de la langue vulgaire dans la messe ne peut de prime abord être entendu comme une conquête démocratique par la base des fidèles. Mais le latin a toujours été le jargon du pouvoir ecclésiastique, la langue à laquelle le 'vulgus' (vulgaire) n'a pas accès -et de ce fait est-il le cheval de bataille de l'évêque Marcel Lefebvre, champion du traditionalisme ennemi du concile Vatican II, suspendu par Paul VI, et protégé par l'aristocratie "noire" (ces familles nobles gravitant dans la cour papale et maintenant encore, en plus d'être depuis la chute de la royauté la seule nobles se qui compte en Italie, un fort pouvoir économique à travers ses propriétés terriennes et ses participations dans les banques et sociétés liées au Vatican - Marcel Lefebvre fut l'hôte de la princesse Isabelle Colonna, décédée il y a peu).

Tout ceci s'inscrit dans ce que le pape Wojtyla nomme la "réforme" et le cardinal Ratzinger, plus prosaïquement, la "restauration" de l'Église en lutte contre les "excès postconciliaires, "œuvre d'éléments centrifuges et irresponsables". Il est vrai que l'élargissement et la diversification de l'Église fait perdre son rôle de référent absolu au Saint-Siège romain dont la curie, en réaction, se raidit sur des positions formalistes et dont le chef, le pape, cherche à réaffirmer son autorité (en insistant, par exemple, sur sa mission de "successeur de Pierre"). Le mouvement, psychologiquement et politiquement, est bien compréhensible (les puissants se défendent), mais quelle est sa viabilité ? Certes, le Saint-Siège s'est doté d'évêques et de cardinaux provenant du Tiers-Monde (dont certains, vu leurs origines, sont encore plus conservateurs que les Romains eux-mêmes), mais ils ne lui ont jusqu'à présent que conféré une touche d'exotisme loin de représenter les aspirations de la communauté chrétienne de base.

Joseph Ratzinger précise encore "La restauration est souhaitable, et elle est d'ailleurs déjà en train" - et il définit -diabolique- la culture et la politique en Occident, tandis que celles de l'Est sont "en faillite", que la "théologie de la libération" entretient "le mythe illusoire de la lutte de classe" et que les autres religions sont des "régimes de la terreur". Il invite enfin les fidèles à "renoncer à certaines solidarités euphoriques" (comme l'ouverture de l'Église à la gauche).

Suivent, dans l'organigramme de la curie, les tribunaux (Sainte Rote tribunal de la Pénitence, tribunal suprême de la Signature Apostolique), les secrétariats (pour les chrétiens, pour les non chrétiens, pour les non-croyants). Le secrétariat pour les non-chrétiens est dirigé par Jean Jadot, un Belge de 75 ans, diplomate de formation, ex-délégué apostolique aux USA (où, en 1979, il organisa la visite du pape), et archevêque titulaire de Zuri (notons que les titres de ce genre sont purement honorifiques: ils correspondent à des 'charges en exil' depuis l'expansion de l'islam et du communisme).

L'administration palatine, sous la responsabilité directe du pape, comprend la Fabrique de Saint-Pierre, vouée à la gestion de la basilique (son bilan, régénéré par les offrandes des visiteurs, est en équilibre), la bibliothèque apostolique (700.000 volumes imprimés, 100.000 cartes géographiques, 65.000 manuscrits,... ), les archives secrètes (qui rendent publiques, après 75 ans, les documents pontificaux), la typographie polyglote, et l'Osservatore Romano. Ce journal, auto-défini 'quotidien politique et religieux', est un véritable chef-d'œuvre du non-dit et du sous-entendu où la mise en page, le type de caractère employé, la longueur des articles jouent un rôle déterminant. Ses éditoriaux, anonymes, reflètent la ligne politique du Saint-Siège.

La Préfecture des Affaires Économiques du Saint-Siège, (PAE) qui fait partie des offices de la curie, est une sorte de cotir des comptes chargée de la vérification des dépenses et recettes et, ce qui est neuf au sein du Vatican, de la rédaction d'un bilan unifié.

Bilan

La publicité donnée à ce bilan vaut qu'on s'y arrête un instant. Malgré les fortes résistances exprimées par les cardinaux prévalut, sous Paul VI, la raison de sensibiliser tous les fidèles aux 'problèmes économiques' du Vatican - dans le but, cela va de soi, de solliciter les offrandes en présentant une situation catastrophique et une 'Église pauvre'. Ce qui ne correspond que de loin à la réalité: les opérations (dont certaines fort peu honnêtes., mais surtout très rentables) de l'institut pour les Œuvres de Religion, ou IOR ne figurent par exemple jamais dans le compte-rendu livré aux archevêques et dont, jusqu'à la mort de Paul VI, n'était rendue publique que la prévision du déficit (estimé à 20.240.000 dollars en 1979). Étrange pratique qui a permis et permet encore au Saint-Siège de disposer des dons faits par les fidèles sans devoir en justifier l'usage.

La cause de tant de secret ? Tout d'abord, dit-on chez les cardinaux, la divulgation intégrale des comptes du Vatican ne rencontrerait que l'incrédulité, et aurait des effets nocifs. Toute information donnée hors contexte serait trop facilement déformée et manipulée par les ennemis de l'Église. Sans oublier le problème de fond: l'encyclique Populorum Progressium de Paul VI ne condamne-t-elle pas les principes et méthodes du capitalisme ?

Comment, alors, faire admettre que l'Église est 'condamnée', pour se donner les moyens de sa politique, à opérer en bourse, à posséder des intérêts dans la grande industrie, à participer au développement des multinationales ? Mieux vaut, dit-on au Vatican, quelques pieux mensonges par omission et insister sur l'aspect apostolique de l'Église.

Enfin, il y a les arguments techniques: comment, par exemple, aplanir la comptabilité de toutes les activités du Saint-Siège qui s'exercent clans les domaines les plus disparates, et avec des tentacules dans le monde entier ? Et peut-on mettre sur le même pied le patrimoine d'une Église en pays communiste, officiellement propriété de l'État, avec le patrimoine d'une Église d'un pays capitaliste .

Les arguments, dont certains poussés à la limite du vraisemblable, ne manquent pas pour présenter le Vatican comme victime de la malveillance du monde moderne, et comme victime de son propre devoir... N'empêche que la gestion économique et les profits cachés du Vatican tiennent une importance énorme dans l'administration de l'entreprise spirituelle - la preuve en est qu'un des tous premiers actes d'un nouveau pape est de se faire apporter le livre de comptes qu'il est le seul à pouvoir consulter dans son entièreté...

L'élection de Karol Wojtyla en 1978 devait quelque peu changer cette pratique bien commode du secret: le Vatican passait de mauvais moments en relation avec les affaires conclues entre les banquiers Sindona et Calvi, et le IOR. Grand besoin était d'épousseter le symbole de l'Église "des pauvres". La création du Conseil pour l'Étude des Problèmes Économiques du Saint-Siège, une commission cardinalice, allait rendre possible la publication d'un bilan étoffé (bien que lacunaire: y manque toujours la voix du IOR dont il résulte qu'en 1981 les entrées étaient de 62 millions de dollars (dont 17 millions d'offrandes) et les sorties de 59,5 millions de dollars. En 1982 le Conseil annonçait simplement la prévision de la dette: quelques 30 millions de dollars. En 1983, le silence. Début 1984, la Préfecture des Affaires Économiques s'alarmait - niais sans créer la surprise - devant la probabilité d'un déficit de 32 millions de dollars. Avec ceci de particulier que le Vatican déclarait pour la première fois ouvertement chercher à susciter une augmentation substantielle des offrandes de la part des pays riches, principalement l'Allemagne et les USA.

Le Secrétaire d'Etat

Au sommet de cette hiérarchie qui vient d'être décrite, trône un personnage qui représente officiellement la politique et la diplomatie du Saint-Siège: le Secrétaire d'État, tellement influent que certains papes, comme Pie XII durant les 'temps difficiles' du fascisme, préférèrent en occuper eux-mêmes la charge. Le Secrétaire d'État, qui veille à la préparation et à l'exécution des décisions du pape, dirige une administration de onze conseillers et auditeurs (tous ecclésiastiques et diplomates), un conseiller laïque, onze attachés religieux (dont, fait exceptionnel dans les hautes fonctions du Vatican, une Révérente Mère). Cette administration est chargée du Chiffre de la Chancellerie des Lettres Apostoliques, de l'information et Documentation, et du Bureau Central des Statistiques de l'Église.

Le Secrétaire d'État est, depuis 1979, Agostino Casaroli: un homme de 70 ans, professeur à l'Académie de diplomatie du Vatican spécialiste, depuis les années '60, des relations entre le Saint Siège et l'Europe de ]'Est, et fait cardinal par Paul VI. C'est le premier ecclésiastique a avoir trouvé, avec tact, un langage apte à rencontrer les exigences de l'URSS dans ses relations avec le Vatican. La carrière de Casaroli est exemplaire: entré en 1940 dans la Secrétairerie d'État il est nommé sous-secrétaire au Conseil des Affaires Publiques du Saint Siège (ministère des Affaires Étrangère en 1961. Jean XXIII le charge de se faire son messager à l'Est. En 1964 il est l'artisan du premier accord signé entre le Vatican et un pays socialiste, le Traité de Budapest qui, vingt ans plus tard, sera reconduit par les deux parties. Il s'active ensuite en Tchécoslovaquie puis en Yougoslavie. En 1967, il devient secrétaire aux Affaires Publiques. il sera fait cardinal en 1979. En 1981, il est à Moscou, porteur du Traité pour la non-prolifération des armes atomiques. Sous sa houlette, plus de cent États ont entrepris ou poursuivi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Et il régit maintenant, dans les coulisses, tous les rapports du Saint-Siège avec, notamment, la Pologne.

En avril 1984, le pape Jean-Paul Il modifiait sensiblement les attributions de ce Secrétaire d'État. Il lui déléguait 'en ses nom et lieu' le pouvoir administratif et politique sur l'État de la Cité du Vatican jusqu'alors du ressort de l'autorité pontificale. Casaroli devenait ainsi une sorte de 'vice pape résident chargé de l'entièreté du pouvoir temporel sur le gouvernement de l'Église ce qui laissait la charge spirituelle de ce gouvernement à Karol Wojtyla. Le pape est donc libre de résider en -dehors de Rome - élément important pour un pontife voyageur comme Wojtyla - et de devenir une sorte de représentant itinérant de l'Église universelle tandis que la Cité du Vatican, en son absence, continue à remplir ses fonctions. Cette interprétation de la décision de Wojtyla trouve sa substance dans le fait que le pape, par le même document où il déléguait ses pouvoirs à Casaroli nommait Bernardin Gantin, originaire du Bénin, à la tête de la Congrégation pour les Évêques (un poste fort important, puisque c'est de lui dont dépend la désignation des représentants de l'Église à travers le monde), l'office étant pour la première fois occupé par un homme de couleur orienté vers le tiers-monde plutôt que vers le coter de Rome.

Mais on peut aussi penser que cette 'promotion' de Casaroli représente, dans le plus pur style du Vatican, un éloignement. En effet Casaroli désormais immergé dans le pouvoir temporel, risque de perdre beaucoup de son poids dans le gouvernement spirituel de l'Église c'est-à-dire la curie et les Congrégations. D'autant plus qu'il se trouve maintenant confronté, directement, à cieux de ses ennemis de toujours : le cardinal Sebastiano Baggio devenu président de la Commission de Contrôle pour l'État du Vatican, et le cardinal Agnelo Rossi, nommé président de l'Administration (lu Patrimoine du Siège Apostolique (APSA) en remplacement du même Casaroli

Au Secrétaire d'État est adjoint un substitut - Eduardo Martinez Somalo, archevêque titulaire de Tagore, directeur du Chiffre et des relations avec les ambassades - dont le rôle est essentiel, puisqu'il sert de filtre entre le Secrétaire d'État et le pape. Le substitut est un personnage de tout premier plan et dans le passé récent le prédécesseur de Somalo, Bellini, a pu à ce titre se faire le porte-parole du conservatisme aussi bien économique que politique du Saint-Siège.

Diplomatie

En communication directe avec le Secrétaire d'État, est la Préfecture des Affaires Publiques du Saint-Siège ou bureau diplomatique né, comme nous l'avons esquissé, au début du XIX` siècle et fixé dans sa forme définitive par Paul VI. Le préfet en est, traditionnellement, le Secrétaire d'État et est assisté d'un secrétaire - actuellement, Achille Silvestrini, nommé en 1970 et depuis toujours collaborateur de Casaroli. Dans le conseil de la Préfecture, nous retrouvons l'intransigeant Ratzinger, président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Le but de ce bureau est la gestion des rapports avec les nonciatures et les délégations apostoliques des ambassades du Vatican, (au nombre de 113 à travers le monde) et avec les ambassades accréditées auprès du Saint-Siège (elle témoignent d'un lien privilégié entre les États et le Saint-Siège, celui de inclus tel quel dans la constitution. Et être rafraîchi en 1984 (après six brouillons et seize ans de négociations) par le premier chef de gouvernement socialiste italien ayant jamais été reçu officiellement au Vatican, Bettino Craxi. Le 'nouveau' concordat qui résulte de la manœuvre n'est ni fait qu'un remaniement au goût du jour de l'ancien (tandis que le traité de conciliation et la convention financière demeurent intacts). Cet accord reconduit substantiellement les facilités dont jouit le Vatican sur le territoire italien.

Tandis que le catholicisme perd s'a définition de 'religion d'État mais que l'État continue a n'avoir aucun droit de regard dans la nomination des évêques (cas unique en Europe: en Espagne, les dignitaires de l'Église sont directement désignés par le roi). Et que le cours de religion devient facultatif dans l'enseignement, que la Sainte Rote n'a plus le monopole ni matière matrimoniale (dix ans après la rédaction de la loi italienne sur le divorce !), et que sont abolies les normes empêchant l'État de confier une charge d'enseignement à un ecclésiastique encourant des sanctions (normes d'héritage mussolinien). Ce qui, de la part du Saint-Siège, représente de biens maigres concessions en regard de la modification du régime des ordres religieux, du traitement du clergé, et de la protection de son patrimoine artistique modification allant, nous le verrons plus loin, dans le sens d'un ultérieur enrichissement de l'Église et de l'État du Vatican, une consécration définitive : le concordat témoigne désormais de la doctrine officielle italienne en matière de ses rapports avec la religion dominante. Il détermine 'une plus grande liberté de l'Église face à l'État. selon les paroles du cardinal Anastasio Ballestrero, président de la Conférence épiscopale italienne. L'État en est-il conscient ?

On peut en douter, quand on connait le laxisme et l'impréparation atavique de bon nombre de ses politiciens. Mais on peut aussi être assuré que les ambiguïtés contenues dans le texte du 'nouveau' concordat ont été délibérément voulues par ses rédacteurs de la partie vaticane, lesquels, ils l'ont prouvé au cours d'un siècle de relations imbriquées entre le Saint-Siège et les dirigeants italiens, ne pèchent certes pas par manque de vigilance.

Ce qui précède concerne essentiellement la distribution et l'exercice du pouvoir au sein du gouvernement de l'Église. Autrement important est l'aspect informel de son organisation, les détours, les axes préférentiels et les recoupements qui en déterminent finalement, la véritable physionomie - laquelle - dépend de la personnalité du pape régnant.

Gérontocratie et cumul

Depuis son élection en 1978, Karol Wojtyla a su secouer la gérontocratie du sommet, celle-là même qui a fait du Vatican un autre Kremlin. L'âge moyen des chefs de dicastère qui était, en 1969, de 79 ans de plus vieux en avait 90, s'est abaissé en 1984 à 67 ans de plus jeune est J. Ratzinger, 57 ans, et le plus vieux a 77 ans. D'autre part, Wojtyla s'est asservi avec beaucoup d'intelligence une ancienne tradition du Saint-Siège : le cumul des fonctions qui fait que le cardinal Sebastiano Baggio gère contemporainement douze charges et qu'Agostino Casaroli en occupe neuf, toutes de nature politique et économique. Et la liste pourrait continuer.

Ce cumul permet à un nombre restreint de cardinaux étroitement liés entre eux de dominer tout l'organigramme du pouvoir et de multiplier les communications horizontales et verticales. Ce qui, a certains égards, peut déboucher sur des contradictions : ainsi le cardinal Caprio, préfet de la PAE, devrait contrôler les finances du Governato de la Cité du Vatican dont le dirigeant n'est autre que le Secrétaire d'État chef absolu de Caprio... Les contradictions sont bien sûr voulues et, en fin de compte, s'annulent dans un délicat équilibre des forces convergeant vers l'unique pôle de décision: le pape. Reste que seul un spécialiste est en mesure de s'y retrouver dans cette profusion de bureaux et d'offices aux compétences voisines. Nous verrons plus loin comment le ‘brouillage des pistes’ permet au Vatican de se rendre quasi inaccessible et, surtout, de dissimuler la plupart des opérations financières qu'il exécute ou l'ait exécuter.

Concrètement le pape Wojtyla, afin de s'entourer d'une équipe fiable, a procédé en trois étapes: en mars 1979, la mort du cardinal Villot rendait vacant le siège du Secrétaire d'État qui échut, ainsi que la présidence de la Préfecture des Affaires Publiques, à Agostino Casarofi. Giuseppe Caprio passait de la Secrétairerie d'Etat à la présidence de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique (APSA) par effet d'une dérogation temporaire car ce poste est traditionnellement réservé au Secrétaire d'Etat. Et Eduardo Martinez Somalo devenait le substitut du Secrétaire qu'il est encore aujourd'hui. En 1981, la deuxième phase : Caprio quitte l'APSA, qui retourne aux mains de Casaroli, et s'installe à la Préfecture des Affaires Économiques; et l'archevêque Achille Silvestrini devient secrétaire des Affaires Publiques. L'ultime remaniement date d'avril 1984: les pouvoirs de Casaroli sur la Cité du Vatican en sortent renforcés, mais le Secrétaire d'État perd une fois de plus le contrôle de l'APSA qui échoit au cardinal Rossi, ex-président de Propaganda Fide.

Ainsi, la diplomatie du Vatican est l'apanage de Casaroli et de Silvestrini, alors que sa politique économique dépend en substance de Casaroli et de Rossi.

Ostpolitik

Jean-Paul Il dirige donc un conseil réduit, rajeuni, aux pouvoirs concentrés, qui s'est révélé apte à donner une forte impulsion a la rédaction du 'nouveau' concordat entre l'Italie et le Saint-Siège, et surtout à pourvoir à la ligne de l'Ostpolitik du premier souverain pontife polonais de l'histoire.

C'est un vieux rêve, ce rapprochement entre l'Église et l'Europe de l'Est. Curzio Malaparte explique dans son livre 'Technique du coup d'État' (1931) que l'Église uniate de la Galicie Orientale (région frontière de l'URSS) fut, dès la prise de pouvoir par les communistes, considérée par Rome comme le 'pont naturel' pour la reconquête religieuse de la Russie. Les unions, de doctrine catholique mais de rite orthodoxe, furent déportés de l'URSS et reçurent, dans leur déplacement, l'aide des jésuites. D'autre part monseigneur Achille Rati, futur Pie XI et alors nonce apostolique, en accord avec le représentant du gouvernement fasciste italien, refusa de quitter Varsovie assiégée par Trotski et l'Armée rouge (en août 1920) dans l'espoir de se lier aux bolcheviques et de devenir le premier prélat en contact direct avec le nouveau pouvoir du Krémlin. Mais Trotski ne prit pas la ville, et le projet demeura sans suite.

Après la guerre, l'idée de la détente fut réélaborée par Jean XXII et par Paul VI et fit son chemin aidée notamment par les résolutions du concile Vatican Il (1962-65) dont un des objectifs était de déterminer l'ouverture de l'Église au monde non-catholique, et de reconnaître, au-delà des rapports Est-Ouest, I*importance grandissante de l'axe Nord-Sud.

L'élection de Karol Wojtyla et l'ascension de Agostino Casaroli à la charge suprême du gouvernement de l'Eglise sont tout de suite apparues comme la confirmation de cette politique.

Casaroli, conscient que Est et Ouest ont suffisamment d'intérèts en commun pour, bien que se basant sur des idéologies opposées, renouveler périodiquement les accords de non-ingérence, élabora petit à petit une stratégie d'action investissant la problématique des différences entre socialisme et capitalisme. La stratégie visant, dans l'esprit de son inventeur, à rompre l'isolement de l'Eglise dans le monde et à faire du Saint-Siège un sujet politique international capable de résorber le choc encore à venir (nous sommes et nous retiendrons ici que la commission paritaire chargée de Statut sur ces points dans un délai de six mois, n'avait divulgué au Parlement italien, lors de la ratification du 'nouveau' concordat, que les "principes généraux" des nouvelles normes. Le Parlement (à majorité démocrate-chrétienne, donc par nature bien disposé) était alors amené à se prononcer sur un texte encore inexistant. Et d'acheter, en somme, un chat dans un sac. Le tout au nom d'une mythique 'paix religieuse' dont le Saint-Siège semble bien être le seul à profiter.

Une analyse critique du concordat permet de déterminer certains de ses effets à venir: après l'incongruité de la reconnaissance par la constitution clé 1947 d'un accord passé entre un régime totalitaire de fascisme) et le Saint-Siège, l'État démocratique italien a finalement sanctionné l'importance de la tradition historique catholique dans le pays. Le fait objectif qu'il était sans doute inutile de souligner -- sinon que l'acte représente un engagement solennel de la part de l'État un jugement positif sur l'œuvre du Saint-Siège, et dans les années Soixante) de la rencontre entre Nord et Sud.

Ainsi naît l'Ostpolitik du Saint-Siège définie, à la fin des années Soixante-dix, par Agostino casaroli lui-même : Harmoniser le refus de l'usage de la force militaire et la sauvegarde de la paix et de la dignité du peuple tout en évitant, outre le conflit larvé, celui qui a justement été défini 'une guerre appelée paix'. Il s'agit donc de gérer l'équilibre de la tension à l'aide de contacts renouvelés s'opposant a la philosophie de la guerre froide.

Tactiquement, Casaroli se propose d' isoler les aspects positifs dans le discours de l'interlocuteur, les valoriser, les intégrer, sans renoncer a nos propres convictions; induire la participation de l'autre sans ignorer les risques que cela comporte. On donne l'impression à l'autre qu'il est le seul à décider tout en ne lui laissant pour ce faire qu'un étroit espace de manœuvre.

Karol Wojtyla se pose en porte-parole de cette Ostpolitik: étant Polonais, il est bien placé pour amener les gouvernements de l'Est à lui prêter attention.

Wojtyla qui, après avoir pesamment soutenu le syndicat Solidarnosc lors d'un premier voyage en Pologne en 1979, retournait dans son pays en juin 1983 pour une visite 'à caractère exclusivement religieux et moral' d'un genre tout particulier. Aussitôt reçu par le général Jaruzelski, il lui réaffirmait 'l'entente et l'accord parfaits entre l'État polonais et l'Église tout en souhaitant la fin de l'état de siège (décrété en 1981) et, en contrepartie, condamnait les sanctions économiques décidées par les USA envers la Pologne. Une telle modération ne pouvait que satisfaire Jaruzelski qui, à son tour, soulignait 'les valeurs communes entre l'État et l'Église: l'intérêt de la nation, l'indépendance, la sécurité aux frontières, l'unité, la croissance intellectuelle' - et de promettre une substantielle libéralisation.


One man-show

Puis, venait le grand one-man-show du pape, en six étapes à travers tout le pays (d'immenses réunions de plus d'un million de personnes dans les stades, fruit de l'habile propagande du clergé) durant lesquelles Woityla, manœuvrant entre le mysticisme et l'hystérie des foules, définissait Solidarnosc Comme un 'centre puissant et dynamique de la vie ouvrière, intellectuelle et spirituelle placé sous le symbole de la vierge de Jasna Gora et ajoutait: "Je me sens responsable de la Pologne !" D'ou, réaction plus ou moins feinte du pouvoir (censure à la télévision, pression politique, démenti... ) et contre-réaction de Wojtyla qui corrigeait le tir en insistant sur l'urgence pour le peuple, en vertu de la Raison d'État, d'accepter l'autorité du gouvernement. Ainsi Wojtyla tout en critiquant le régime et en louant Solidarriosc, exaltait le patriotisme et la religion comme éléments de cohésion sociale, laquelle sous-entend la nécessité d'une victoire clé la société sur elle-même afin d'éliminer ses tendances centrifuges. D'où, aussi le besoin d'un dialogue avec le pouvoir justifiant en plein l'accord de non-agression passé entre Wojtyla et Jaruzelski. Les USA prêtaient main-forte au pape en estimant que son voyage représentait une 'lueur d'espoir' pour la Pologne, et décidaient la fin de l'embargo en échange très significatives de libéralisation' (et, de fait, l'état du siège sera levé un mois plus tard).

Restait Lech Walesa: le jour même de sa rencontre 'secrète' avec la pape, l'Osservatore Romano écrivait : 'Officiellement, Walesa sort une fois de plus de la scène. Nous pouvons dire qu'il a perdu sa bataille (...) ... ) Rendons-lui l'honneur désarmes.' Ce lui déclenchait un certain mouvement de stupeur. L'auteur de l'article donnait sa démission et affirmait qu'il n'avait fait qu'exprimer une opinion personnelle - chose invraisemblable dans un journal où rien n'échappe à la vigilance de la Secrétairerie d'État.

Ayant de la sorte préparé le terrain à Jozet Glemp cardinal et primat de Pologne, le pape rentrait à Roule . Déjà en 1981, ait milieu des troubles civils, Glemp n'avait pas hésité à déclarer : 'Ce matin, la proclamation de l'état de siège nous a jeté dans la consternation ce soir, nous sommes déjà habitués à cette parole.' Une phrase qui résonne comme un programme politique que ses actes, par la suite, allaient corroborer.



Le primat, aussitôt après le départ du pape, émettait un document signé par les évêques polonais et soutenu par Wojtyla où est formulée la proposition de mobiliser les cultivateurs par l'intermédiaire de centres de formation (et d'endoctrinement) parastataux, coupant ainsi l'herbe sous le pied de Solidarnosc rural.

Le projet comprend en outre la constitution d'un Fonds pour l'agriculture, fruit d'une récolte de capitaux en Allemagne fédérale, aux États Unis et au Canada desquels, par voie de la proximité ou de l'immigration, sont sensibles au problème polonais pour un montant de 1.700 millions de dollars à distribuer en cinq ans à 3 millions d'entreprises familiales privées (représentant 75% de la production nationale). La gestion de ce Fonds doit bien entendu être confiée à l'Église polonaise et lui permettre de réaffirmer son emprise sur les campagne, qui, traditionnellement, sont plus sensibles à la religion qu'au communisme. Cette monopolisation par un organisme privé (l'Église) de capitaux étrangers est une entorse aux principes du polonais comporte des avantages pour toutes les parties: l'Église se pose comme courroie de transmission entre l'État et le particulier, ce qui accroît son pouvoir; Moscou, qui a avalisé la licence, se donne un vernis de libéralisme bien utile sur le plan in-; et le général Jaruzelski s'assure un meilleur rendement de l'agriculture, donc une augmentation des revenus et une diminution du mécontentement rural entraînant la perte de prestige de Solidarnosc et des prêtres rebelles. Et le Saint-Siège tire la somme: l'équilibre entre pouvoir et contre-pouvoir est maintenu, et chacun des bénéficiaires a de bonnes raisons de croire que son poids a été déterminant dans la prise de décision.

Le marché, en somme, est simple: l'Église polonaise (dotée d'une organisation capillaire et d'une structure rigide, autoritaire et dogmatique, dont la force réside dans la foi comme moteur de l'identité culturelle et du sens de la nation) propose au régime de le seconder dans son effort pour 'moucher' Solidarnosc en échange de quoi cette Église reçoit la reconnaissance définitive et indélébile de son rôle socio-politique dans le contrôle de la base de la société. Jozef Glemp continuait sur sa lancée: "Peu après sa fondation, déclarait-il en mars 1984, Solidarnosc devint une organisation politique. La moitié de ses 10 millions d'adhérents étaient inscrits au Parti communiste, ce qui signifie que ses idéaux ne coïncidaient pas avec ceux de l'Église. Quand le syndicat était au mieux de sa force, J'ai déclaré que l'Église l'aurait soutenu tant qu'il aurait poursuivi sa finalité originelle : défendre les travailleurs. Mais à un certain point( ... ) Solidarnosc est devenu un mélange de trotskistes et de marxiste,,; ( ... ) Walesa est un indépendant qui a été manipulé et a perdu le contrôle." En d'autres mots: Solidarnosc est sacro-saint mais s'éloigne de l'Église; cette déviance est un péché; le sacrifice de Walesa purifiera la masse, dont la faute a été de passer outre l'autorité de l'État et de l'Église. Mais l'Église salvatrice saura remettre ses brebis sur le droit chemin.

Tandis que l'œuvre de médiation continuait, une visite privée du président polonais Henryk Jablonski à Wojtyla et Casaroli débouchait sur 'un colloque sincère qui a touché beaucoup de thèmes importants'. Glemp avançait: 'Il y a trop de prisonniers politiques en Pologne. La mise en ordre du pays exige la création d'un climat politique nouveau permettant d'éliminer les sources de tension et de représailles.' L'appel était entendu : une nouvelle amnistie (juillet 1984) libérait 600 opposants, dont de nombreux dirigeants de Solidarnosc. Le pouvoir appelait à la prudence : 'Les Églises peuvent certes se développer dans les pays socialistes, disait Adam Lopatka, ministre des Affaires Religieuses, mais elles doivent s'adapter à la situation.'

Tandis que Glemp et la hiérarchie religieuse, accusés de mollesse et de compromission, commençaient lentement à perdre de leur pouvoir effectif.

La balle était maintenant dans le camp de Solidarnosc clandestin et des prêtres rebelles. Parmi ces derniers: Jerzy Popielusko. Un personnage emblématique dont le meurtre, en octobre 1984, devait donner un coup d'arrêt aux négociations sur le Fonds pour l*agriculture et ranimer les vieux antagonismes. Mais peu importe, en fin de compte, de savoir qui a décidé sa suppression. Car son effet global est que toutes les factions, pour des raisons de survie, ont resserré les rangs derrière Glemp et derrière Jaruzelski. La mort de Popielusko entre dans la logique de la normalisation, et qui plus est a rendu quelque lustre au charisme émoussé du chef de l'Église et à la position du chef du gouvernement. Mais voyons les faits.

Jerzy Popielusko est encore un tout jeune prêtre quant le cardinal Wyszynski, le précédent primat de Pologne, l'envoie en première ligne (en 1980) comme chapelain de Solidarnosc. Dès 1982 (quelques mois après la proclamation de l'état de siège), ses 'messes pour la Patrie' dans une paroisse de la banlieue de Varsovie deviennent la tribune de Solidarnosc, officiellement dissous Elles rassemblent tous les mois dix ou quinze mille personnes : des fidèles, des bourgeois libéraux, des athées convaincus. De sa chaire, le prêtre tonne : 'Les idéaux de Solidarnosc sont ancrés dans le cœur de millions de Polonais: lutter contre eux, c'est courir à l'échec!'. Et il prend Wojtyla au sérieux, il le cite. Sa provocation envers Jaruzelski et Glemp est permanente. Il doit être bâillonné en guise d'exemple pour tous les autres. Jaruzelski lui fait parvenir des menaces. Glemp le somme de réduire son discours, pense à le faire transférer mais sensible à la pression de la base, laisse courir. On parle même d'appeler Popielusko à Rome et de l'ensevelir dans la curie. Rien n'y fait: le jeune curé, originaire d'une région pauvre de la Pologne où la religion est politique et vice-versa, continue en toute Conscience à défier la stratégie du compromis. Glemp l'abandonne à son sort. La presse officielle le définit 'un fanatique. Savonarole de Vanticommunisme'. Popielusko est devenu, selon les opinions, ou un héros populaire, ou une variable dangereuse dans le pacte de l'immobilisme. Un personnage incommode, en tout cas pour qui le glas ne peut que sonner. Il disparaît, enlevé. Glemp temporise, se rend dans la paroisse de son curé pour en chasser l'agence de contre-information instaurée par Solidarnosc. Le Pouvoir reste muet.

Mais Popielusk-o est déjà mort: l'exemple est donné. Par la suite, trois officiers de la police secrète sont inculpés. Le Pouvoir sauve sa crédibilité, proclame son innocence (et Jaruzelski en profite, au passage, pour prendre le contrôle des services de renseignements). L'avertissement (au moins en partie d'inspiration moscovite) est générique : il s'adresse a l'aile la plus intransigeante et figée du pouvoir et à celle, à l'autre extrémité, la plus libérale de l'Église.

Le procès des trois responsables n'a, en soi, aucun intérêt. Ses reflets psycho-politiques se feront pourtant voir longtemps encore : la béatification ou la canonisation de Jerzy Popielusko, décidée par la masse, pourra profiter à l'Église des martyrs sont toujours utiles, ils donnent raison au peuple et sont un moyen de pression sur le pouvoir. Mais la condamnation à mort des responsables de son assassinat, qui est la seule peine satisfaisante, vu les 'largesses' du droit polonais, pourrait contrecarrer le projet : la jurisprudence du droit canon (même si les avis, à ce sujet, restent partagés) empêche en effet la canonisation si du sang a été versé pour venger le candidat. L'Église, pour satisfaire à la demande de la base, devrait donc solliciter la grâce (ce qui pourrait être interprété comme une couverture des réels responsables). Si la grâce est acceptée, elle apporte de l'eau au moulin de la frange extrême de Solidarnosc peu appréciée par Glemp. Si elle est refusée, elle offre a l'Église de Glemp une formidable occasion de propagande de pardon n'a pas été reçu, le Pouvoir se livre à la vengeance barbare (œil pour œil, dent pour dent').

Le dilemme, tellement parfait qu'on le dirait inventé de toutes pièces, demeure. Et sa résolution est désormais confiée à la diplomatie du Vatican et à la "politique des petits pas" de Casaroli.

La Pologne est en train de devenir le laboratoire d'une nouvelle forme de collaboration entre l'Église et l'État socialiste cette fois, en parallèle avec la désagrégation de la forme traditionnelle d'assistance réciproque avec l'État capitaliste libéral dominé par les sociaux-chrétiens En fonction de quoi Karol Wojtyla aura sans doute la satisfaction de passer à l'histoire comme le premier pape du rapprochement Est-Ouest - tâche pour laquelle, après tout, il a été élu. Le cardinal Agostino Casaroli donc, revient en force sur le terrain de la Pologne. Jouant sur les contradictions, sur l'opposition entre discours de fermeture et discours d'ouverture, il provoque ses interlocuteurs et orchestre sa campagne. Pratiquement, cette provocation tourne autour de trois faits: une prise de position du cardinal Ratzinger, une autre de l'archevêque Marcinkus, et un voyage manqué de Karol Wojtyla en Lituanie.

Joseph Ratzinger, le dirigeant du Saint-Office, ayant publié en septembre 1984 une 'Instruction' relative à la 'théologie de la libération' où le marxisme est défini comme 'la honte de notre temps' laquelle, 'justement sous prétexte de leur offrir la liberté, maintient des nations entières dans des conditions d'esclavage indignes de l'homme'. Même si 'le discours ne peut être entendu comme une approbation, même indirecte, des oppresseurs de droite', tout le reste du document est empreint d'une analyse socio-politique vieille de cinquante ans et ne tenant aucun compte de la diversité actuelle du marxisme à travers le monde.

Puis, il y a le cas de la Lituanie, l'une des Républiques baltiques de l'URSS dont 85% des 3,5 millions millions d'habitants sont catholiques et qui de ce fait (en plus d'être voisine de la Pologne) est depuis toujours dans la mire du Saint Siège. Afin de forcer le blocus soviétique, le pape s'était d'abord fait inviter en 1983 par les évêques lituaniens à un 'pèlerinage spirituel' en l'honneur du jubilé de Saint Casimir, le patron de la Lituanie. L'URSS y opposait, par deux fois, son veto. Même refus envers Casaroli, qui voulait aller conclure le jubilé du saint. Et pour cause: juste avant, un document signé, entre autres, par Paul Marcinkus, archevêque-financier d'origine lituanienne, définissait la République baltique comme 'un pays occupé par des étrangers' et soumis 'aux dures conditions d'un régime impitoyable'. Sans compter que le Saint-Siège, aujourd'hui encore, -entretient une nonciature et une ambassade de la Lituanie indépendante.

Cette tentative de voyage en Lituanie, aussi bien que le document de Ratzinger, semblent donc être autant de coups de sonde pour ,savoir jusqu'où aller trop loin', comme disait Cocteau, afin de permettre à Casaroli par la suite, de développer un discours plus nuancé tenant compte des réactions des interlocuteurs, qui ne peuvent que se découvrir, et fait de ces petites phrases sont le SaintSiège a le secret (ainsi déclarea-t-il à propos de l'Instruction de Ratzinger : 'Je n'étais pas présent à la discussion' - ce qui peut signifier qu'il n'en partage pas la substance, comprenne qui voudra). Tous ces mouvements servant à préparer un éventuel voyage de Wojtyla et de Casaroli en Urss (on en parle depuis 1983). Ne serait-ce pas là la consécration, offerte par Moscou sur un plateau d'argent, de la politique du Saint-Siège en Pologne ?

L'Ostpolitik papale, en tout cas, devait déjà être corroborée par Giulio Andreotti, ministre italien des Affaires Étrangères, démocrate-chrétien, qui en décembre 1984 à Varsovie, se déclarait favorablement impressionné par la normalisation et insistait sur le fait que serait 'tout à fait erronée la politique de la mise au ban de la Pologne par l'Occident'. Ce dont il faudrait encore convaincre la population du pays, pour laquelle les sanctions économiques occidentales sont la marque de l'intérêt que l'Ouest porte à l'Est...

Il nous faut encore remarquer que la Pologne est la base logistique de 'l'Église du silence': Rosa Luxembourg, dans les années Trente, y voyait déjà le centre culturel dont dépendait l'unification, au départ de l'Occident, de toute la région baltique. Pouvait-elle imaginer qu'un demi-siècle plus tard, l'Église allait reprendre le même thème adapté à ses critères ? Le fait est que Henryk Gulbinowicz, archevêque de Braslavia, s'intéresse à la Tchécoslovaquie, que Ignacy Tokarczuk, évêque de Pozemsy, a les yeux tournés vers Lvov (ex-Leopoldi, la capitale culturelle du royaume de la Pologne maintenant en Ukraine), et que Edward Kisiel, évêque de Bilystok connaît fort bien la Biélorussie. Ceux-là, et bien d'autres, soutiennent un vaste réseau d'assistance aux catholiques des Républiques baltiques (Estonie, Lituanie, Lettonie, Biélorussie, Ukraine) de teinte nettement anticommuniste et dont l'influence s'étend jusqu'à l'Oural.

Nord-Sud

Comme il a été dit. l'Ostpolitik du Saint Siège tend à prévenir et donner l'impulsion à sa politique des relations entre Nord et Sud. Celle-ci a été, jusqu'à présent et avant tout, déterminée par les voyages du pape Wojtyla qui cherche a lui Imprimer un élan de modernisme faisant oublier le colonialisme missionnaire encore à l'honneur au début du siècle.

Le pape se déplaçait en mai 1984 en Orient, sur ce 'front du Pacifique' communément indiqué comme la 'nouvelle frontière' du monde (il avait déjà visité les Philippines et le Japon en 1981 ). Avec, tout d'abord, une escale plus que technique a Fairbanks (Alaska), où il devait rencontrer le président américain Ronald Reagan, retour de Chine.
L'entrevue était importante: pour Reagan, c*était l'occasion de faire les yeux doux aux 50 millions d'Américains catholiques de quart de la population) en prévision des élections de novembre de la même année, pour Wojtyla, il s'agissait de signaler au monde l'intérêt que porte le Saint Père à la Chine qui, avec son milliard d'habitants, représente le plus grand réservoir de fidèles potentiels, donc de pouvoir.
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