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La forêt au centre du développement durable et de l’économie verte en Afrique Centrale

La forêt au centre du développement durable et de l’économie verte en Afrique Centrale 2015-06-03
Science & env.
Elle a été au cœur des débats de la 6e édition du rendez-vous de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville, du 19 au 21 mai. Normal, puisque cette ressource naturelle, notamment celle qui est dense et humide, occupe une grande partie des territoires des six pays du Bassin du Congo. Autant dire qu’avec sa fabuleuse richesse en espèces végétales et animales et le carbone stocké dans ses entrailles qui permet de réduire les émissions de  gaz à effet de serre (CO2), cette ressource est au cœur du développement durable et de l’économie verte.

On pourrait s’étonner de la thématique centrale retenue pour cette édition : « Investir dans l’économie verte en Afrique Centrale pour inventer demain : cas de l’économie du reboisement au Congo ». Et au passage s’inquiéter. Car le terme de reboisement renvoie immédiatement à celui de déboisement. Dans la réalité, il n’y aurait pas de quoi s’affoler. C’est du moins l’avis de François Makessi, chercheur et superviseur en charge des opérations techniques du ProNAR (Programme national d’afforestation et de reboisement) au Congo. 

Limiter le déboisement

S’il n’y a pas lieu de dramatiser, il vaut mieux, toutefois, prévenir que guérir. Dans les pays de la sous-région d’Afrique centrale, le déboisement résulte de plusieurs types d’activités : l’exploitation forestière, l’agro-industrie, en particulier les plantations industrielles de palmier à huile, d’hévéa, et les activités de subsistance dont l’agriculture itinérante sur brûlis et la récolte du bois de chauffage. Plus récemment, la recherche minière et pétrolière, qui commence à se développer dans les zones forestières du Congo et de la République démocratique du Congo et qui pourrait déboucher sur l’exploitation de gisements, est une autre menace pour la forêt.  Enfin, la construction et la mise en service d’infrastructures de base, telles que les routes, les centrales hydro-électriques et autres équipements  indispensables à l’activité économique et au quotidien des populations, posent également problème.

Pour limiter le phénomène du déboisement lié aux activités forestières et agro-industrielles, diverses solutions sont préconisées. Au Congo, après avoir encouragé la relance des plantations industrielles de palmier à huile dans les départements forestiers du  nord du pays, les autorités ont décidé de limiter désormais leur expansion dans ces régions, encourageant plutôt l’essor de la culture en zone de savanes.  Les sociétés forestières, pour leur part,  sont invitées à pratiquer une gestion durable des forêts concédées, avec l’instauration de plans d’aménagement. 

Tel est le cas en RD Congo, où  la filière  bois a fait l’objet d’une remise en ordre avec la conversion des anciens titres forestiers, dont un grand nombre avait été octroyé de manière illégale pendant les conflits qui ont touché les régions forestières de l’Équateur et de la Province-Orientale à la fin des années 1990. Ainsi, sur les  285 contrats forestiers passés en revue, seuls 57 titres ont été convertis en Contrats de concessions forestières (CCF), qui incluent la signature d’une clause sociale avec les communautés locales et l’élaboration d’un plan de gestion de quatre ans. Enfin, un moratoire interdisant l’attribution de nouvelles concessions jusqu’à l’établissement d’un plan de zonage et d’affectation des terres, a été mis en place. Il  ne sera levé que lorsque les zonages forestiers seront définis.

Agroforesterie

Pour prévenir le déboisement provoqué par l’agriculture itinérante, les solutions mises en avant tiennent compte des besoins alimentaires et des revenus qu’apportent des cultures de rente. «  Les agriculteurs qui opèrent en zone forestière sont formés à l’agroforesterie, ce qui permettra de réduire la pression anthropique sur la forêt », indique Makessi.  Dans le département de la Sangha, des projets d’agroforesterie novateurs sont ainsi développés sous la houlette du ministère congolais de l’Agriculture et de l’Élevage et la Compagnie industrielle des bois, une filiale du groupe singapourien Olam. Il s’agit d’associer sur un même espace la cacaoculture et l’arboriculture (bananiers, safoutiers, avocatiers, agrumes). En associant ces cultures, le déboisement est réduit, les sols sont enrichis par les feuilles des arbres et le couvert forestier  produit davantage de carbone protégeant ainsi l’environnement.

Reboiser

Outre ces actions préventives, l’accent est mis sur le reboisement des zones forestières. « Même si le taux de déboisement est très faible, des espèces forestières ont disparu dans certaines régions. Pour exemple, dans le Pool, il y a eu des zones déboisées suite aux conflits qu’a connus le département. Il faut donc réenrichir ces zones avec des espèces adaptées », informe Makessi. En RD Congo, on peut s’inquiéter, à juste titre, des ravages sur la forêt qu’ont dû faire les milices armées dans les zones de conflit, en particulier dans l’Est du pays.

Au Congo-Brazzaville, c’est le Service national de reboisement (SNR), l’organe technique du ProNar, qui intervient sur ce segment. « En matière de recherche et d’enrichissement des forêts naturelles, nous avons une expérience qui remonte aux années 1950. Les espèces forestières sont connues et les techniques de multiplication maîtrisées. Quand on produit des plants, on peut les planter dans les forêts sous forme de layons », explique Makessi.

Prévenir

Bien évidemment, l’exploitation minière et pétrolière doit être soumise à des règles et des obligations avant, pendant et après la mise en production, pour protéger la forêt et le couvert végétal. Outre les mesures à prendre pendant les deux premières phases, notamment au stade des études, avec l’obligation faite aux industriels de réaliser des études d’impact environnemental avant le lancement des opérations, y compris pour les chantiers d’infrastructures, c’est à la phase finale qu’interviendra la « réparation » des zones exploitées.

D’autres solutions sont proposées. « Pour l’exploitation du fer, le Congo a identifié un moyen pour compenser le déboisement prévu de 3.000 hectares de forêt, avec l’achat d’une concession de bois à proximité du site minier, à des fins de conservation et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre », indique Hugues Koudimbila, chef de la cellule Information, Éducation et Communication (IEC) à la Coordination nationale REDD.

Afforester

En plus du reboisement, le cap est mis sur l’afforestation. Au Congo, les deux démarches fondent  d’ailleurs les missions du ProNar. Doté d’un budget d’environ 1,2  milliards de F CFA (1,8 milliard d’euros), ce dernier prévoit « la création d’un million d’hectares de forêts artificielles dans l’ensemble du Congo, à l’horizon 2025 », explique Rosalie Matondo, conseillère du chef de l’État et coordinatrice du ProNar.  L’opération vise l’établissement  de trois types de plantations : les plantations industrielles, qui représentent 70 % du programme et sont du ressort des industriels et des bailleurs de fonds, les plantations domaniales, à réaliser par le SNR, et les plantations villageoises, qui représentent 10 % de l’ensemble et dont la création relève des opérateurs locaux, qui pourront être aidés et conseillés, notamment ceux qu’on a baptisés « néo-ruraux » au Congo, qui sont souvent des néophytes en matière d’afforestation, par les techniciens et les ingénieurs du SNR.

L’afforestation porte sur des espèces forestières et agro-forestières ainsi que les légumineuses adaptées aux zones écologiques et climatiques concernées. Parmi les variétés ciblées au Congo figurent les arbres fruitiers et ceux à croissance rapide, comme les eucalyptus, dont le bois servira à faire de la pâte à papier ou des poteaux ou bien sera utilisé comme source d’énergie.  Ainsi, c’est par l’afforestation que passe la lutte contre le déboisement opéré par la récolte de bois de chauffe, qui a particulièrement touché les périphéries des villes, des sites miniers, pétroliers et agro-industriels.

REDD +

L’ensemble de ces mesures, qui s’inscrivent dans la lutte contre le réchauffement climatique, accompagneront le processus REDD + (Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation forestière). Engagé en 2008 au Congo, ce programme, qui « devrait produire ses crédits carbone en 2016, se focalisera sur  la Sangha et  la Likouala, les départements les plus « forestiers du pays », renseigne Koudimbila. C’est ici, en effet, que le Congo compte mener des opérations de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec les contrats d’achat de crédit carbone. Un projet pilote, baptisé REDD + Pikounda Nord, y est en cours de lancement, sous la forme d’un partenariat public-privé entre la CIB et le ministère de l’Économie forestière. À travers ce partenariat, la CIB s’est engagée à valoriser l’UFE Pikounda Nord, situé dans le département de la Sangha, en générant et en commercialisant des crédits carbone REDD +. L’objectif est de supprimer les activités qui dégradent la forêt, tout en protégeant et préservant la biodiversité de la zone du projet.

Accès à la terre et au financement

Pour réaliser les opérations d’afforestation et de reboisement, deux contraintes majeures doivent être levées : l’accès à la terre et au financement. Au Congo-Brazzaville, la première est en voie d’être résolue. « L’État est engagé dans la création de réserves foncières, qui sont mises à disposition des industriels sous forme de concessions. Suite au lancement du programme national d’affection des terres, quelque 110 000 hectares de terres sont en cours de classement. Les objectifs assignés aux terres et aux plantations sont connus et clairs », explique Makessi. Néanmoins, l’octroi de terres et leur affectation doivent être étroitement surveillés.

La question du financement des opérations de reboisement et d’afforestation, et plus généralement de toutes les initiatives  relevant de l’économie verte, reste, pour sa part, un casse-tête. D’où la recherche de formules innovantes, comme le Fonds pour l’économie verte en Afrique centrale (FEVAC), auquel la RD Congo s’est engagée à octroyer 3 millions de dollars pour son démarrage lors de la Conférence des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale sur le FEVAC qui s’est tenue à Kinshasa fin octobre dernier. D’autres solutions sont à l’étude, comme celles qui consistent à faire payer les pollueurs, dont les activités favorisent  l’émission de CO2.

Au final, la 6è édition du Forum Green Business a tenu ses promesses en montrant sa capacité à engager des débats essentiels sur les problèmes environnementaux via l’économie verte. Signe de sa montée en puissance et de l’élargissement de sa reconnaissance, la rencontre a été baptisée Forum international du Green Business.

Rectificatif 

Dans l’article sur Pierre Nkurunziza (voir Business et Finances numéro 70, page 3, 5ème colonne), une erreur malencontreuse nous a fait écrire qu’Agathon Rwasa a été président du CNDD-FDD et arrêté en 2007. Il s’agit plutôt de Hussein Radjabu, qui s’est échappé de sa prison il n’y a pas longtemps. Toutes nos excuses.

Gestion durable des forêts (GDF) et certification

La GDF vise à gérer les ressources forestières de manière à répondre aux besoins sociaux, économiques, écologiques, culturels et spirituels des générations présentes et futures. En Afrique centrale, l’un de ses grands défis porte sur la préservation des forêts anciennes à grande diversité biologique, dont certaines abritent des arbres de grande valeur qui ont souvent plus de quatre  ans. Ne pouvant pas recommander des cycles de récolte de quatre ans, la GDF préconise un processus en deux étapes : l’abattage hautement sélectif et à faible impact des vieux arbres et la production durable de bois dans les forêts surexploitées.

Suite à l’obligation faite aux sociétés forestières de gérer de manière durable la forêt dans les concessions qui leur ont été octroyées, l’élaboration et la mise en œuvre de plans de gestion sont devenues une réalité. De zéro hectare en 2000, la sous-région d’Afrique centrale est passée en 2005 à plus de 7,1 millions d’hectares de concessions forestières gérés conformément à des plans approuvés par les États et à 25,6 millions d’hectares en 2010. Parallèlement à l’élaboration des plans de gestion, de nombreuses entreprises forestières privées se sont engagées de manière volontaire dans la certification des forêts. Les forêts sont certifiées selon un ensemble de normes sociales et environnementales strictes, et le bois provenant de forêts certifiées est traçable jusqu’au consommateur grâce au système de certification de la chaîne de surveillance. MDMM

La forêt dans le Bassin du Congo

Le Bassin du Congo regroupe six pays d’Afrique centrale : le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée-Équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo.  L’ensemble couvre une superficie de 530 millions d’hectares dont 300 millions de forêts. Près de 90 % de ce couvert forestier sont constitués de forêts primaires ou naturellement régénérées. La forêt du Bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et représente 70 % de la couverture forestière du continent africain.




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