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Politique

Denis Mukwege : « La diplomatie régionale du Président de la RDC nous mène vers une aggravation de l’instabilité » (Déclaration)

2022-07-21
21.07.2022
2022-07-21
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Denis Mukwege

Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege s’oppose au déploiement annoncé d’une force régionale à l’Est de la RDC. Pour lui, le déploiement imminent de cette force régionale ressemble à une chronique d’un « chaos » annoncé, d’autant plus que certains de ces États sont à la base de la « déstabilisation, des cycles de violence et du pillage des ressources naturelles », à l’Est du pays.

Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 20 juillet 2022, le Dr Denis Mukwege affirme que la diplomatie régionale du Président Félix Tshisekedi nous amène vers une prolongation et une « aggravation » de l’instabilité.

Déclaration du Dr. Mukwege suite à l’annonce du déploiement de la Force régionale de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est

La Nation est en péril. Notre pays fait l’objet pour la énième fois d’une guerre d’agression par procuration, menaçant la souveraineté nationale et l’intégrité de notre territoire.

En date du 13 juillet, Mme Bintou Keita, Représentante spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies en RD Congo a mis en garde le Conseil de sécurité contre un embrasement de la situation à l’Est du pays, en déclarant : “Les activités en cours du M23 et des groupes armés dans l’est de la RDC menacent d’annuler les progrès durement acquis en matière de sécurité et de stabilité en République démocratique du Congo et dans la région”, Lors de son allocution, elle a également souligné qu’ « avec des capacités conventionnelles croissantes (du M23), la Mission pourrait se trouver confrontée à une menace qui dépasse ses capacités actuelles et a conclu en lançant l’appel suivant à l’organe chargé de la paix et de la sécurité internationale : « Il est impératif que le Conseil redouble ses efforts en faveur d’une désescalade rapide de la situation, et du désarmement sans conditions du M23 ».

Ce constat dressé par la cheffe de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en RD Congo (MONUSCO) est alarmant : la situation sécuritaire déjà fragile et volatile se dégrade chaque jour et les moyens alloués à la force onusienne, mandatée par le Conseil de Sécurité sur base du Chapitre VII, ne semblent pas être en mesure de contrecarrer ceux mis à la disposition du M23 par le Rwanda.

Pourtant, la résolution 2612 du Conseil de Sécurité fixant le mandat actuel de la MONUSCO, dont les priorités sont la protection des civils et la stabilisation, autorise un effectif de 13.500 militaires, 660 observateurs militaires et officiers d’état-major, 591 policiers et 1050 membres de police constituées. La résolution du Conseil l’autorise à prendre « toutes les mesures nécessaires pour s'acquitter de son mandat », ce qui inclut de mener, unilatéralement ou conjointement avec les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) des « offensives ciblées et énergiques en vue de neutraliser les groupes armés et d’assurer une protection efficace, rapide, dynamique et intégrée des civils au moyen d’une brigade d’intervention ». Pour ce faire, le Conseil de sécurité invite « les forces de sécurité congolaises et la MONUSCO ainsi que sa brigade d'intervention à mener des opérations conjointes plus fréquentes et effectives, qui soient le fruit d’activités de planification conjointes et de coopération tactique pour dissuader et empêcher les groupes armés de poursuivre leurs activités ».

Chacun le sait : la coordination des efforts des Nations Unies par le Commandant de la force multilatérale composée de nombreux contingents nationaux n’est pas aisée. Alors que les règles d’engagement devraient être claires avant le déploiement des troupes et que les Etats contributeurs devraient déléguer le commandement de leurs éléments à la force onusienne, diverses capitales se réservent un droit de regard, voire d’autorisation sur les interventions sur le terrain, minant ainsi à la rapidité des décisions à prendre par le commandement militaire de la Mission, et mettant ainsi à mal l’efficacité de ses initiatives.

Néanmoins, nous sommes d’avis que le bras armé de la MONUSCO reste la présence la plus légitime et autorisée pour venir en soutien aux FARDC en vue de stabiliser le pays et protéger les civils. Face à l’activisme des groupés armés nationaux et étrangers, la priorité devrait être de maximiser les potentialités du mandat de la Mission des Nations Unies en RD Congo et d’entamer une profonde réforme du secteur de la sécurité.

C’est dans ce contexte que nous sommes très circonspects qu’au-delà de ce partenariat multilatéral déjà complexe avec la MONUSCO, le Président de la République s’est engagé dans une coopération militaire bilatérale avec l’Ouganda depuis plus de 6 mois et, plus récemment, dans un projet de coopération militaire régionale avec les États membres de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est.

L’accord de défense et de sécurité entre la RDC et l’Ouganda a été signé fin 2021 et les opérations conjointes ont été prolongées le Ier juin 2022 pour démanteler les rebelles du groupe Forces démocratiques alliées (ADF). Dans un rapport récent publié par le Groupe d’Etudes sur le Congo avec son partenaire de recherche Ebuteli, il y aurait entre 2000 et 4000 militaires ougandais sur le sol congolais et les résultats de leur intervention sont mitigés. Le nombre de victimes civiles est croissant et le rapport met en lumière qu’outre la traque des ADF, qui est loin d’être achevée, des intérêts économiques, commerciaux et géopolitiques expliquent en grande partie l’intervention de l’armée ougandaise à l’Est du Congo.

En outre, à l’instar d’autres analystes, le Groupe d’Etude sur le Congo voit dans cette opération conjointe entre la RDC et l’Ouganda un facteur d’irritation pour le Rwanda ayant déclenché une escalade des tensions rwando-congolaises. Ce contexte explique en grande partie la réactivation de la rébellion du groupe armé M23 par le Rwanda, qui déstabilise à nouveau le Nord-Kivu et la sous-région, provoquant une nouvelle catastrophe humanitaire dans une région déjà martyre.

Ainsi, alors que se superpose déjà de manière difficile et peu efficace un partenariat multilatéral avec les Nations Unies et un accord bilatéral entre la RD Congo et l’Ouganda, la récente mission de reconnaissance d'une délégation des officiers militaires des pays membres de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est en Ituri et au Nord-Kivu annonçant le déploiement imminent d’une Force régionale ressemble à une chronique d’un chaos annoncé, d’autant plus que certains de ces Etats sont à la base de la déstabilisation, des cycles de violence et du pillage des ressources naturelles de l’Est du Congo.

Quelles seront les règles d’engagement de la nouvelle Force régionale ? Quel est son mandat, les objectifs de la mission et sa durée ? Comment harmoniser et coordonner les interventions sur le terrain entre les FARDC et ses partenaires onusiens, ougandais, et de la Force régionale ? Qui décidera de quoi ? Qui sera responsable politiquement et juridiquement ?

Ces questions fondamentales ne trouvent que des réponses opaques, car force est de constater que ces accords de coopération aux niveaux bilatéral et régional ont été peu transparents. La diplomatie régionale du Président de la RDC nous mène objectivement vers une prolongation et une aggravation de l’instabilité. A l’Hôpital de Panzi, qui malheureusement est devenu une sorte de baromètre de la situation sécuritaire à l’Est du Congo, nous avons observé qu’à chaque pic d’instabilité correspond un pic dans le nombre de femmes et de fillettes victimes de violences sexuelles que nous prenons en charge, et nous n’avons qu’une certitude : les femmes et les enfants seront à nouveau touchées, et seront les premières victimes de ce nouveau cycle de violence.

Pour conclure, nous invitons les décideurs congolais et onusiens à mettre en avant les interconnexions étroites existant entre la prévention des conflits, la justice transitionnelle, la consolidation de l’état de droit et l’instauration de la paix.

Nous réaffirmons que la réforme profonde des FARDC, de services de sécurité et la lutte contre l’impunité sont les mesures les plus appropriées pour assurer la pacification et la stabilité durable de l’Est de la RDC.

Encore faut-il que nos dirigeants aient la volonté politique et le leadership nécessaire pour revoir la diplomatie régionale en cours et faire avancer sans plus tarder la réforme du secteur de la sécurité en allouant les ressources financières nécessaires pour que le pays se dote d’une armée professionnelle, opérationnelle et responsable capable de défendre l’intégrité de notre territoire et assurer la sécurité de notre population.

Denis Mukwege

Le 20 juillet 2022

 


congo-press.com (MCP) / Prunelle RDC
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Je suis tout à fait d'accord avec vous, cher gynécologue. Mais sachez que la Monusco aussi a échoué dans sa mission. Vous êtes sûr d'eux parce qu'ils vous gardent jour et nuit dans votre hôpital et chez-vous à la maison. Soyez pragmatique.

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