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Infos congo - Actualités Congo - Premier-BET - 01 juillet
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Paramétrage des TPE en Franc Congolais : Solution contre la Dollarisation ou Simplement Casser le Thermomètre pour Faire Baisser la Fièvre ? (Jean-Claude Maswana*)

2024-06-18
18.06.2024
2024-06-18
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Ce texte vise à expliquer un Tweet que nous avions posté au lendemain de la décision annoncée par la Banque Centrale de la République Démocratique du Congo (RDC) concernant le paramétrage des terminaux de paiement électronique (TPE) en Franc Congolais (CDF). Pour rappel, la valeur et la confiance dans une monnaie nationale, comme le Franc Congolais, sont influencées par une multitude de facteurs économiques, politiques et sociaux.

Pour rappel, l’un des principaux déterminants de la valeur d'une monnaie est l'offre et la demande sur le marché des changes. Dans le contexte de la RDC, l'offre excessive de Franc Congolais pour financer les déficits budgétaires et les dépenses publiques non-productives et de prestige au sommet de l'État est un problème récurrent. Les dépenses comme les voyages incessants à l'étranger avec des délégations immenses et les rémunérations excessives des acteurs politiques augmentent la masse monétaire sans une augmentation correspondante de la production de biens et services, conduisant à une inflation galopante et à une dépréciation continue de la monnaie.

Les hautes institutions étatiques congolaises sont bien connues pour leur caractère budgétivore. Par exemple, aux États-Unis, les députés gagnent près de trois fois le revenu moyen par habitant, tandis qu'en RDC, les députés gagnent 55 fois le revenu moyen par habitant. Ces dépenses augmentent la masse monétaire sans une augmentation correspondante de la production économique, conduisant à une inflation élevée. Cette inflation réduit le pouvoir d'achat des consommateurs et dévalue la monnaie. Les importateurs doivent alors payer plus de Francs Congolais pour obtenir des devises étrangères nécessaires à leurs transactions internationales, augmentant encore la pression sur le taux de change.

La confiance des utilisateurs dans une monnaie repose sur la crédibilité des politiques macroéconomiques, de la production qui sous-tend la monnaie nationale ainsi que des comportements en matière de gestion des hautes autorités monétaires/fiscales. En RDC, l'absence de politiques macroéconomiques cohérentes et crédibles, face à une économie essentiellement extractive et extravertie, contribue à faire perdre de sa crédibilité au Franc Congolais. Par ailleurs, la corruption systémique, le manque de transparence budgétaire et l'instabilité politique érodent davantage cette crédibilité/confiance. Il en va de soi que les utilisateurs préfèrent conserver et effectuer leurs transactions en devises étrangères, perçues comme plus stables et fiables.

La corruption détourne les ressources publiques vers des usages non productifs, réduisant l'efficacité des dépenses de l'État. Les fonds détournés sont souvent transférés à l'étranger, créant une demande accrue de devises étrangères. Afin de masquer l'origine illicite de ces fonds, les corrompus les blanchissent en les investissant dans des biens de consommation de luxe, des biens immobiliers, ou en les transférant à l'étranger. Cela implique souvent des opérations financières complexes qui nécessitent l'utilisation de devises étrangères pour acheter des biens et services internationaux.

Cette dynamique engendre un cercle vicieux où les fonds détournés et blanchis augmentent la demande de devises étrangères, creusant les déficits commerciaux et budgétaires. Les sorties massives de devises étrangères pour des achats de biens de consommation et des transferts à l'étranger creusent le déficit commercial du pays. Le pays importe plus qu'il n'exporte, ce qui déséquilibre la balance des paiements. Le déficit budgétaire s'aggrave car les fonds publics, au lieu d'être investis dans des projets nationaux générateurs de croissance, sont détournés et sortis du circuit économique productif.

Le paramétrage des TPE en Franc Congolais a été proposé comme une mesure pour soutenir la valeur de la monnaie locale. Cependant, cette mesure semble inappropriée et présente des limites significatives, car elle s'attaque à une manifestation de la méfiance envers le Franc Congolais plutôt qu'aux causes sous-jacentes de ce phénomène, telles que mentionnées précédemment. En outre, on se rappellera que les opérateurs économiques utilisant les TPE sont souvent des importateurs ou dépendent fortement de produits et services importés. Même si les transactions locales sont effectuées en Franc Congolais, ces opérateurs auront toujours besoin de devises étrangères pour payer leurs fournisseurs internationaux. La conversion des revenus en Franc Congolais en devises étrangères pour les importations continuera à maintenir la même pression sur le marché des changes, dépréciant davantage la monnaie locale. Très probablement, la mesure de paramétrage des TPE en Franc Congolais ne réduira pas la demande structurelle de devises étrangères. Les importateurs continueront à convertir leurs revenus en devises fortes pour leurs transactions internationales. Ce qui précède m'amenait, dans notre Tweet de la semaine dernière, à recourir à l'analogie du thermomètre et de la fièvre, selon laquelle la mesure s'apparentait à l'action de casser le thermomètre dans l'espoir de faire baisser la fièvre. Traiter la fièvre en cassant le thermomètre ne guérit pas la maladie sous-jacente, tout comme obliger les transactions passant par les TPE à se faire en Franc Congolais ne résout pas les problèmes de la forte préférence des opérateurs pour les devises étrangères.

Quelques jours après mon tweet, l'ancien gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), Mr. Jean-Claude Masangu, a apporté des arguments pertinents qui corroboraient notre lecture sur le sujet et qui portait aussi sur l'insuffisance de la mesure de paramétrage des TPE en Franc Congolais comme susceptible d'endiguer la dollarisation. Selon lui, la de-dollarisation est avant tout une question de confiance en la monnaie par les utilisateurs, et cette confiance ne peut être imposée de force. L'ancien gouverneur soulignait que la nécessité de s’atteler aux racines, la plupart étant des facteurs de long terme, plutôt qu’aux expédients. Il notait que lorsqu'il était en poste, il avait réussi à stabiliser le Franc Congolais autour de 910-920 CDF pendant seulement 5-7 ans. Il s'était oppose à la décision de de-dollariser l'économie prématurément par des expédients tels l’affichage des prix en Francs Congolais comme le faisaient le gouvernement. Finalement, l'avenir lui a donné raison, puisque l’affichage des prix en Francs Congolais s’est avéré une mesure inefficace. L'ancien gouverneur note également que 90-95% des dépôts bancaires en RDC sont constitués en USD. Les transactions en ligne et électroniques, qu'il avait introduites en 2010, se font en USD proportionnellement aux dépôts en banque. Si les transactions dans les magasins à travers les TPE se font théoriquement à concurrence de 13%, ce chiffre reflète simplement la proportion des dépôts en USD. Les paiements par M-Pesa et autres services similaires, tout comme les ATM, sont programmés pour se faire en USD ou en CDF, mais le choix de la clientèle se porte à 90-95% sur les dollars.

Pour briser ce cycle de dépréciation continue et stabiliser la valeur du Franc Congolais, des réformes économiques, de gouvernance et de transparence sont cruciales. Il est nécessaire de créer des incitations pour que des investissements prives et publics commencent à générer des activités productives et réduire la part de celles extractives. Pour ce faire, l’Etat doit devenir « responsable » en arrêtant la poursuite des dépenses ostentatoires. Il faut mettre en place des mécanismes rigoureux pour lutter contre la corruption, pas par des mots mais par l’exemplarité et les actes répressifs objectifs. Urgemment,il sied d’envoyer des signaux crédibles aux utilisateurs de la monnaie en commençant par la réduction des dépenses publiques non-productives et non essentielles afin d’augmenter les investissements favorisant la diversification de l’économie. Une planification budgétaire responsable et transparente est essentielle pour assurer une gestion efficace des ressources publiques. Seule une économie diversifiée est capable d'accumuler des réserves de change suffisantes pour stabiliser le taux de change et répondre aux besoins des importations essentielles. Comme on peut le constater, sans une production nationale et diversifiée, sur fond d’une gestion responsable des dépenses publiques, les taux de change du Franc Congolais restera très instable et les utilisateurs n’auront pas d’autres choix que rationaliser la gestion de leurs activités en préférant les devises étrangères.

En conclusion, le paramétrage des TPE en Franc Congolais est une mesure qui semble porter sur les manifestations de la dollarisation et la méfiance au Franc Congolais plutôt que sur les causes immédiates et profondes du phénomène. Elle nous parait de ce fait inapproprié face aux problèmes de fond liés à la dépendance aux importations, la forte demande de devises étrangères, la corruption et les dépenses publiques non-productives. Pour soutenir réellement la valeur du Franc Congolais, il est crucial de mettre en place des politiques de diversification économique, de lutte contre la corruption, de gestion rigoureuse des finances publiques, et de promotion de la production locale. Ces mesures complémentaires peuvent aider à réduire la demande de devises étrangères, stabiliser le marché des changes, et renforcer la monnaie locale de manière plus durable.

 

*Jean-Claude Maswana est enseignant au « Graduate School of Economics » de l’université de Ritsumeikanà Kyoto, au Japan


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