
Afrique
Le régime militaire au pouvoir au Niger a affirmé, samedi, avoir repris aux mutins une base militaire de la capitale, Niamey, avec l’aide de son partenaire russe, selon des sources diplomatiques et sécuritaires citées par l’AFP. Des tirs et des détonations avaient été signalés plus tôt dans plusieurs quartiers notamment celui qui abrite le palais présidentiel.
Des tirs et des détonations ont été entendus, samedi 29 août au matin, à Niamey, la capitale du Niger, notamment autour de la base militaire 101, attenante à l’aéroport international, et dans la zone administrative où se trouve le palais présidentiel.
Après plusieurs heures durant lesquelles des tirs ont continué d'être rapportés, le régime militaire au pouvoir au Niger a affirmé "reprendre progressivement le contrôle" face à des mutins.
Des sources diplomatiques et sécuritaires ont déclaré à l'AFP que le régime militaire avait repris dans la soirée la base militaire aérienne avec l'aide de son partenaire russe.
"La garde présidentielle a repris le contrôle de la base aérienne avec l'aide des Russes. Il y a plusieurs morts dans les rangs des mutins", a indiqué une source diplomatique à Niamey.
La reprise de la base a été confirmée par deux sources sécuritaires, l'une d'elles évoquant "la fin de la mutinerie".
L'ambassadeur de Russie à Niamey, Viktor Voropaïev, cité par l'agence publique russe Sputnik Afrique, avait affirmé un peu plus tôt que le Niger avait sollicité l'aide du groupe paramilitaire russe Africa Corps "pour réprimer une mutinerie".
Les éléments d'Africa Corps ont leur quartier général au sein de la base 101, qui héberge également l'état-major de la force unifiée de l'Alliance des États du Sahel (AES), la confédération que le Niger forme avec le Burkina Faso et le Mali.
Selon deux sources diplomatiques de la région, interrogées avant la reprise de la base 101, des éléments des forces armées nigériennes convergeaient samedi, notamment depuis Ouallam au nord de Niamey, vers la capitale, sans que l'on sache quel camp ils comptaient rallier.
En début de journée, les autorités - dans un communiqué lu à la télévision publique et signé du ministre de la Défense, le général Salifou Mody - ont indiqué que des mutins avaient "entrepris de séquestrer" des soldats dans la base militaire attenante à l'aéroport de Niamey et "effectué des tirs sur certains sites sensibles" de la capitale.
"La prompte réaction des forces de défense et de sécurité a permis de circonscrire ce mouvement d'humeur et de reprendre progressivement le contrôle de ces sites", a ajouté le général Salifou Mody dans le communiqué.
Puis en début d'après-midi, les mutins contrôlaient deux casernes, l'une au sein de la base 101 où ils se sont retranchés et une autre à l'extérieur, ce qu'a confirmé une source diplomatique africaine et une source sécuritaire régionale. Leurs revendications tout comme l'ampleur de leurs soutiens restent pour l'heure inconnues.
Les autorités ont également appelé la population à "garder son calme et vaquer librement à ses occupations". Sur le terrain, dans le centre-ville où se trouve le palais présidentiel, "tout est redevenu calme" en fin de matinée, selon un habitant.
"Il y a eu une tentative de pénétrer dans le palais présidentiel"
Les accès à la présidence et la télévision nationale sont bouclés par un fort dispositif militaire. Et pour se rendre à la base 101, les deux voies d'accès sont également bloquées, l'une par des pneus posés en travers de la chaussée. Les abords du grand marché, habituellement animés, étaient particulièrement calmes, ont précisé des résidents de Niamey.
"Il y a eu une tentative de pénétrer dans le palais présidentiel par des insurgés issus des forces armées nigériennes. Ils ont été repoussés par la garde présidentielle. Les échanges de tirs se poursuivent au palais", avait également indiqué plus tôt à l'AFP une source sécuritaire basée en Afrique de l'Ouest.
"Il est clair que pour le moment la garde est restée loyale" au général Tiani, a affirmé un diplomate africain à Niamey. "La situation est totalement sous contrôle de la garde présidentielle", a de son côté déclaré sur Facebook le député nigérien du parlement de l'Alliance des États du Sahel (AES), Ibrahim Bana.
La télévision nationale, elle, a brièvement cessé d'émettre samedi matin d'après des témoignages confirmés par France 24. À 9 h (8 h GMT), un écran noir remplaçait les programmes de Télé Sahel, via le satellite comme en ligne, ont rapporté les habitants. Une fois le signal rétabli autour de 10 h, la chaîne n'a fait aucune mention des troubles.
Selon des riverains, des "tirs nourris et des détonations au niveau de la base 101" ont débuté dans la nuit, vers 1 h (00 h GMT). Ces tirs se poursuivaient à l'aube, selon une vidéo publiée par un journaliste local, filmant la zone de l'aéroport.
Un habitant de la zone, joint au téléphone, a affirmé à l'AFP avoir été témoin de "rafales de tirs" samedi matin, après 7 h.
Base militaire sensible
Un appel "solennel à tous les patriotes sincères" à manifester sur une importance place de Niamey a été lancé par des soutiens du régime du général Tiani.
Vers 17 h (16 h GMT), quelques dizaines de personnes avaient convergé vers la place où de la musique militaire à la gloire du général Tiani était diffusée pendant qu'un podium censé accueillir des discours était mis en place.
Le Niger est gouverné par un régime militaire arrivé au pouvoir en juillet 2023 par un putsch et la situation politique y demeure instable.
C'est la troisième fois cette année que Niamey connaît des échanges de tirs, mais en janvier et juin il s'agissait d'attaques jihadistes qui avaient seulement visé l'aéroport international et qui avaient été repoussées en quelques heures.
En janvier, le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire issu d'un coup d'État en juillet 2023, avait évoqué "une faille dans le dispositif" sécuritaire qui avait "permis l'attaque", dont "l'objectif était de détruire toutes les capacités aériennes" de l'armée.
La base 101 de l'armée de l'air, située dans le complexe de l'aéroport international, abrite notamment le quartier général des partenaires russes de Niamey, Africa Corps, ainsi que l'état-major de la force unifiée de l'Alliance des États du Sahel (AES) que le Niger forme avec le Burkina Faso et le Mali.
Le site est sensible : entre décembre et janvier, il accueillait une importante cargaison de concentré d'uranium, bloquée en attendant d'être exportée. Aucun mouvement de cette cargaison n'a été identifié depuis.
Samedi, dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères algérien, pays voisin qui s'est récemment rapproché du Niger, a condamné les évènements et assuré Niamey "de sa pleine solidarité et de son ferme soutien".
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