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Infos congo - Actualités Congo - TV5 Monde - 28 septembre 2026
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RDC-Angola : les clés pour comprendre l’accord pétrolier

2026-09-03
03.09.2026
2026-09-03
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Pendant près de vingt ans, le dossier de la Zone maritime d’intérêt commun (ZIC) entre la République démocratique du Congo et l’Angola a été enlisé dans les négociations, les questions de frontières et les lenteurs administratives. Mais, le 22 juillet 2026, à Luanda, les ministres en charge des hydrocarbures des deux pays ont signé un avenant au contrat de partage de production du bloc 14/23, accompagné d’une déclaration commune destinée à rendre enfin opérationnels les mécanismes de gouvernance de la ZIC

La signature ne signifie pas encore que l’exploitation industrielle du pétrole a débuté. Aucun calendrier de forage ou de démarrage de la production n’a été annoncé. Les investissements à réunir, le niveau définitif des réserves et le calendrier détaillé des travaux restent également à préciser. Mais, pour les deux pays, le dossier a évolué. Après des années consacrées à négocier les principes, il s’agit désormais de faire fonctionner les institutions, de concrétiser les opérations et, surtout, de transformer l’accord politique en exploitation pétrolière réelle.

Le bloc 14/23, cœur du compromis

La ZIC se trouve au sud du bloc 14 et au nord des blocs 1, 15 et 31 des concessions pétrolières angolaises. Le périmètre désormais associé au contrat de partage de production porte le nom de bloc 14/23.

En décembre 2023, l’Angola a approuvé la concession du bloc 14/23 et son contrat de partage de production. Cabinda Gulf Oil Company Limited (Cabgoc), filiale de Chevron, est désignée opérateur d’un consortium comprenant notamment Azule Energy, Etu Energias, Galp, Sonahydroc (RDC) et Sonangol P&P (Angola).

Le montage est donc hybride : deux États qui partagent les intérêts de la zone et un groupe contractant chargé d’apporter les capacités techniques et financières nécessaires à l’exploration et au développement.

C’est ici que se trouve l’un des points essentiels à comprendre. Le pétrole produit ne sera pas simplement extrait puis partagé moitié-moitié entre Kinshasa et Luanda.

« Le mécanisme est plus complexe. Les entreprises engagées dans le projet peuvent d’abord récupérer les coûts et dépenses admissibles liés aux opérations, conformément au contrat de partage de production. Le pétrole restant constitue le « pétrole-profit », qui est ensuite partagé entre les États et les membres du groupe contractant selon les modalités prévues par le contrat. La part finale revenant à chacun des deux États est fixée à 50 % », explique un expert.

Autrement dit, le fameux « 50-50 » concerne la part publique revenant aux deux États, et non pas nécessairement la totalité du brut produit dès sa sortie du puits.

L’argent attendu : une promesse considérable, mais encore théorique

Pour Kinshasa, l’intérêt de l’accord est d’abord économique. L’exploitation de la zone pourrait accroître la production pétrolière congolaise et générer de nouvelles recettes fiscales. Les autorités évoquent également des retombées possibles sur les infrastructures, les services pétroliers et les activités portuaires.

Un chiffre avancé en 2024 donnait une idée de l’ambition : les recettes fiscales attendues dans ce cadre étaient évaluées à 5,56 milliards de dollars, avec une répartition entre les deux États. Cette estimation doit toutefois être considérée avec prudence tant que le projet n’a pas franchi les étapes techniques permettant de confirmer les réserves, les investissements et le niveau de production.

C’est toute la différence entre une richesse potentielle et une recette budgétaire.

Un gisement pétrolier peut être prometteur sur le papier et pourtant nécessiter des investissements considérables avant de produire le premier baril rentable. En offshore, les coûts d’exploration, de forage, de développement et de raccordement peuvent être particulièrement élevés. Le calendrier dépendra donc autant de la qualité des ressources découvertes que de la faisabilité économique du projet.

Pour la RDC, l’enjeu est néanmoins majeur. Le pays estime disposer d’importantes réserves pétrolières encore inexploitées et voit dans cette coopération avec l’Angola une occasion de bénéficier de l’expérience d’un producteur régional chevronné. Selon plusieurs estimations , le pays détient environ 180 millions de barils de réserves prouvées et se classe à la 86e place au monde pour une production estimée à 16 000 barils par jour en 2025.

Une signature qui vient de loin

Pour mesurer l’importance de l’avenant au contrat signé le 22 juillet 2026, il faut remonter au début des années 2000. À cette époque, la question pétrolière est inséparable d’un autre dossier beaucoup plus sensible : celui de la frontière maritime entre la rdc ET L’Angola.

La RDC possède une côte très courte débouchant sur l’océan atlantique , coincée entre le territoire angolais et l’enclave de Cabinda. Depuis plusieurs décennies, Kinshasa et Luanda divergent sur la manière de prolonger cette façade maritime vers le large. En janvier 2000, les deux gouvernements avaient tenté de régler provisoirement la question à travers un accord prévoyant un couloir maritime de quatre kilomètres à partir de l’embouchure du fleuve Congo. Kinshasa finira par dénoncer cet arrangement, estimant qu’il ne répondait pas suffisamment à ses revendications maritimes.

Le pétrole va alors offrir une voie de compromis.

Plutôt que d’attendre un règlement définitif de la frontière pour exploiter les ressources, les deux États décident de séparer temporairement les deux questions. Le 18 juin 2003, ils signent un mémorandum sur l’exploration pétrolière commune dans le bassin inférieur du Congo. L’idée est simple en apparence : coopérer sur les hydrocarbures sans trancher immédiatement le différend territorial.
Quatre ans plus tard, le compromis prend une forme plus précise.

Le 30 juillet 2007, à Luanda, la RDC et l’Angola signent l’accord instituant la Zone maritime d’intérêt commun (ZIC). Le texte repose sur un principe essentiel : permettre l’exploitation commune des hydrocarbures sans préjuger de la délimitation définitive de la frontière maritime. La RDC ratifie l’accord en novembre 2007 et l’Angola l’approuve en avril 2008.

Sur le papier, la solution paraît élégante. Dans la réalité, elle va se révéler beaucoup plus difficile à mettre en œuvre.

Vingt ans de négociations et de rendez-vous manqués

Entre 2007 et 2023, la ZIC avance lentement. Les désaccords portent notamment sur son périmètre et sur les modalités concrètes de son exploitation. Des rencontres ont lieu en 2007, 2009, 2011 et au cours des années suivantes, sans parvenir à débloquer définitivement le dossier.

La situation est d’autant plus sensible que l’Angola est déjà une grande puissance pétrolière régionale. Le pays dispose de réserves considérables et d’une longue expérience de l’exploitation offshore. Pour la RDC, l’enjeu est tout autre : il s’agit de transformer une ressource longtemps restée largement sous-exploitée en source de production, de revenus et d’expertise.

En 2021, les deux parties tentent une nouvelle relance. Des commissions techniques congolaises et angolaises se réunissent à Luanda et conviennent de travailler sur une feuille de route et sur un projet de contrat destiné à ouvrir la voie à l’exploitation du pétrole dans la zone. Un protocole d’accord est signé le 25 septembre 2021. L’objectif affiché est alors de finaliser rapidement le contrat et de parvenir à sa signature au premier trimestre 2022. 

Le calendrier ne sera pas tenu.

Il faudra finalement attendre le 13 juillet 2023 pour amorcer un nouveau virage. À Kinshasa, les deux pays signent un accord de gouvernance et de gestion de la ZIC. Le texte crée plusieurs structures bilatérales et prévoit notamment un compte conjoint destiné à recevoir les recettes liées aux activités pétrolières. L’accord indique ainsi « qu’un compte bancaire conjoint devra être ouvert par le directeur général du trésor de la République d’Angola et le directeur général du trésor de la République démocratique du Congo, ou leurs équivalents, dont la gestion sera confiée à la commission de supervision. Le compte bancaire conjoint sera ouvert au nom des deux États, sous un régime de gestion conjointe ».

La machine institutionnelle commence alors à prendre forme.

Un compte commun pour éviter que le partage reste théorique

Ce compte bancaire conjoint est l’un des éléments les plus importants du dispositif. En effet, les accords prévoient que les recettes publiques issues de la ZIC soient versées sur un compte ouvert au nom des deux États et placé sous une gestion conjointe. Parmi les revenus concernés figurent les bonus, les impôts sur les revenus pétroliers, les redevances superficiaires, les pénalités et autres recettes fiscales liées aux opérations. 

« Les procédures, paiements, délais ainsi que les règles régissant le Compte conjoint seront définis dans le règlement de la commission de supervision du compte conjoint », indique l’accord.

Ce mécanisme doit permettre de donner une architecture financière au fameux partage 50-50.

Quatre instances pour encadrer l’argent et les opérations du pétrole commun

Derrière les annonces politiques et les perspectives de recettes pétrolières se dessine donc une véritable mécanique institutionnelle. L’objectif est de séparer les responsabilités tout en maintenant une coordination entre les deux États. « Une exploitation commune exige des administrations capables de prendre des décisions ensemble, de contrôler les opérations, de suivre les dépenses, de gérer les recettes et de parler d’une même voix face aux entreprises », explique un expert.

C’est cette nécessité qui explique la mise en place de plusieurs organes, chacun ayant un rôle spécifique.

Une commission pour surveiller l’argent du pétrole

Le premier maillon concerne directement les recettes. Les ministres des finances de la RDC et de l’Angola doivent créer une commission de supervision du compte conjoint de la ZIC, chargée de gérer et de superviser les revenus déposés sur ce compte. Cette commission sera placée sous l’autorité de la commission interministérielle de gestion de la ZIC.

Sa composition traduit le principe de parité entre les deux pays : chacun doit désigner deux représentants, soit quatre membres au total, après approbation de la commission interministérielle de gestion de la ZIC.

Cette commission aura donc une responsabilité particulièrement sensible : veiller au dispositif de gestion des recettes générées par l’exploitation pétrolière dans la zone commune.

Mais, une fois encore, le texte pose surtout le cadre. Les règles précises de fonctionnement doivent encore être définies dans un règlement convenu entre Kinshasa et Luanda.

Autrement dit, l’accord crée l’organe, mais laisse encore aux deux États le soin d’en définir précisément les mécanismes de travail.

Le comité directeur, centre de coordination

Si la première commission s’occupe de l’argent, le deuxième niveau se concentre sur l’activité pétrolière elle-même.

Le comité directeur de la ZIC est présenté comme l’organe responsable de la coordination, de la gestion et de la supervision des opérations pétrolières dans la zone. Il doit réunir les responsables des structures concessionnaires des deux États, notamment les présidents des conseils d’administration des concessionnaires, ou leurs équivalents, ainsi que des administrateurs et des directeurs.

« Le choix de réunir ces responsables au sein d’une même instance répond à une nécessité pratique : les opérations menées dans une zone commune doivent pouvoir être suivies et coordonnées à un niveau suffisamment élevé des deux côtés de la frontière », explique notre expert.
Cependant, là encore, le dispositif n’est pas entièrement détaillé. La composition précise et les règles de fonctionnement du comité directeur doivent être fixées par un règlement qui sera convenu ultérieurement entre les deux États.

Une troisième instance, au plus près des opérations

Entre la supervision financière et la coordination générale, il faut encore un organe capable de suivre le quotidien des opérations.

C’est précisément le rôle de la commission des opérations de la ZIC. Elle doit permettre à la RDC et à l’Angola de coordonner et de superviser concrètement les opérations pétrolières.

Selon le texte, elle doit être mise en place dans les trente jours suivant la date d’entrée en vigueur du contrat de partage de production (CPP).

Sa composition répond, elle aussi, à une logique de représentation croisée. La commission compte six membres : quatre sont désignés par le comité directeur de la ZIC et deux par le groupe contractant chargé des opérations.

Selon notre expert, cette présence du groupe contractant dans la structure opérationnelle traduit la volonté de faire dialoguer, au sein d’un même mécanisme, les autorités publiques et les acteurs chargés de l’exploitation.

Une règle pour éviter les décisions à effectif réduit

L’accord prévoit également une règle de quorum. Les réunions de la commission des opérations ne peuvent se tenir qu’en présence d’au moins cinq de ses six membres.

Cette disposition, indique l’expert, peut paraître technique, mais elle est importante. « Elle signifie qu’une réunion ne peut pas se dérouler avec une représentation très limitée de la commission. Une large majorité de ses membres doit être présente pour que ses travaux puissent avoir lieu », précise-t-il.

La présidence revient, quant à elle, à une personne désignée par le comité directeur de la ZIC parmi ses propres représentants.

Le schéma se dessine ainsi : le comité directeur assure la supervision générale tandis que la commission des opérations devient l’espace de coordination au plus près de l’activité pétrolière.

Des responsabilités qui restent à préciser

Toutefois, une partie importante du dispositif demeure à construire. Les attributions et responsabilités précises de la commission des opérations doivent encore être définies dans le contrat de partage de production conclu entre le concessionnaire et le groupe contractant. Le fonctionnement de la commission chargée du compte conjoint devra, lui aussi, être précisé par un règlement bilatéral.

Cette situation résume bien l’état actuel de la ZIC : les grandes structures existent, les principes sont établis, mais une partie des règles indispensables à leur fonctionnement reste encore à écrire.

« Cette architecture peut sembler lourde. Néanmoins, elle répond à une réalité simple : la ZIC n’appartient pas à un seul pays et ne peut donc pas être administrée comme un champ pétrolier classique relevant d’une seule autorité nationale », explique un spécialiste du secteur.

Pour ce dernier, d’autres sujets prévus dans l’accord devront également être réglés : douanes, déplacements des personnes et du matériel entre les deux pays, mais aussi contenu local, recrutement, formation et recours aux biens et services nationaux.

Pour les populations, explique-t-il, c’est probablement là que se jouera une partie de la crédibilité du projet. Combien d’emplois seront créés ? Quelle place pour la formation ? Quels contrats pour les entreprises locales ? Quelles infrastructures ? Quels projets sociaux ?

Derrière le langage technique des contrats et des commissions, ce sont ces questions très concrètes qui permettront de mesurer les retombées réelles du pétrole.

La mise en œuvre de la ZIC dépendra donc largement de cette capacité de Kinshasa et de Luanda à transformer les principes de l'accord en procédures concrètes.

Transmission des noms des représentants

En juillet 2026, les deux gouvernements ont transmis les listes des noms de leurs représentants aux différentes structures de gouvernance : commission interministérielle de gestion, comité de direction, commission des opérations et commission de supervision du compte conjoint. Ils ont également convenu de réunir dans les trente jours la commission chargée du compte commun, notamment pour préciser les modalités d’ouverture du compte, choisir la banque domiciliataire et fixer les règles de gestion des recettes.

Le pétrole n’est donc pas encore une rentrée budgétaire. Mais l’architecture destinée à recevoir cet argent commence, elle, à être installée.

Et la frontière maritime ?

C’est probablement la question la plus délicate. L’accord pétrolier ne règle pas le différend frontalier. Il permet de l’éviter temporairement en maintenant le principe selon lequel la coopération énergétique ne préjuge pas de la délimitation définitive de la frontière maritime.

Cette formule, selon l’expert, est à la fois la force et la fragilité du compromis. « Sa force, parce qu’elle permet aux deux pays de coopérer sans exiger au préalable un règlement politique d’un différend ancien. Sa fragilité, parce que la question de la souveraineté maritime demeure en arrière-plan. Le succès du projet dépendra donc aussi de la capacité de Kinshasa et de Luanda à maintenir une relation suffisamment stable pour que le différend frontalier ne vienne pas perturber la coopération pétrolière ».

Pour l’heure, les deux gouvernements ont choisi de distinguer les deux dossiers : exploiter ensemble, négocier séparément.

De l’accord au premier baril : la partie la plus difficile commence

La signature du 22 juillet 2026 peut donner l’impression que le plus dur est terminé. En réalité, elle ouvre une nouvelle séquence.

Il faut désormais rendre opérationnels les organes de gouvernance, finaliser les mécanismes financiers, assurer la coordination avec l’opérateur et le consortium, engager les travaux techniques et confirmer le potentiel économique de la zone. Les autorités n’ont, à ce stade, annoncé ni date de forage ni date de première production.

Il faudra également surveiller les coûts. « Dans un contrat de partage de production, les dépenses engagées par les compagnies peuvent être récupérées à partir du pétrole destiné au recouvrement des coûts. Le niveau de ces coûts aura donc une incidence directe sur la quantité de pétrole-profit disponible pour le partage entre les entreprises et les États », explique l’expert.

Pour les gouvernements, la bataille ne sera donc pas seulement de produire. Elle sera aussi de garantir la transparence des coûts, la bonne application des règles fiscales et la bonne gestion du compte conjoint.

Les attentes de Kinshasa et de Luanda

À Kinshasa, l’attente est évidente : que la ZIC devienne enfin une source concrète de revenus et contribue à diversifier une économie qui cherche à mieux valoriser ses ressources naturelles. Le projet représente également une possibilité de renforcer les compétences congolaises dans l’industrie pétrolière grâce au partenariat avec l’Angola et les opérateurs internationaux.

À Luanda, l’intérêt est tout aussi important. L’Angola consolide son rôle de puissance énergétique régionale et transforme un vieux contentieux maritime en espace de coopération économique.

Pour les deux pays, le pari est de taille. Il s’agit de démontrer qu’un différend territorial peut être géré sans empêcher une coopération économique, que deux États peuvent partager les revenus d’une même zone et que les intérêts nationaux peuvent être articulés autour d’un projet commun.

Pendant des années, la ZIC a été un dossier diplomatique. Elle est progressivement devenue un dossier juridique, puis institutionnel et financier. Elle doit maintenant devenir un projet industriel. Après près de vingt ans d’attente, le véritable compte à rebours commence maintenant.

 

Dani Kianimi
mediacongo.net
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