
Politique
La diplomatie américaine sous Donald Trump, marquée par le népotisme et l’improvisation, a profondément affaibli la crédibilité de Washington sur la scène internationale. De Téhéran à Kinshasa, cette dérive n’est pas sans conséquences. En République démocratique du Congo (RDC), elle met en lumière les limites d’un processus diplomatique incapable de produire des effets tangibles face à l’occupation persistante de l’Est du pays.
L’instinct contre la diplomatie
Les critiques visant Donald Trump, notamment dans le contexte du conflit avec l’Iran, reposent sur un comportement jugé erratique, impulsif et contradictoire. Son imprévisibilité n’est plus seulement un trait de caractère : elle devient une méthode de gouvernement. La presse internationale évoque une diplomatie réduite à une logique de « pile ou face », dictée par l’instant.
Ses déclarations, souvent contradictoires — menaces de destruction suivies d’appels à la négociation — ont contribué à disqualifier les États-Unis comme médiateur crédible. Cette approche, fondée sur l’instinct plutôt que sur la méthode, explique en partie le refus de Téhéran de s’engager dans de nouvelles négociations avec Washington.
Les autorités iraniennes rejettent notamment les canaux impliquant des figures comme Jared Kushner ou Steve Witkoff, perçus comme des acteurs improvisés, davantage inscrits dans une logique d’affaires que dans une véritable diplomatie d’État.
Cette même approche a été observée en RDC avec la désignation de Massad Boulos, émissaire pour l’Afrique et proche de la famille Trump. Dans les deux cas, la diplomatie apparaît personnalisée, familiale et déconnectée des réalités stratégiques.
Le miroir congolais
La situation en RDC reflète ces dérives. Les processus diplomatiques engagés, notamment à Doha avec l’AFC/M23 sous médiation qatarie, n’ont produit aucun résultat concret. Pendant que les discussions se poursuivaient, les réalités militaires évoluaient en faveur de l’AFC/M23, avec la consolidation de son contrôle sur des villes stratégiques comme Goma et Bukavu.
Une négociation diplomatique ne doit pas se limiter à des déclarations ou à des mises en scène. Elle doit produire des résultats tangibles. Or, aucun retrait significatif ni aucune reconquête territoriale n’ont été observés.
Washington : des accords sans effets
Les discussions menées à Washington entre la RDC et le Rwanda n’ont pas davantage permis de progrès concrets. Contrairement à 2013, où la pression internationale avait conduit au retrait du M23 de Goma, les accords récents reposent sur des engagements conditionnels, sans impact immédiat sur le terrain.
La RDC est ainsi passée d’une exigence de retrait à une logique d’échéancier incertain. Pendant ce temps, le Rwanda continue de justifier sa présence par des considérations sécuritaires liées aux FDLR, un argument récurrent dans sa stratégie.
Le piège diplomatique rwandais
La RDC s’est retrouvée piégée par une stratégie rwandaise consistant à dissocier l’AFC/M23 de l’implication directe du Rwanda. Cette « Congolisation » du conflit vise à transformer une agression extérieure en crise interne.
En traitant séparément l’AFC/M23 à Doha et le Rwanda à Washington, la diplomatie congolaise a, de fait, entériné cette dissociation. Pourtant, le lien entre les deux est largement documenté.
Leçons de 2013 et erreurs actuelles
L’expérience de 2013 montre qu’une négociation ne se juge pas à sa signature, mais à ses résultats. À l’époque, la pression diplomatique avait produit un effet concret sur le terrain.
Aujourd’hui, l’éparpillement des initiatives — Nairobi, Luanda, Doha, Washington — a affaibli la cohérence de la stratégie congolaise. Face à cela, le Rwanda a maintenu une ligne claire et cohérente.
Un front intérieur fragilisé
À ces difficultés s’ajoute une fracture interne. Alors que la diplomatie congolaise tente d’isoler l’AFC/M23 sur la scène internationale, certains acteurs nationaux, notamment religieux, plaident pour un « dialogue inclusif » avec ce même mouvement.
Cette contradiction affaiblit la position de la RDC. On ne peut à la fois chercher à isoler un acteur et proposer de l’intégrer dans un processus politique.
Une diplomatie sans résultats
Le constat est clair : malgré des avancées diplomatiques formelles (résolutions, condamnations), aucun résultat concret n’a été obtenu sur le terrain. Les territoires restent occupés, et la souveraineté n’est pas rétablie.
La diplomatie ne se mesure pas aux intentions ni aux discours, mais aux résultats. Et aujourd’hui, ces résultats font défaut.
Conclusion
De Téhéran à Kinshasa, une même logique diplomatique produit les mêmes effets : absence de résultats, perte de crédibilité et renforcement des adversaires.
Pour la RDC, l’enjeu est désormais clair : restaurer une stratégie diplomatique cohérente, unifiée et orientée vers un objectif unique — la récupération du territoire et la restauration de la souveraineté nationale.
Sans cela, les processus diplomatiques continueront à produire des textes… mais pas de victoires.
*Léon Engulu III (Ancien Coordonnateur a.i du Mécanisme National de Suivi
Spécialiste des relations internationales et de la région des Grands Lacs)
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