
Femme
Première femme à la tête de l’Église d’Angleterre, Sarah Mullally sera intronisée à la cathédrale de Canterbury le 25 mars 2026. Pour une partie du monde anglican, c’est une révolution ; pour d’autres, une aberration. Les conservateurs ont déjà lancé leur contre-offensive en créant le « Conseil anglican mondial ».
Un monumental trône gothique attend le nouvel archevêque de Canterbury, le 25 mars 2026. Pour la première fois en 1 400 ans d'histoire, l'archevêque qui prend la tête de l'Église d'Angleterre est une femme. La Britannique Sarah Mullaly sera intronisée à la cathédrale de Canterbury, après être entrée en fonction le 28 janvier. Elle arrivera en procession et présidera une liturgie millénaire.
Pour une partie des Églises anglicanes du Nord (Angleterre, Canada, États-Unis…), à tendance libérale, la scène sera mémorable. Mais pour de nombreuses Églises du Sud (Nigeria, Ouganda, Inde…), plus conservatrices, elle sera consternante. Alors que l'Église d'Angleterre incarne l'unité de la Communion anglicane – un réseau de 77 millions de fidèles –, l'organisation de la GAFCON (Global Anglican Future Conference) tente déjà de lui faire de l'ombre. Le 7 mars dernier, cette organisation d'Églises conservatrices a annoncé la création du Conseil anglican mondial, en réaction à l'intronisation de Sarah Mullally.
Un point de non-retour
Avec ce Conseil, les partisans d'une discipline ecclésiastique rigoureuse s'opposent avec virulence à l'ordination des femmes et à l'autorisation de bénir les couples homosexuels dans plusieurs communautés du Nord. Le conflit a commencé en 2008, lorsque la GAFCON s'est créée pour rassembler les « persécutés » du monde anglican. Elle a exprimé publiquement ses désaccords et a menacé de prendre ses distances, jusqu'au point de non-retour.
Du 3 au 7 mars 2026, 347 évêques se sont réunis à Abuja (Nigeria) et ont déclaré ne plus reconnaître les « instruments de communion » de la Communion anglicane, élisant l'archevêque rwandais Laurent Mbanda président du mouvement rebelle. Certains évêques du Nigeria, du Rwanda et de l'Ouganda se félicitent de prendre leur indépendance, mais certaines communautés se retrouvent déchirées. Vers qui doivent-elles se réfugier ?
« On ne sait pas qui a souscrit à la déclaration dans le détail, pointe Rémy Bethmont, professeur d'histoire et civilisation britanniques à l'Université Paris 8. Le primat de la province d'Alexandrie, par exemple, fait partie de la GAFCON, mais il est surprenant qu'il veuille se détourner entièrement des instances mondiales. Il a contribué à des projets de réforme de son fonctionnement ! On peut aussi se demander quelle voie suivront les évêques conservateurs du Nord. »
Pour Rémy Bethmont, beaucoup de communautés pourraient jouer sur les deux tableaux : rester dans les instances anglicanes traditionnelles tout en rejoignant le nouveau Conseil anglican mondial. La déclaration d'Abuja se veut rassurante. Il n'est pas question de fonder une Église séparée ni de provoquer un schisme. Elle laisse, au contraire, une marge de manœuvre aux provinces, fidèles à la tradition anglicane d'autonomie. Celles qui demeurent en communion avec l'Église d'Angleterre — par leur histoire ou leur constitution — pourront y rester tout en participant au Conseil anglican. Mais le jeu en vaudra-t-il la chandelle ?
Le nouveau Conseil anglican mondial est très clair. Les primats ne pourront pas faire partie des dirigeants de l'organisation s'ils persistent à siéger dans les instances de la Communion anglicane. Ils ne pourront pas non plus avoir le pouvoir de décision s'ils sont soutenus financièrement par des Églises du Nord. Problème, de nombreux évêques exercent dans des pays en développement, de grande pauvreté. « Il y aura probablement des appartenances à géométrie variable, observe Rémy Bethmont. Certains auraient beaucoup à perdre en rompant totalement avec les instances traditionnelles de la Communion anglicane ou les provinces ne faisant pas partie de la GAFCON. Notamment les évangéliques conservateurs au sein de l'Église d'Angleterre. »
L'acte de rébellion de la GAFCON pourrait conduire à une rupture définitive. En 2009, l'Église anglicane en Amérique du Nord, conservatrice, s'est créée en réaction au courant libéral. Elle se présente aujourd'hui comme une concurrente de l'Église d'Angleterre et compte près de trente diocèses.
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