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Invasion russe de l’Ukraine : quelles conséquences pour l’Asie et notamment la Chine et Taïwan ?

Invasion russe de l’Ukraine : quelles conséquences pour l’Asie et notamment la Chine et Taïwan ? 2022-02-25
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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping, à Pékin le 4 février 2022

Désormais probable, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe aurait de graves conséquences pour l’Asie. En particulier pour le Japon, mais aussi pour la Corée du Sud. D’abord extrêmement prudente, la Chine accuse désormais Washington de « jeter de l’huile sur le feu ».

Nul doute en effet que cette crise ne concerne pas que l’Europe. Car les menaces d’ordre géopolitiques en Asie de l’Est sont nombreuses. Elle sont de nature militaires, économiques et énergétiques.

Pour le Japon, cette vaste redistribution des cartes que provoquerait une invasion de l’Ukraine pose un véritable dilemme car elle viendrait mettre en lumière les relations orageuses entre les États-Unis et la Russie avec, en arrière-plan, la Chine et Taïwan. En premier lieu, les tensions militaires russo-américaines risquent fort de s’aiguiser sur le théâtre de l’Extrême-Orient russe. La Russie a, depuis des mois déjà, renforcé ses activités militaires en mer du Japon et dans la mer d’Okhotsk. Ces activités ont sonné l’alarme au Japon où les stratèges surveillent la situation avec une certaine angoisse.

En décembre, la Russie a annoncé qu’elle allait désormais opérer de nouveaux sous-marins nucléaires en Extrême-Orient et déployer des missiles à Matua, une île volcanique inhabitée proche de la chaine des Kouriles. Entre fin janvier et février, la flotte russe du Pacifique a en outre mené des exercices navals de grande ampleur en mer du Japon et en mer d’Okhotsk auxquels ont pris par quelque 20 navires.

Le 12 février, Moscou a révélé qu’un sous-marin américain s’était aventuré dans les eaux territoriales russes dans le Pacifique à proximité de ces manœuvres. Les États-Unis ont eu beau démentir, cet épisode a été un signe qui ne trompe pas de la montée des tensions entre les forces militaires russes et américaines dans la région. La Russie déploie depuis des années déjà des sous-marins nucléaires en mer d’Okhotsk. De ces sous-marins s’élanceraient des missiles nucléaires en direction du sol américain si une guerre atomique devait éclater entre la Russie et les Etats-Unis.

« ZONE DE FRONT »

Se greffe à cela le contentieux territorial entre la Russie et le Japon sur ce que Moscou qualifie de « Territoires du Nord », un groupe de quatre îles au nord de l’île septentrionale japonaise de Hokkaido occupées par la Russie mais revendiquées par le Japon. Or ces iles sont jugées stratégiques par Moscou car elles constituent une « zone de front » pour protéger la mer d’Okhotsk. La Russie va d’ailleurs probablement étendre son dispositif militaire dans ces îles dans les années qui viennent, estiment certains experts.

La crise ukrainienne va d’autre part compliquer davantage les postures du Japon et des États-Unis face à la Chine. Le 26 janvier, le président américain Joe Biden avait répondu par écrit aux demandes de son homologue russe Vladimir Poutine sur le plan sécuritaire. Bien que refusant l’exigence russe pour les États-Unis et leurs alliés de renoncer à jamais à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan, Joe Biden a fait trois propositions : Washington pourrait accepter de limiter le déploiement de missiles sol-air à courte et moyenne portée ; les États-Unis et la Russie s’engageraient à faire preuve de davantage de transparence sur leurs manœuvres militaires en Europe ; les États-Unis donneraient des informations à propos des bases en Roumanie, en Pologne en échange d’actions réciproques de la Russie sur deux de ses bases de missiles.

Si ces concessions pourraient permettre d’apaiser les tensions entre ces deux pays, elles pourraient aussi augmenter les risques sécuritaires en Asie : car elles bénéficieraient à la Chine. Lors de la cérémonie des Jeux olympiques d’hiver de Pékin le 4 février, Vladimir Poutine avait été le premier à arriver dans la capitale chinoise. Sitôt à Pékin, il avait pris la parole devant les caméras de la CCTV, la chaîne de télévision étatique chinoise, pour vanter les liens de son pays avec la Chine désormais « plus étroits que jamais ». La Chine et la Russie sont maintenant côte à côte pour faire face à de nombreux défis dans des domaines comme la géopolitique et le développement économique, avait expliqué le président russe. « Nos relations bilatérales sont vraiment sans précédent pour ce qui est de l’esprit d’amitié et d’un partenariat stratégique. Les liens entre les deux pays sont devenus un exemple de liens étroits qui facilitent le développement mutuel et aide les autres [pays] à se soutenir mutuellement dans le développement économique », avait insisté le président russe.

Dans une déclaration commune diffusée après leur entretien, les deux présidents se sont déclaré « opposés à tout élargissement futur de l’OTAN » et ont dénoncé « l’influence négative pour la paix et la stabilité dans la région de la stratégie Indo-Pacifique des États-Unis ». Ils se sont dits en outre « préoccupés » par la création en septembre 2021 de l’alliance militaire AUKUS des États-Unis avec le Royaume-Uni et l’Australie. Pour ponctuer cette déclaration commune, Xi Jinping avait bien semblé apporter son soutien à une éventuelle invasion russe de l’Ukraine, tandis que Vladimir Poutine avait de son côté affirmé que Taïwan fait partie intégrante de la Chine.

Le ministère taïwanais des Affaires étrangères avait protesté contre ces déclarations « méprisables ». La Chine « continue de proférer des contrevérités sur le fait que Taïwan est une partie inaliénable de la Chine et son opposition à toute forme d’indépendance de l’île, avait indiqué le ministère. « Non seulement cela renforce le dégoût et la répugnance du peuple de Taïwan face à l’arrogance et l’intimidation du gouvernement chinois, mais cela montre aussi à tous les pays du monde le visage sinistre de l’agression du régime communiste chinois, son expansionnisme et ses dégâts infligés à la paix. Ceci est une insulte à l’esprit de paix contenu dans la Charte des Jeux olympiques et ce sera rejeté par le peuple de Taïwan et tenu comme méprisable par les pays démocratiques. »

PÉKIN, D’ABORD PRUDENT, ACCUSE WASHINGTON


Wang Yi, chef de la diplomatie chinoise

En attendant de voir ce que sera la position de la Chine en cas d’invasion russe en Ukraine, d’ores et déjà ce rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine ébranle les règles de l’ordre international, ont averti samedi 19 février les Occidentaux, inquiets de voir ces puissances vouloir imposer leurs modèles autoritaires. Européens et Américains ont parfaitement reçu le message envoyé de Pékin par Vladimir Poutine et Xi Jinping. « Les préoccupations de la Russie autour de l’Ukraine doivent être respectées au même titre que celles des autres acteurs de cette crise », avait quant à lui déclaré samedi le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, devant la 58ème Conférence sur la sécurité de Munich.

La Russie et la Chine cherchent à remplacer les règles internationales existantes, a pour sa part lancé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devant les dirigeants internationaux qui étaient rassemblés pendant trois jours dans la métropole bavaroise. Pékin et Moscou préfèrent la règle du plus fort à la règle du droit, l’intimidation au lieu de l’autodétermination, la coercition au lieu de la coopération, avait mis en garde la responsable européenne.

Pour la première fois, Pékin se joint à Moscou pour demander à l’Otan de ne plus admettre de nouveaux membres, s’est ému de son côté le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, présent lui aussi à Munich. Il s’agit d’une tentative de contrôler le destin de nations libres, de réécrire les règles internationales et d’imposer leurs propres modèles autoritaires de gouvernance, a-t-il ajouté.

S’exprimant lui aussi à Munich, le chancelier allemand Olaf Scholz a mis en garde contre cette seule lecture bipolaire, rappelant que le monde n’est plus, comme avant 1989, divisé entre camp communiste et pays capitalistes. « Il n’y a plus que des pays capitalistes sur le globe, hormis la Corée du Nord. […] La différence entre les États porte désormais sur l’autocratie, sur la façon de gouverner nos pays, sur la démocratie. Il est absolument clair que nous entrons dans un monde multipolaire », a estimé le chancelier, convaincu que les autres pays d’Asie, qui aspirent également à faire entendre leur voix, n’accepteront pas d’éventuelles tentatives de la Chine ou de la Russie de construire leurs propres sphères de domination ou d’intérêt : ni la Corée du Sud, ni le Japon, ni le Vietnam, l’Indonésie ou la Malaisie ne l’accepteront, a-t-il averti.

Mais fait étrange : après cette fameuse réunion entre Xi Jinping et Vladimir Poutine, les sept plus hauts dirigeants communistes ont disparu des radars. Aucun d’entre eux n’est apparu dans les médias d’État pendant la semaine qui a suivi le départ du président russe. Rien à voir avec les Jeux olympiques : « Les sept membres du Politburo, dont le président Xi, ont discuté de la manière de répondre à la crise russo-ukrainienne », écrit le Wall Street Journal. Car Moscou met aujourd’hui Pékin dans l’embarras, en forçant l’allié chinois à prendre position sur l’Ukraine.

Dans la déclaration conjointe sino-russe, le président chinois s’est ainsi déclaré opposé à une « expansion continue de l’Otan ». Or, la politique étrangère de la Chine telle que définie par Zhou Enlai, en 1954, reposait jusqu’à présent sur les principes de la « coexistence pacifique en cinq points », dont le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et de non-agression.

La Chine exprime peut-être aujourd’hui son soutien clair à la Russie, ce qu’elle s’était bien gardée de faire lors de l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014. Car la crise ukrainienne est pour Pékin un moyen d’affaiblir le « pivot asiatique » américain. Mais c’est aussi pour les Chinois courir le risque de subir des sanctions commerciales supplémentaires, si la Russie demandait l’aide de la Chine pour échapper aux représailles économiques promises par Washington en cas d’invasion de l’Ukraine. Un risque que les dirigeants chinois ont probablement débattu lors de leur « disparition médiatique ». Pour l’instant, Pékin répète que son ambassade à Kiev fonctionne normalement. Lors de son appel téléphonique avec le président français Emmanuel Macron cette semaine, Xi Jinping a déclaré : « Une résolution politique et globale doit être obtenue par le biais de forums multilatéraux tel que le format Normandie (Allemagne, France, Russie, Ukraine). »


Zhang Jun

Il reste donc que la réaction chinoise au fait accompli russe reste prudente. C’est ainsi qu’à la réunion d’urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies lundi soir 21 février à New York, la Chine s’est certes distinguée de ses partenaires en ne condamnant pas explicitement Moscou, mais elle s’est aussi bien gardée d’exprimer tout soutien à Moscou. « Nous pensons que tous les pays doivent résoudre les différends internationaux par des moyens pacifiques conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies », s’est limité à dire l’ambassadeur Zhang Jun.

Déjà à la conférence de Munich, Pékin avait bien dit que la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de chaque pays devaient être sauvegardées. « L’Ukraine ne fait pas exception », avait précisé le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi lors d’une intervention à distance. Tout en mettant en garde contre l’expansion de l’Otan vers l’Est et en reprenant la position défendue conjointement par Xi Jinping et Vladimir Poutine le 4 février, le chef de la diplomatie chinoise avait rappelé que « la guerre froide est terminée depuis longtemps et l’Otan en est un produit. Elle doit s’adapter à son époque. Si l’Otan continue de s’étendre vers l’Est, cela favorisera-t-il le maintien de la paix et de la stabilité en Europe ? » Et d’ajouter que « toutes les parties devraient assumer leurs responsabilités et œuvrer pour la paix, au lieu d’exagérer les problèmes, de créer la panique et de claironner la menace de guerre ».

Mardi 22 février, le même Wang Yi s’est entretenu avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken de la situation autour de l’Ukraine. Là aussi, la prudence était de mise. Le ministre chinois s’est dit « inquiet » sans pour autant prendre parti pour la Russie ou les États-Unis. « La Chine est inquiète à propos de la situation en Ukraine », a-t-il déclaré, cité par le South China Morning Post. La position chinoise n’a pas changé : « La sécurité de chaque pays doit être respectée. Le fait que la crise ukrainienne ait atteint ce stade est lié aux retards apportés dans la mise en œuvre de l’accord de Minsk », a-t-il ajouté, faisant allusion au protocole signé en 2014 et 2015 par lequel les pays signataires s’engagent à ne pas recourir à la force, y compris les forces de l’Otan. « La Chine va continuer de s’attacher aux faits et restera en contact avec toutes les parties. La situation en Ukraine empire. La Chine appelle toutes les parties à faire preuve de retenue et à reconnaître l’importance universelle de la sécurité pour tous et à la désescalade par le dialogue. »

Ces déclarations illustrent la prudence extrême de Pékin sur le dossier ukrainien en raison de ses liens avec Kiev et surtout de son rapport à la notion de souveraineté liée à la question de Taïwan, l‘ancienne Formose considérée à Pékin comme une partie indissociable de la Chine.

Mais mercredi, la Chine a haussé le ton en accusant les Etats-Unis de « jeter de l’huile sur le feu ». « Les États-Unis n’ont cessé de vendre des armes à l’Ukraine, augmentant les tensions, créant la panique et ils ont même exagéré le calendrier d’une guerre, a fustigé devant la presse une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying. La question clé est de savoir quel rôle ont joué les États-Unis dans les tensions actuelles en Ukraine. Quelqu’un qui jette de l’huile sur le feu, tout en accusant les autres, c’est quelqu’un d’immoral et d’irresponsable. »

Pierre-Antoine Donnet
Asialyst / MCP, via mediacongo.net
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