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Faut-il interdire les réseaux sociaux pour les mineurs ? Le débat qui divise les experts

2026-04-11
11.04.2026
2026-04-11
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Faut-il interdire les réseaux sociaux aux enfants et aux adolescents ? Appliquée en Australie, en Indonésie (et bientôt en Autriche), votée en France et envisagée au Royaume-Uni, la mesure divise les chercheurs: certains la jugent nécessaire face à une menace majeure pour la santé mentale, d’autres défendent une approche plus nuancée. Qu’en est-il réellement ?

Depuis décembre dernier, les Australiens de moins de 16 ans n’ont plus accès aux principaux réseaux (Facebook, TikTok, Instagram, etc.) et à d’autres sites internet communautaires comme YouTube et Reddit.

L'Indonésie a décidé l'interdiction à compter du 28 mars de l'accès aux réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans, invoquant les menaces de la pornographie, du cyberharcèlement, de la fraude en ligne et de la dépendance à internet.

La France a elle voté en janvier l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, avec une mise en application prévue dès septembre 2026. Le Sénat doit débattre ce mardi de cette mesure, chère au président Emmanuel Macron.

De son côté, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a récemment affirmé que son gouvernement “n’écart(ait) aucune option”, y compris une interdiction aux moins de 16 ans.

L’Autriche, elle, va interdire l’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 14 ans, selon un accord conclu après de longues tractations au sein de la coalition entre la gauche, la droite et les libéraux et annoncé par le gouvernement vendredi dernier.

Et chez nous?

La Flandre vient d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 13 ans, TikTok et Snapchat sont concernés par la mesure. En Wallonie, l’interdiction a déjà été abordée au parlement, mais pour l’instant rien d’officiel. Jacqueline Galant, ministre des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, s’était exprimée en faveur de cette interdiction chez les jeunes.

Au niveau fédéral, la ministre du Numérique, Vanessa Matz, a annoncé vouloir suivre l’exemple de la France, mais pas à n’importe quel prix. “On ne peut pas juste être dans l’énoncé de dire qu’on aimerait que les jeunes n’aillent pas sur les réseaux sociaux avant 15 ans. Il faut une question de vérification de l’âge par une authentification numérique et on a tous les atouts d’expertise ici en Belgique pour le faire”, a souligné la ministre.

Un livre qui fait polémique

Depuis plusieurs années, la recherche s’est emparée du sujet. Un livre du psychologue américain Jonathan Haidt, paru en 2024 et vendu à plusieurs millions d’exemplaires, a notamment exercé une forte influence politique.

Il y défend l’idée que les smartphones, et en particulier les réseaux sociaux, sont la cause première de la dégradation de la santé mentale des jeunes depuis les années 2000: c’est la “Génération anxieuse”, titre de son ouvrage.

Signe de cette influence, M. Haidt, qui n’a pas pu s’entretenir avec l’AFP faute de disponibilité, a été cité par les responsables australiens, puis reçu au printemps 2025 par Emmanuel Macron. Il a également été sollicité par des représentants du gouvernement britannique, écrit le journal The Guardian.

Agir sur les algorithmes

Son livre reste controversé. Dès sa sortie, la revue Nature publiait une critique de la psychologue américaine Candice Odgers, dénonçant une thèse simpliste qui occulterait notamment les facteurs économiques du mal-être des jeunes.

Deux ans plus tard, un relatif consensus se dessine néanmoins sur les effets toxiques des réseaux sociaux, en particulier chez les filles, même si un débat perdure sur l’ampleur du phénomène.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a ainsi conclu en janvier, sur la base de 1.000 études, que les réseaux sociaux, sans être les seuls responsables, avaient de nombreux effets délétères sur les adolescents. Elle préconise d’agir sur les algorithmes pour que les mineurs n’accèdent qu’à “des réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé”.

Un cercle vicieux

Malgré des affirmations trop catégoriques, M. Haidt “a attiré l’attention sur un véritable problème”, estime Michael Noetel, qui reproche à ses adversaires d’exiger un niveau irréaliste de preuves.

M. Noetel a lui-même supervisé une vaste étude, parue en 2025 dans la revue Psychological Bulletin et compilant une centaine de travaux mondiaux, pour analyser les liens entre écrans et troubles psychologiques et émotionnels chez les mineurs.

Ses conclusions suggèrent un cercle vicieux: une fréquentation excessive des écrans, en particulier des réseaux sociaux et des jeux vidéo, a des effets négatifs et le mal-être peut en retour favoriser un recours accru aux écrans.

D’autres chercheurs se montrent toutefois sceptiques face à une interdiction généralisée. “Des restrictions excessives peuvent être aussi problématiques qu’un usage excessif et cela dépend de l’âge et du sexe”, souligne auprès de l’AFP le chercheur australien Ben Singh.

“Effroyablement toxiques”

Dans une récente étude du JAMA Pediatrics menée auprès d’environ 100.000 jeunes Australiens, M. Singh observe qu’un temps élevé passé sur les réseaux est associé à un moins bon état mental tout comme en cas d’abstinence totale.

L’hypothèse des chercheurs est que les réseaux peuvent, dans une certaine mesure, jouer un rôle positif de socialisation et donc limiter l’isolement, notamment chez les garçons.

Le scepticisme à l’égard d’une interdiction généralisée s’exprime aussi chez certaines personnalités, comme le psychiatre français Serge Tisseron. “Les réseaux sociaux sont effroyablement toxiques”, estime-t-il, appelant à une régulation ambitieuse.

Mais une interdiction générale, redoute-t-il, risquerait d’être facilement contournée par les adolescents, tout en déresponsabilisant les parents et en laissant entière la question de l’éducation au numérique.

“Le débat s’est beaucoup polarisé ces dernières années entre une interdiction pure et simple ou rien du tout”, regrette-t-il, pointant du doigt un paradoxe: “C’est exactement la logique des réseaux sociaux: soit tout pour, soit tout contre”.

 


AFP / 7 sur 7 / MCP, via mediacongo.net
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