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À Lubumbashi, certains patients présentant de la fièvre, des maux de tête, une fatigue généralisée ou des douleurs abdominales seraient régulièrement traités contre le paludisme ou la fièvre typhoïde avant même la réalisation d’examens biologiques. Cette pratique, révélée par une enquête de La Guardia, expose les malades à des erreurs de diagnostic et favorise la résistance aux médicaments.
Selon cette enquête menée auprès de patients, de proches de malades et de professionnels de santé, 83,7 % des personnes interrogées affirment avoir reçu, comme premier diagnostic, le paludisme, la fièvre typhoïde ou les deux maladies. Treize personnes disent également avoir reçu des médicaments avant d’effectuer un test biologique.
À l’hôpital général Sendwe, une patiente souffrant de maux de tête et de fatigue explique avoir reçu une prescription comprenant un antipaludéen et un antibiotique, accompagnée d’une longue liste d’examens. Dans un autre établissement de Bel-Air, un homme aurait d’abord été traité contre le paludisme et la typhoïde avant que les médecins ne découvrent une crise d’hypertension.
Certains praticiens interrogés par La Guardia justifient cette approche par le caractère endémique de ces maladies à Lubumbashi. Ils estiment qu’un traitement symptomatique peut être administré en attendant la confirmation des analyses.
D’autres professionnels de santé contestent cependant cette pratique. Ils rappellent que la fièvre, les vertiges, les courbatures ou les douleurs abdominales peuvent être associés à plusieurs pathologies. Ils recommandent donc un diagnostic différentiel, fondé sur l’interrogatoire du patient, l’examen physique et les analyses de laboratoire.
La professeure Thabita Ilunga Mpoyo, de l’École de santé publique de l’Université de Lubumbashi, estime qu’un médecin ne peut pas limiter ses recherches au paludisme et à la typhoïde. Elle souligne la nécessité de disposer de preuves scientifiques avant de confirmer un diagnostic.
L’enquête relève également le risque de surdiagnostic de la fièvre typhoïde. Elle cite notamment les données de 2021, selon lesquelles la RDC avait signalé plus d’un million de cas, alors que seulement 19 734 avaient été confirmés, soit environ 1,8 %.
Les conséquences d’un diagnostic erroné peuvent être graves. Une mère interrogée raconte que sa fille, traitée initialement contre le paludisme, n’a été diagnostiquée d’une méningite que trois jours plus tard. L’enfant est aujourd’hui tétraplégique.
Au-delà du retard dans la prise en charge appropriée, les spécialistes mettent en garde contre les effets indésirables, l’apparition de complications et la résistance aux antimicrobiens. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé préconisent d’ailleurs la confirmation du paludisme par un test avant l’administration du traitement.
L’enquête de La Guardia appelle ainsi les professionnels de santé à abandonner les diagnostics automatiques et à renforcer le recours aux examens cliniques et biologiques. Dans une région où le paludisme et la typhoïde sont fréquents, leur caractère endémique ne devrait pas dispenser les soignants de rechercher d’autres maladies présentant des symptômes similaires.
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