
Politique
Le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi prend progressivement une dimension internationale. Alors que le chef de l’État congolais entend réunir les forces vives de la nation autour des questions de paix, de cohésion nationale et de refondation de l’État, son initiative reçoit déjà des signaux favorables de plusieurs partenaires de la RDC, notamment les États-Unis et l’Angola. Une dynamique qui conforte Kinshasa dans sa volonté d’ouvrir un nouveau chapitre politique, alors que la crise sécuritaire dans l’Est et les tensions politiques continuent de fragiliser le pays. Mais à l’intérieur, le consensus est loin d’être acquis.
La Coalition Article 64 (C64), ainsi que le camp de l’ancien président Joseph Kabila, contestent la démarche présidentielle et dénoncent notamment l’absence, selon eux, d’un cadre suffisamment inclusif. Entre soutien diplomatique extérieur et défiance persistante de l’opposition, Félix Tshisekedi joue désormais une partie décisive pour transformer son appel au dialogue en véritable processus politique national.
Le pari est lancé. Dans son adresse à la Nation du 27 août, Félix Tshisekedi a annoncé l’ouverture d’un Dialogue national destiné, selon la présidence, à s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité congolaise et à rechercher les voies d’une paix durable, de la cohésion nationale et de la refondation de l’État.
L’initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible. La République démocratique du Congo reste confrontée à une grave crise sécuritaire dans sa partie orientale, tandis que les tensions politiques internes se cristallisent autour de la gouvernance, de la situation économique et sociale, mais aussi du débat sur l’avenir institutionnel du pays.
Dans son adresse, le chef de l’État a toutefois posé une limite claire : les groupes armés considérés comme agresseurs ne seront pas partie prenante de ce dialogue national. Pour la présidence, les questions liées au conflit dans l’Est disposent déjà de cadres diplomatiques spécifiques, notamment les processus de Washington et de Doha.
Cette distinction n’empêche pas l’initiative de recevoir un premier écho favorable auprès de plusieurs partenaires internationaux.
Washington apporte son soutien
Les États-Unis ont été parmi les premiers à réagir après l’annonce présidentielle. Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour les affaires africaines, a salué l’ouverture du dialogue national.
« Nous saluons l’annonce par le président Félix Tshisekedi de l’ouverture d’un dialogue national en RDC. Un dialogue inclusif et constructif peut constituer une étape importante vers l’instauration de la confiance, la promotion de la paix et de la stabilité, et la prise en compte des aspirations du peuple congolais », a-t-il écrit.
Une prise de position qui donne du poids à l’initiative de Kinshasa. Washington, déjà engagé dans les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit dans l’Est congolais, considère manifestement le dialogue interne comme l’un des leviers susceptibles de contribuer à la stabilisation du pays.
Le soutien américain intervient également alors que les autorités congolaises tentent de distinguer les négociations avec les acteurs du conflit armé, notamment dans les cadres de Washington et de Doha, d’un dialogue politique à caractère national.
Luanda également favorable
L’Angola, autre acteur majeur des efforts de paix dans la région des Grands Lacs, s’inscrit lui aussi dans une dynamique favorable à l’ouverture d’un cadre de dialogue entre Congolais.
Luanda a depuis plusieurs mois plaidé pour des solutions politiques à la crise congolaise. Le président João Lourenço, dont le pays joue un rôle important dans les initiatives diplomatiques concernant la RDC, s’est ainsi montré favorable à un dialogue intercongolais inclusif.
Pour Kinshasa, cette convergence avec Washington et Luanda constitue un signal diplomatique important. Elle permet au pouvoir de soutenir que son initiative ne répond pas uniquement à une nécessité politique interne, mais qu’elle s’inscrit également dans une recherche plus large de sortie de crise.
La France avait déjà salué l’initiative
Avant même l’adresse du 27 août, plusieurs partenaires occidentaux avaient exprimé leur intérêt pour l’organisation d’un dialogue national.
La France avait notamment salué, dès le 27 juillet, l’annonce par Félix Tshisekedi de l’organisation d’un dialogue national inclusif. Paris avait alors estimé que la tenue effective de ces assises pouvait contribuer à restaurer la concorde nationale, tout en insistant sur le respect de la souveraineté de la RDC.
Cette position française montre que l’idée d’un dialogue national congolais bénéficiait déjà d’un accueil favorable dans certaines capitales occidentales avant même que Félix Tshisekedi n’en précise davantage les contours dans son adresse à la Nation.
La Belgique et le Royaume-Uni ont également, dans le cadre de leurs positions diplomatiques sur la crise congolaise, soutenu les efforts visant à favoriser une solution politique et un dialogue permettant de contribuer au retour de la paix. Il convient toutefois de distinguer ce soutien général au processus politique congolais d’une adhésion précise à chaque modalité du dialogue annoncé le 27 août.
Face au soutien extérieur, le refus de la C64
À Kinshasa, le climat est nettement moins consensuel.
La Coalition Article 64, qui rassemble plusieurs figures de l’opposition, a rejeté l’initiative annoncée par le chef de l’État. Pour cette plateforme, le format présenté par Félix Tshisekedi ne répond pas aux exigences d’un véritable dialogue national inclusif.
La réaction de la C64 a été immédiate au lendemain de l’adresse présidentielle. Martin Fayulu, lisant la déclaration commune de la coalition, a affirmé : « La coalition article 64 oppose un non catégorique et rejette avec force les prétendues consultations populaires initiées par Félix Tshisekedi en lieu et place du dialogue national inclusif ».
La coalition estime surtout que l’initiative présidentielle ne répond pas aux urgences auxquelles fait face la population congolaise.
« Le peuple congolais n’est pas dupe. Ces énièmes consultations de Félix Tshisekedi ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale des Congolais », soutiennent les opposants.
La C64 accuse ainsi le pouvoir de déplacer le débat vers une nouvelle séquence politique alors que, selon elle, les priorités des Congolais demeurent la sécurité, le pouvoir d’achat, l’emploi, les services sociaux et la fin de la guerre dans l’Est.
L’inclusivité, principal point de friction
Au cœur de la bataille politique figure une question : qui doit participer au dialogue et sur quelles bases ?
Pour la C64, l’exclusion de certains acteurs et la définition préalable du cadre du processus par le pouvoir ne permettent pas de parler d’un dialogue véritablement inclusif.
Cette position n’est pas nouvelle. En juillet, la coalition avait déjà demandé que le dialogue aborde les causes profondes de la crise congolaise, notamment l’insécurité dans l’Est, la gouvernance, les difficultés économiques et sociales ainsi que les réformes nécessaires à la consolidation de la paix.
Mais le refus actuel est plus frontal. Après l’adresse présidentielle, la C64 a non seulement rejeté le processus proposé, mais a également confirmé sa volonté de maintenir la pression politique sur le pouvoir.
L’opposition considère donc que l’enjeu dépasse le seul dialogue. Derrière la question du format des assises se joue, selon elle, la question de l’avenir politique et institutionnel de la RDC.
Le camp Kabila maintient la pression
Dans le camp de l’ancien président Joseph Kabila, la méfiance à l’égard de Félix Tshisekedi demeure également forte.
Les proches de l’ancien chef de l’État continuent de mettre en cause la gestion du pays par le pouvoir actuel et d’accuser le président Tshisekedi d’être à l’origine de plusieurs des crises politiques et institutionnelles que traverse le pays.
Dans ce paysage fragmenté, le dialogue annoncé par Félix Tshisekedi apparaît donc comme un nouveau test pour le pouvoir. Car au-delà de l’accueil favorable de certains partenaires étrangers, sa réussite dépendra de la capacité de Kinshasa à convaincre une opposition qui réclame des garanties sur les règles du jeu, la représentativité des participants et l’agenda des discussions.
Entre soutien international et défiance intérieure
La situation présente ainsi un paradoxe politique.
À l’extérieur, l’initiative présidentielle reçoit des signaux plutôt encourageants. Washington salue l’ouverture du dialogue et insiste sur la nécessité d’une démarche inclusive et constructive. Luanda se montre favorable au principe d’un dialogue intercongolais. Paris avait déjà salué l’annonce d’un dialogue national inclusif en juillet.
À l’intérieur, en revanche, l’opposition reste profondément sceptique.
Pour la C64, le problème n’est pas l’idée même d’un dialogue, mais ses modalités et ses objectifs. La coalition redoute que les consultations annoncées par le président ne se substituent à un véritable dialogue national inclusif, négocié entre les différentes forces politiques et sociales.
Le pouvoir, lui, défend une autre lecture : les crises congolaises ne peuvent plus être traitées uniquement à travers des arrangements politiques de partage de postes. La présidence affirme vouloir s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité et renforcer les institutions de l’État.
Le bras de fer ne fait donc que commencer.
Un dialogue sous haute tension
Pour Félix Tshisekedi, le défi est désormais double : conserver le soutien de ses partenaires internationaux tout en réussissant à convaincre les acteurs politiques et sociaux qui contestent le cadre proposé.
Pour l’opposition, l’enjeu consiste à maintenir la pression sans apparaître comme celle qui refuse par principe toute tentative de sortie de crise.
Entre les deux camps, la population congolaise attend surtout des réponses concrètes à ses préoccupations quotidiennes.
Le dialogue annoncé par le président Tshisekedi pourrait ainsi devenir soit une nouvelle étape vers une convergence politique, soit un épisode supplémentaire dans la longue succession de confrontations entre pouvoir et opposition en RDC.
Une chose est certaine : le soutien extérieur ne suffira pas à garantir le succès du processus. Il faudra également parvenir à construire, à l’intérieur du pays, un minimum de confiance entre les protagonistes.
Pour l’heure, le décor est planté : la communauté internationale encourage le dialogue, tandis que l’opposition, elle, exige d’abord les garanties d’une véritable inclusivité
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