
Afrique
La République démocratique du Congo entend profiter du 46ᵉ sommet ordinaire de la SADC qui se tient à Durban en Afrique du sud pour remettre la crise de l’est au centre des préoccupations régionales et rappeler à l’organisation sous-régionale qu’elle demeure directement concernée par la quête d’une issue sécuritaire. Avec une délégation de haut niveau dépêchée au pays de Nelson Mandela, le pouvoir congolais veut maintenir la pression afin que l’engagement de la SADC en faveur de la stabilisation du territoire national ne s’effrite pas.
Le rendez-vous s’ouvre officiellement ce lundi 17 août au Centre international des conférences de Durban, sous la présidence du chef de l’État sud-africain, Cyril Ramaphosa. Celui-ci doit également prendre officiellement les rênes de la SADC, après la période d’intérim consécutive au renversement du pouvoir à Madagascar, pays auquel revenait la direction à l’issue du précédent sommet.
La présence congolaise a été considérablement étoffée. Après la participation du ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, aux travaux préparatoires, notamment au Conseil des ministres de l’organisation, deux poids lourds de l’exécutif ont rejoint Durban : il s’agit de Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État aux Affaires étrangères, à la coopération internationale, à la Francophonie et aux Congolais de la diaspora, ainsi que Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre chargé de la Défense nationale et des anciens Combattants.
Arrivé dans la matinée du samedi 15 août, ce dernier y séjourne comme représentant personnel de Félix Tshisekedi, chef de l’État et commandant suprême des FARDC. Une configuration qui donne à la participation congolaise une portée particulière, alors que les discussions régionales restent dominées par les questions de paix, de sécurité et de souveraineté.
Kinshasa veut remettre la sécurité au premier plan
Le thème officiel du sommet porte sur l’industrialisation, les infrastructures, la transformation agricole et la valorisation des minerais critiques. Une orientation résolument économique, mais qui ne saurait, aux yeux de Kinshasa, reléguer les convulsions sécuritaires du Congo au second plan.
La RDC a déjà commencé à faire passer son message. Devant le Conseil des ministres de la SADC, réuni le 12 août dernier, Floribert Anzuluni a insisté sur le processus de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des Forces démocratiques de libération du Rwanda, avant leur éventuel rapatriement au Rwanda ou leur transfert dans un État tiers. Pour l’homme d’Etat congolais, l’évolution de cette procédure doit être régulièrement portée à la connaissance de la SADC, précisément en raison de l’implication de cette dernière dans les efforts destinés à résoudre la crise congolaise.
Le gouvernement congolais considère donc que l’organisation ne peut se contenter d’un rôle périphérique alors qu’elle a déjà engagé ses mécanismes politiques, diplomatiques et sécuritaires dans le dossier. Le message est d’autant plus significatif que le protocole consacré au désarmement des FDLR avait déjà été présenté à Cyril Ramaphosa. La RDC cherche ainsi à arrimer ce processus aux efforts régionaux et à préserver la cohérence de différentes initiatives engagées pour ramener la stabilité dans l’est.
Cette démarche intervient également après la régularisation des arriérés dus par Kinshasa, qui permet au pays de retrouver pleinement ses droits de participation au sein de la communauté. La voix congolaise peut donc maintenant se faire entendre avec davantage de latitude dans les instances de l’organisation.
La persistance de l’instabilité dans les provinces orientales, alimentée par l’agression rwandaise et l’activisme de l’AFC/M23, inquiète les États de la région. Déplacements de populations, circulation des ressources, échanges commerciaux transfrontaliers et conséquences humanitaires confèrent à cette crise une dimension manifestement régionale.
À cela s’ajoutent les urgences sanitaires. La maladie à virus Ebola, qui sévit notamment dans l’est du pays, rappelle elle aussi la porosité des frontières et la nécessité d’une coordination entre États voisins. Pour Kinshasa, la réponse ne peut donc être dissociée des réalités géographiques qui font de l’Afrique australe un espace interdépendant.
La SADC face à sa responsabilité régionale
Créée en 1980 sous l’appellation de Conférence de coordination du développement de l’Afrique australe, avant de devenir officiellement la SADC en 1992, l’organisation rassemble aujourd’hui seize États : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Comores, RDC, Eswatini, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Tanzanie, Seychelles, Zambie et Zimbabwe.
Son mandat ne se limite pas à la croissance économique. La coopération régionale, l’intégration, la bonne gouvernance, la paix et la sécurité figurent également parmi ses objectifs fondamentaux. C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement congolais entend rappeler la vocation de l’institution.
La présence simultanée de la diplomatie congolaise et du responsable de la Défense autour de Cyril Ramaphosa donne une indication supplémentaire sur la portée accordée à ces assises. Kinshasa veut parler, convaincre et surtout maintenir la pression.
Reste désormais à savoir si cette offensive diplomatique suffira à transformer les engagements régionaux en décisions concrètes.
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La salle où se tient le sommet de la SADC en Afrique du Sud @Photo Droits tiers.