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Attentats de Bruxelles: « Le début d’une nouvelle ère » (revue de presse)

Attentats de Bruxelles: « Le début d’une nouvelle ère » (revue de presse) 2016-03-24
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La presse internationale a fait sa une sur les attentats de Bruxelles. (© AFP)

Pour les éditorialistes belges, la Belgique entre dans une « nouvelle ère ». Reste à savoir si Bruxelles et l’Europe seront capables de répondre sans se trahir.

Ce n’est pas la fin, c’est le début. Le titre de l’éditorial du Soir est à l’unisson de la presse belge et internationale en posant ce constat : la lutte contre le terrorisme sera longue et les appels tous azimuts à ne pas céder à la panique et à continuer à vivre « comme avant » sont légitimes.

Mais force est de constater que règne, au lendemain des attentats de Bruxelles, un sentiment « terrible, diffus et intense à la fois », celui que cette journée de mardi marque « le début d’une vie différente , d’une société plus lourde, plus fermée, plus dure, moins insouciante, et peut-être, c’est une grosse crainte, plus haineuse. C’est ce sentiment-là qu’il faudra combattre. Par tous les moyens », écrit Christophe Berti, rédacteur en chef du Soir.

Dans Le Monde, Jérôme Fenoglio, directeur de la rédaction, constate : Madrid, Londres, Paris… « à chaque fois, cette violence, pas si aveugle que ça, nous surprend. Cela ne devrait pas » car « nous ne pouvons pas ignorer que le terrorisme va durer. » La force des sociétés démocratiques est de continuer comme « avant », constate-t-il. « Mais il ne faut pas entretenir de faux espoirs. La lutte contre le terrorisme djihadiste prendra du temps avant de le vaincre – sans doute faut-il compter en années. Les politiques, les gouvernants devraient le dire. Ils ne le font pas assez, ce qui revient à masquer une partie de la vérité. » Or, constate Le Monde, l’Union européenne, déjà incapable de solidarité face au drame des réfugiés, est dans une phase régressive, ce qui la rend plus vulnérable encore. Pourra-t-elle surmonter ce que le quotidien décrit comme une « épreuve de vérité » ? La une du quotidien affiche en lettres blanches sur fond noir : « Bruxelles frappée par le terrorisme ». En dessous figure une photo du hall des départs dévasté de l’aéroport de Bruxelles-National.

« Le chagrin des Belges », titre Libération . « Ce nouveau chagrin des Belges, nous le ressentons, nous aussi, dans notre chair. Après Madrid, Londres ou Paris, Bruxelles, l’autre ville-phare du continent, a été frappée au cœur, en même temps que l’Europe, dont elle est la capitale politique, si baroque et si humaine. Bruxelles sans ordre, sans plan, sans arrogance et sans haine, Bruxelles la bigarrée, la cosmopolite, la ville de l’accueil, la ville de l’effervescence et de la création, Bruxelles l’imaginaire, comme un tableau de Magritte, bâtie sur un pays rêvé, qui existe à peine et qui vit pleinement », écrit Laurent Joffrin. Le directeur de la rédaction de Libé appelle l’Europe à réagir : « C’est l’heure du sursaut. La coopération, l’union, la solidarité entre Etats démocratiques est plus que jamais nécessaire, en matière policière comme en matière politique. Le fracas des ceintures explosives fait résonner un hymne à la haine. Le nôtre, avec Beethoven, c’est l’hymne à la joie. »

Rejet et indignation dominent les éditoriaux flamands mercredi qui s’accordent à penser que les attentats survenus à Bruxelles étaient prévisibles. Les éditorialistes évoquent de nombreuses pistes de mesures à mettre en place pour lutter contre le terrorisme.

Pour Isabel Albers du quoditien De Tijd , le 22 mars s’inscrit comme « le début d’une nouvelle ère, avec le sentiment de n’être en sécurité nulle part ». « Les mesures de sécurité en tant que telles ne sont pas suffisantes. La démonstration de force sans plus est en soit une arme impuissante », écrit Mme Albers. « Les jeunes qui sympathisent avec ’les héros syriens’, ces Abdeslam et autres terroristes aux allures de stars, sont un immense problème de société. Nous ne réduirons le terrorisme qui si toute la société, musulmans inclus, soutient la même approche. Avec la polarisation, nous ne progressons pas. »

Pour Bart Sturtewagen du Standaard, cette date du 22 mars est aussi un moment charnière. « Plus rien ne sera pareil. Après Paris et le ’lockdown’ de Bruxelles, nous avions pu petit à petit reprendre nos habitudes d’avant. Ce n’est plus possible », affirme M. Sturtewagen. « Nos vies vont indéniablement se dérouler encore plus à l’ombre des mesures de sécurité et à celle des restrictions à notre vie privée et à nos libertés de mouvements. En temps de guerre, les lois ne sont plus les mêmes et ceci est une guerre. » « Une guerre au sein de laquelle nos adversaires ne reconnaissent aucune règle », observe-t-il encore.

De Morgen constate que la Belgique est entrée dans une nouvelle réalité avec ces nouveaux attentats d’une grande ampleur. Il s’interroge s’il ne faut pas maintenant vivre « juste un peu différement ». « La question est cruciale de savoir comment nous allons inscrire notre changement de vie dans nos normes et nos valeurs d’une société libre, ouverte et égalitaire. » Il estime en outre que le flux de jeunes qui envisagent de marcher dans les pas de personnages comme Abaaoud ou Abdeslam ne pourra être stoppé que si une offre alternative leur est proposée, autre que le sentiment de déracinement et d’aliénation.

Pour Jan Segers dans Het Laatste Nieuws, cette date funeste sera inscrite comme « le jour le plus sombre de ce début de siècle ». « L’effroi a choqué la Belgique au réveil avec les explosions à Zaventem et dans le métro bruxellois. La tentation est grande de vouloir se réveiller aujourd’hui dans un autre pays, dans lequel rien ne serait plus jamais pareil. Il en est ainsi pour les proches des victimes, les blessés et tous ceux qui ont été témoin du bain de sang. Mais il ne fallait pas être hier à Zaventem ou rue de la Loi pour en sentir le choc. »

L’ensemble de la presse internationale consacre un large volet à la tragédie.

The New York Times est très critique par rapport à la Belgique. « Bruxelles est connue pour être de facto la capitale de l’Europe mais elle est aussi devenue la capital du radicalisme islamique en Europe », affirme le prestigieux quotidien américain relevant que ce pays est le plus gros fournisseur par tête d’habitant de combattants en Syrie, qu’une partie des tueurs des attentats de Paris venaient de Belgique et que c’est encore en Belgique qu’on a retrouvé Salah Abdelslam. Parlant d’un « appareil anti-terroriste notoirement faible », le quotidien new-yorkais exhorte la Belgique « à sérieusement renforcer ses services de sécurité et à se tourner vers ses voisins européens pour avoir de l’expérience et de l’aide. Avec la porosité des frontières internes de l’Europe, on ne peut pas se permettre de laisser la sécurité (d’un pays) être gérée de façon aussi éparpillée et mal coordonnée ».

Même ton de reproche au Washington Post. « L’Union européenne doit réinventer son système de sécurité. Elle doit mettre un terme au cloisonnement qui empêche le partage d’informations, renforcer ses frontières et protéger ses citoyens. Les autorités belges n’ont pas été capables de trouver Salah Abedslam pendant plus de 120 jours alors qu’il était sous leurs yeux. L’échec belge est lié à son système. Les djihadistes se sont déplacés furtivement et les services de renseignement n’ont pas collecté ou partagé suffisamment les renseignements qui étaient là. Les autorités ont laissé Molenbeek devenir un havre plus dangereux encore pour la Belgique que les sanctuaires des djihadistes en Irak, Syrie et Libye ».

Mais pour le quotidien américain, la propagation de l’Etat islamique est plus un échec américain qu’un échec européen. « La stratégie américaine pour détruire cet Etat n’a pas fonctionné. L’échec de la coalition menée par les Etats-Unis a laissé l’Europe exposée au terrorisme et aux troubles sociaux ». Pour le Washington Post, il faudrait que les deux continents développent une stratégie plus efficace pour combattre l’Etat islamique. « Cela commencerait par un vrai partage des renseignements et du commandement militaire, sur le modèle de la conférence d’Arcadia (fin 1941), lorsque les alliés avaient décidé – suite à Pearl Harbor - de placer leurs forces militaires sur le territoire européen sous un commandement unique. « Les services de renseignement européens doivent combiner leurs forces avec les Etats-Unis ».

A Madrid, le quotidien El Pais embraie et estime que c’est l’Europe qui a été attaquée à travers ce double attentat. « Quand les terroristes attaquent l’Europe en majuscules, l’Europe réagit en minuscules », regrette l’éditorialiste du journal espagnol, appelant les Européens à proposer une réponse commune à cette nouvelle agression.

L’hebdomadaire français Courrier international appelle les gouvernements à ne pas céder « à l’émotion, ni (aux) décisions gouvernementales trop hâtives, aussi symboliques soient-elles ». Invoquant une « union sacrée contre le terrorisme » qui doit redonner un sens à l’Europe, il rappelle que sa fragilité est aussi sa grandeur.

Dans son éditorial, le quotidien londonien The Guardian souligne qu’il n’existe dorénavant plus de doute quant au fait que l’État islamique a fait de l’Europe sa cible privilégiée. « Il est important que la Belgique et ses partenaires européens maintiennent certaines perspectives et gardent la tête froide. Les droits et les valeurs que l’Europe porte seront mises à l’épreuve par la manière avec laquelle les sociétés affronteront des groupes qui veulent semer la mort et la division en leur sein. » The Guardian refuse de parler de guerre, estimant que cette rhétorique tend à légitimer l’État islamique et préfère dénoncer le comportement « meurtrier » de l’organisation terroriste.

The Times, toujours à Londres, remarque avec effroi que les événements de Bruxelles « nous rappellent que nous pouvons tous devenir la cible des djihadistes ». Le quotidien conservateur fait valoir que seul la coopération internationale et des services de renseignement qui collaborent sont en mesure de réduire le risque.

En Suisse, Le Temps, pessimiste, constate l’échec depuis un an et l’attaque contre Charlie Hebdo des forces de sécurité, malgré un état d’alerte et une coopération accrue, et va jusqu’à se demander : « Et si les terroristes étaient en train de gagner la guerre ? » Notant que « l’ennemi vient de l’intérieur », il appelle la population à ne pas répondre par la tolérance, « quand des comportements témoignant d’une radicalisation apparaissent ».

En Russie, le quotidien Kommersant juge que les terroristes en général et l’État islamique en particulier lance un triple message. D’abord, un signal démontrant leur capacité de nuire malgré l’arrestation de Salah Abdeslam. Ensuite, les djihadistes veulent souligner que les mesures sécuritaires n’ont aucun impact sur leurs activités. Enfin, les victoires militaires engrangées en Syrie et en Irak ne feront pas fléchir Daesh. Le journal moscovite appelle le monde civilisé à poursuivre son existence normalement, car les fanatiques n’arrêteront pas leur entreprise macabre.

Au Japon, la une des quatre principaux quotidiens du pays (Asahi, Mainichi, Yomiuri et Nikkei) mettait les attentats bruxellois en manchette.

Au Brésil, le journal carioca O Globo, qui rappelle dans son éditorial comment la situation s’est retournée en Belgique entre l’arrestation de Salah Abdeslam et les événements de mardi, conclut que les attentats de Bruxelles « confirment ce que ceux de Paris avaient suggéré : l’État islamique est devenu un groupe capable d’exécuter des actions de terreur à grande échelle loin du Moyen-Orient ».

Le quotidien australien Sydney Morning Herald note que la Belgique a « un sérieux problème avec le terrorisme », parlant d’attentats « choquants, mais pas surprenants ». Rappelant les attaques survenues au Musée Juif et dans le Thalys Bruxelles-Paris ainsi que le rôle des terroristes basés à Molenbeek dans les attentats de Paris, le journal syndeyïte fustigent les failles politiques, économiques et sociales belges qui ont permis au radicalisme islamiste de faire son nid à Bruxelles.

En Chine, l’édition internationale du South China Morning Post redoute que les attentats de Bruxelles ne marquent que le début d’une vague de violences prête à ravager le Vieux continent. Notant qu’il y a environ 11.000 combattants étrangers partis en Syrie, « la préoccupation centrale est le fait que ces individus, qui comptent potentiellement 2.000 Européens de l’Ouest (…), reviendront aguerris avec une détermination et des capacités terroristes bien plus importantes. » Avant d’ajouter : « par habitant, la Belgique est le premier pays européen contributeur en combattants en Syrie, avec Bruxelles comme point chaud ».

 

 

 

 

 

 

 

 

C.D.P. (avec J-F.M. et agences)
Le Soir
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