
Politique
Une nouvelle tentative de médiation internationale se prépare autour de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Sous l’impulsion du Qatar, des pourparlers entre Kinshasa et l’AFC/M23 sont envisagés, non plus à Doha mais en Suisse du 13 au 17 avril, avec pour objectif de relancer le dialogue direct et d’évaluer la mise en œuvre des engagements déjà pris, notamment le cessez-le-feu et la libération des prisonniers.
Selon des informations relayées par Radio France internationale, cette initiative reflète une volonté de relance diplomatique, en dépit de multiples obstacles. Parmi eux, la question des documents de voyage des délégués de l’AFC/M23, dont plusieurs ne disposent pas de passeports valides pour se rendre en Europe. Une contrainte logistique majeure, qui contraste avec les facilités jusque-là accordées par Doha lors des précédentes rencontres organisées sur son territoire.
À cela s’ajoute une autre difficulté de fond : l’AFC/M23 demeure une entité sous sanctions internationales, et certains de ses dirigeants font l’objet de mandats d’arrêt émis par Kinshasa. Ce cadre juridique complexe rend toute tentative de dialogue particulièrement délicate.
Reste à savoir si les délégués issus de la rébellion (AFC/M23) pourront se déplacer jusqu’en Suisse en vue de rencontrer la délégation de Kinshasa. Il faut dire que cette nouvelle médiation intervient trois semaines après les discussions tenues à Washington sous l’égide des États-Unis, au cours desquelles des mesures de désescalade avaient été annoncées entre la RDC et le Rwanda. Toutefois, ces engagements n’ont pas produit d’effets tangibles sur le terrain.
En effet sur place, la situation sécuritaire reste particulièrement volatile. Au Nord-Kivu, les Forces armées de la RDC ont mené plusieurs frappes de drones contre des positions de l’AFC/M23 dans le territoire de Masisi, notamment à Masisi-centre. Le M23 et l’armée rwandaise continuent d’attaquer les positions de l’armée congolaise. Les combats se sont intensifiés ces derniers jours dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, notamment dans les zones de Fizi, Mwenga et Uvira.
Une diplomatie en perte d’efficacité face à une stratégie adverse
Derrière cette nouvelle initiative se profile un constat préoccupant : la diplomatie engagée autour du conflit dans l’est de la RDC peine à produire des résultats concrets, tandis que l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, continue de consolider ses positions sur le terrain. Les précédents cycles de négociations, notamment à Doha, n’ont débouché sur aucune avancée significative. Pire encore, ils ont coïncidé avec une progression militaire du mouvement rebelle, qui a renforcé son emprise sur des villes stratégiques comme Goma et Bukavu.
Le piège de la « congolisation » du conflit
L’un des éléments les plus préoccupants réside dans la stratégie du Rwanda, à vouloir dissocier son implication directe de celle de l’AFC/M23. Cette approche vise à transformer une agression extérieure en crise interne. D’après Léon Engulu III, spécialiste des relations internationales et de la région des Grands Lacs, en traitant séparément l’AFC/M23 à Doha et le Rwanda à Washington, la diplomatie congolaise a, de fait, entériné cette dissociation, affaiblissant ainsi sa position, alors même que les liens entre Kigali et le mouvement rebelle sont largement documentés.

Une dispersion des initiatives préjudiciables
La multiplication des cadres de négociation notamment ceux de Doha, Luanda, Nairobi et Washington; a contribué à diluer la cohérence de la stratégie congolaise. Face à cette dispersion, Kigali a maintenu une ligne constante, structurée autour d’un discours sécuritaire récurrent, notamment en lien avec les FDLR.
À ces défis externes s’ajoute une fragilité interne. Pendant que l’exécutif congolais cherche à isoler l’AFC/M23 sur la scène internationale, certaines voix nationales plaident pour un dialogue inclusif avec ce même groupe armé. Cette contradiction affaiblit la position congolaise, se désole Léon Engulu III. « On ne peut à la fois dénoncer un acteur et envisager son intégration politique sans cohérence stratégique », estime t-il.
La diplomatie piétine
Malgré les annonces, les réunions et les résolutions, aucun résultat concret n’a été obtenu sur le terrain. Les territoires restent occupés par les forces du M23, même si certaines tendances annoncent quelques désengagements et la souveraineté nationale demeure fragilisée.
La diplomatie ne se mesure pas à l’intensité des discours, mais à ses résultats, indique Léon Engulu III. Et aujourd’hui, ces résultats font défaut. De Doha à Washington, et désormais vers la Suisse, les initiatives diplomatiques se succèdent sans inverser le rapport de force sur le terrain. Pour Léon Engulu III, ancien coordonnateur a.i du Mécanisme national de suivi, cette répétition des échecs fragilise la crédibilité de la RDC et renforce indirectement la position de ses adversaires.
Selon lui, l’enjeu est désormais crucial. Il faudrait reconstruire une stratégie diplomatique unifiée, cohérente et orientée vers un objectif clair, à savoir : la récupération de l’intégrité territoriale et la restauration de la souveraineté nationale. À défaut, les processus en cours risquent de produire davantage de déclarations que de victoires concrètes.
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On voit à l’image Sumbu Sita Mambu (à gauche), haut représentant du chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, et Benjamin Mbonimpa (à droite), secrétaire exécutif de l’AFC/M23, groupe armé soutenu par le Rwanda @Photo Droits tiers.