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Olivier Frigara, journaliste spécialiste des nouvelles technologies, était l'invité du "10 minutes info" sur franceinfo mercredi 1er avril. Il est revenu sur le succès et la singularité d'Apple, à l'occasion des 50 ans de l'entreprise américaine.
Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
Jean-Baptiste Marteau : Apple, fondé le 1er avril 1976 dans un garage de Californie, a 50 ans aujourd'hui. En quoi Apple a-t-il changé notre quotidien ?
Olivier Frigara : Apple a réussi à domestiquer, à populariser une technologie qui était réservée à quelques experts, quelques ingénieurs, quelques geeks. L'origine d'Apple, avant tout, avant l'iPhone, c'était l'ordinateur. Et lorsqu'Apple s'est lancé, on ne vendait pas d'ordinateurs dans le commerce.
Le Macintosh, c'est l'ordinateur personnel. C'est la première fois que l'ordinateur arrive dans un foyer ?
Il y a déjà eu quelques tentatives auparavant. L'idée de Steve Jobs, qui était l'un des cofondateurs d'Apple, qui n'est plus parmi nous malheureusement aujourd'hui, c'est vraiment de populariser cette technologie, de la rendre accessible. Et la rendre accessible comment ? En la rendant simple. Ce sont des interfaces très simples. C'est Apple qui a initié ce système et qui a popularisé l'informatique grâce à la souris, grâce aux fenêtres et, quelques années plus tard, grâce aux écrans tactiles qui ont fait la renommée de l'iPhone.
Il y a un côté marketing exceptionnel qui arrive ensuite, mais ça reste d'abord une avancée technologique ?
Ce qu'ont compris Wozniak et Jobs en 1977, quand ils ont créé Apple, c'est que ça allait être véritablement un produit qu'on allait acheter comme aujourd'hui on achète un micro-ondes. À l'époque, c'était inimaginable. Un ordinateur était réservé à un ingénieur à la NASA, et ils rêvaient de cette accessibilité. Donc, ils proposaient déjà à l'époque de fabriquer chez-soi sa carte mère en kit, de fabriquer soi-même un boîtier, un clavier, de bricoler avec une télévision. On était loin du premier ordinateur qu'on achète intégré dans une boîte et qu'on branche et qui marche. Ils avaient déjà, à l'époque, cette vision-là de populariser cette technologie, ce qui veut dire à terme, que tous les foyers américains et tous les foyers du monde aient un ordinateur, avant même d'imaginer l'interface du Mac qui arrivera plus tard.
Ils ont aussi inventé l'art de vendre ces objets et de les rendre populaires. C'est d'abord du marketing Apple ?
Je ne serais pas aussi réducteur, mais il y a une part de vérité. À chaque fois qu'ils ont essayé d'évangéliser un nouveau marché, ils se sont plantés. Par exemple, ce qu'on connaît tous comme étant l'iPad aujourd'hui, la tablette, ils en ont sorti une au début des années 1990. C'était très en amont, avec un stylet, c'était tactile, avec une reconnaissance d'écriture qui était révolutionnaire, mais ça n'a pas marché. Ça n'a pas marché parce que la promesse était trop haute. Le niveau technologique de l'époque ne permettait pas de répondre aux attentes. Donc là, ça a été un tel revers que même Steve Jobs, qui n'était pas à la tête d'Apple à ce moment-là, a compris qu'il fallait arriver au moment où une technologie est mature. Et la force d'Apple, c'est ça. Qu'est-ce qui a fait la valeur ajoutée de l'iPhone en 2007 ? C'est qu'à l'époque, les constructeurs comme Nokia, qui étaient les meilleurs mondiaux, vendaient des téléphones mais ne vendaient pas de smartphones. Les smartphones étaient réservés à des geeks comme moi. L'iPhone, de suite, n'importe qui a pu l'utiliser grâce à ses interfaces tactiles.
C'est ça la révolution, parce qu'on a effectivement Internet dans notre poche. On est connecté au monde en permanence, avec les dérives qu'il peut y avoir aujourd'hui d'une surexposition, notamment aux réseaux sociaux, et c'est un vrai changement.
Oui, c'est-à-dire que la force d'Apple, et j'insiste, c'est vraiment la vision d'un Steve Jobs à l'époque, parce qu'il s'est vraiment impliqué à l'époque dans le projet de manière vraiment très importante. C'était de comprendre qu'il fallait mettre Internet dans la poche et c'est comme ça qu'ils allaient disrupter le marché à l'époque et prendre de vitesse l'ensemble de l'industrie de la téléphonie, parce qu'Apple était un nain à l'époque.
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