
Politique
Lors de son adresse à la Nation, jeudi 27 août, le président de la République, Félix Tshisekedi, a annoncé son intention d’instruire le gouvernement pour préparer des mesures de confiance et de décrispation politique en perspective du dialogue national inclusif attendu dans les prochains jours. Dans l’opinion, les noms de certains prisonniers emblématiques, considérés comme susceptibles de bénéficier d’une libération, sont cités, parmi lesquels Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary. Mais entre les conditions posées par le chef de l’État, la réalité politique et les griefs qui leur sont reprochés, le dossier de ces deux membres du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) paraît plus complexe.
Pour jeter les bases de la tenue du dialogue national inclusif dans un climat apaisé, le président de la République envisage de donner des instructions au gouvernement aux fins d’engager, en concertation avec les institutions compétentes et dans le strict respect de la séparation des pouvoirs, la démarche de préparation des mesures de confiance et de décrispation.
« Conformément à la législation en vigueur, ces mesures devront préserver l’indépendance de la justice, garantir les droits des victimes et tenir compte des impératifs de sécurité nationale, tout en favorisant un débat apaisé, où chacun pourra défendre ses convictions sans haine, intolérance ni violence », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président congolais s’est engagé à veiller personnellement à la mise en place des conditions nécessaires au retour et à la participation de certains compatriotes au processus national : « Dans l’esprit de responsabilité et de concorde nationale qui guide cette démarche, je veillerai personnellement à ce que soient réunies, dans le strict respect des lois de la République et des exigences de la paix civile, les conditions de sécurité et de confiance nécessaires au retour et à la participation de ceux de nos compatriotes que les épreuves de notre histoire récente ont conduits, pour diverses raisons, à se tenir en marge de l’unité nationale ».
Le cas Minaku et Shadary, un casse-tête juridico-politique
Interpellés à leurs domiciles depuis huit mois, le vice-président du PPRD, Aubin Minaku, et le secrétaire permanent, Emmanuel Shadary, ont été transférés à l’Auditorat militaire général début août 2026.
Les deux personnalités, demeurées fidèles à l’ex-chef de l’État, lui-même condamné par la justice militaire notamment pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel, crimes de guerre, homicides volontaires, torture, viol, déportation et occupation forcée d’une partie du territoire congolais, sont poursuivies pour atteinte à la sûreté de l’État.
Leur parti politique les considère comme des prisonniers politiques et appelle à leur libération.
Toutefois, dans son adresse à la Nation, le chef de l’État a d’ores et déjà écarté la participation à ce dialogue de tout mouvement armé « en qualité de composante politique ».
Dans ce contexte, l’ancien président de l’Assemblée nationale et le candidat malheureux à la présidentielle de 2018, quoique présumés innocents, seraient, au regard des accusations portées contre eux, non bénéficiaires des mesures de décrispation.
Cependant, de l’avis d’un juriste, ils pourraient, par « la magie de la politique», espérer obtenir une liberté provisoire, la grâce présidentielle leur étant, à ce stade, impossible, étant donné qu’ils ne sont pas condamnés par une décision définitive et irrévocable de la justice.
Et dans cette hypothèse, la participation de Minaku et Shadary au dialogue ne serait envisageable qu’à titre personnel, leur leader Joseph Kabila étant écarté d’office.
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