
Santé
Moderna a dévoilé mercredi des résultats prometteurs pour un vaccin personnalisé contre le mélanome, destiné à entraîner le système immunitaire à éliminer les cellules cancéreuses résiduelles.
C'est une première mondiale dans la lutte contre le mélanome qu’a annoncé le laboratoire Moderna mercredi : un vaccin à ARN messager sur mesure qui éviterait les rechutes de ce cancer de la peau très redouté. L’enjeu est de taille, car après l’ablation chirurgicale d’un mélanome à haut risque, le danger n’est pas toujours écarté.
Des cellules cancéreuses microscopiques qui échappent à la vigilance du chirurgien peuvent persister et provoquer une reprise de la maladie. Ce vaccin, développé en collaboration avec le laboratoire Merck (MSD) est administré avec une immunothérapie, le Keytruda (pembrolizumab), un anticorps qui aide déjà le système de défense du corps à trouver et à détruire les cellules cancéreuses.
Dans des essais cliniques de phase 3 menés chez 1 137 patients opérés d’un mélanome, le vaccin a montré une réduction des récidives et un retard de l’apparition de métastases. C’est la première fois qu’un traitement anticancéreux individualisé à ARN messager obtient un tel effet positif dans un vaste essai de phase 3, l’étape habituellement indispensable avant une demande d’autorisation de mise sur le marché.
Un espoir à confirmer
L’idée n’est pas de vacciner contre le mélanome comme on se vaccine contre une infection. Chaque tumeur porte des mutations qui lui sont propres. À partir d’un prélèvement effectué lors de l’opération, les chercheurs repèrent des protéines caractéristiques de la tumeur : des signatures moléculaires absentes des cellules saines, mais affichées par les cellules cancéreuses. Ils fabriquent ensuite, pour chaque malade, une séquence d’ARN messager contenant les instructions permettant à l’organisme de reconnaître ces cibles.
Une fois injecté, cet ARN sert à signaler ces cellules anormales au système immunitaire du malade pour qu’il puisse lancer une attaque. Le Keytruda complète l’action : il bloque un frein utilisé par la tumeur pour échapper à l’attaque du système immunitaire. Autrement dit, le vaccin aide à désigner l’ennemi ; l’immunothérapie aide les défenses à agir contre les cellules cancéreuses. L’objectif n’est donc pas de faire fondre une tumeur avancée, mais d’éliminer d’éventuelles cellules disséminées avant qu’elles ne se manifestent.
Il faut toutefois rester prudent face à cette annonce. Moderna et MSD n’ont pas encore communiqué les chiffres détaillés de l’essai clinique : nombre de rechutes évitées, ampleur exacte du bénéfice, qualité de vie ou survie globale. L’étude doit notamment se poursuivre pour déterminer si cette diminution des récidives se traduit, à terme, par davantage de vies sauvées.
Les résultats doivent encore être présentés lors d’un congrès scientifique et examinées par les autorités sanitaires avant d’envisager une mise sur le marché. Si ces résultats se confirment, cette première mondiale pourrait ouvrir une nouvelle voie thérapeutique : des vaccins anticancéreux fabriqués à partir de l’empreinte génétique de chaque tumeur, d’abord dans le mélanome, puis à terme dans d’autres cancers.
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