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Société

La contrebande des ressources naturelles en RDC finance le terrorisme et crime organisé, prévient l’ONU

2022-10-07
07.10.2022
2022-10-07
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Ghada Waly, Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC)

Devant le Conseil de sécurité jeudi, Ghada Waly, Directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a décrit la collusion des groupes terroristes et du crime organisé en Afrique subsaharienne, qui contribue au pillage des ressources naturelles et à l’instabilité.

Lors d’une réunion du Conseil consacrée au renforcement de la lutte contre le financement des groupes terroristes et armés par le trafic illicite des ressources naturelles en Afrique, Mme Waly a présenté de nouvelles initiatives de coopération transfrontalière, de soutien aux autorités judiciaires et à la société civile.

« La menace que représentent le terrorisme et le crime organisé s’installe durablement en Afrique », a constaté Ghada Waly, rappelant que les 3.500 victimes de terrorisme l’année dernière sur ce continent représentent la moitié du bilan mondial de ces attaques.

Le Sahel en particulier subit les assauts de groupes terroristes parmi les plus actifs et les plus meurtriers du monde, tant en attaque qu’en stratégie de recrutement, alors que le Conseil de sécurité a exprimé à maintes reprises son inquiétude face aux activités des groupes armés et des réseaux criminels qui déstabilisent l’Afrique et tirent profit des ressources naturelles du continent.

Accumuler les preuves et les données

La cheffe de l’ONUDC a jugé essentiel de mieux appréhender les liens entre crime organisé et terrorisme en Afrique, et pour cela, d’accumuler les données et les preuves permettant de mettre en œuvre des politiques efficaces, en particulier face à l’exploitation illégale des minerais comme l’or, l’argent et les diamants qui constituent une source de revenus importante pour les groupes armés et terroristes. En outre, ces trafics profitent à d’autres groupes qui rivalisent pour le contrôle lucratif des territoires d’extraction ou des routes de contrebande. Ces revenus s’ajoutent à ceux déjà obtenus par l’extorsion ou l’imposition illégale des populations et leur permettent d’acquérir des armes qui pérennisent leur mainmise sur les zones de conflits.

Grâce à ses recherches, l’ONUDC est en mesure de travailler avec les Etats membres pour prévenir et combattre des crimes qui menacent l’environnement, qu’il s’agisse d’exploitation minière illicite, de trafic de métaux précieux, de déchets ou de crimes contre la faune sauvage, les forêts et les pêches.

L’or extrait illégalement, une fois écoulé sur le marché régulier, génère d’énormes profits pour les trafiquants. Fin 2020, l’ONUDC et INTERPOL ont ainsi coordonné une opération anti-armes à feu qui a permis de saisir 40.000 bâtons de dynamite et cordons détonateurs, tous destinés à l’extraction illégale d’or pour des groupes terroristes armés au Sahel. Autre source de financement, le trafic d’espèces animales sauvages, et le commerce illégal de l’ivoire qui prodigue chaque année à lui seul 400 millions de dollars de revenus aux groupes armés.

Une spoliation pour des millions d'Africains

Aux yeux de l’ONUDC, cette exploitation criminelle prive l’Afrique, dont 500 millions d’habitants sur un total d’1,3 milliard vivent dans une extrême pauvreté, d’une source importante de revenus, et constitue une spoliation pour les millions de personnes qui dépendent de ces ressources naturelles pour leur subsistance, alimentant ainsi les conflits et l’instabilité.

Ces crimes pénalisent un peu plus des économies déjà fragilisées par le changement climatique et les conséquences de la pandémie et freinent aussi les progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable, au point de saper gravement l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

L’ONUDC, en tant que gardien de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, le principal instrument international en la matière, aide les pays à mettre en place des politiques, législations et réponses opérationnelles pour mieux faire face aux menaces terroristes. Durant la seule année 2021, son Bureau a mis en place 25 projets de lutte contre le terrorisme en Afrique subsaharienne, mené 160 actions et formé 2.500 personnes.

Au Sahel, il organise des ateliers de formation avec l’institut interrégional de recherche sur la criminalité et la justice des Nations Unies, afin de renforcer les compétences des responsables de la justice pénale pour améliorer la coordination entre agences et le partage d’informations permettant de faire tomber les réseaux terroristes et leurs bailleurs de fonds.


L'exploitation des ressources naturelles, ou la concurrence pour les exploiter, peut conduire à un conflit violent.

Lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d'argent

Dans dix Etats membres d’Afrique subsaharienne, dont la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo (RDC), le Niger et la Somalie, l’ONUDC appuie la lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent.

« L’Initiative de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest » aide les pays à mettre en œuvre des mécanismes de gel des avoirs illégaux et a déjà permis les premières désignations sur une liste nationale de sanctions. Cette année, six ressortissants opérant dans le secteur aurifère ont été désignés en vertu de la résolution 1373 du Conseil de sécurité des Nations Unies destinée à prévenir le financement d’actes terroristes.

L’ONUDC aide aussi à renforcer la coordination inter-institutions entre les services de renseignements, les forces de l’ordre, les cellules de renseignement financier et les procureurs. Pour renforcer les enquêtes financières sur les trafics de ressources naturelles et de faune sauvage, elle établit des partenariats entre le secteur privé, y compris les entreprises participant à la chaine d’approvisionnement des minéraux, les pouvoirs publics et la société civile et travaille à améliorer les connaissances sur les flux financiers illicites nationaux ou transfrontaliers liés à la criminalité minière.

En Afrique centrale, elle déploie un projet de 6 millions d’euros financé par l’Union européenne qui encourage la coopération régionale contre les trafics d’espèces sauvages, de bois de construction et de métaux précieux.

Maltraitance d'enfants et traite des êtres humains

Ghada Waly a en outre évoqué une autre conséquence de l’exploitation minière illégale et des trafics des minerais. Situés principalement dans les zones de conflits, ils sont souvent liés à la maltraitance des enfants, à la traite des êtres humains, au travail forcé et à d’autres violations des droits de l’homme. D’où un travail prioritaire, sur un continent dont 60% de la population a moins de 25 ans, avec les jeunes. « Ce sont les citoyens les plus vulnérables mais aussi, quand ils sont responsabilisés, de puissants agents de changement, capables de défendre leurs intérêts comme ceux de leurs communautés et de protéger les ressources naturelles » a rappelé la Directrice exécutive.

Elle s’est dit particulièrement fière du projet de consolidation de la paix mené dans les régions transfrontalières du Gabon, du Cameroun et du Tchad qui active un réseau de 1.800 jeunes « tisserands de la paix » engagés dans la prévention des conflits et la promotion de moyens de subsistance alternatifs au commerce criminel des espèces sauvages et des ressources naturelles. Ghada Waly a ainsi réitéré son mot d’ordre : « Ne pas fournir d’argent aux terroristes, et ne laisser personne de côté ».


UN News / MCP, via mediacongo.net
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