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Beni: une mission de la justice militaire auditionne les victimes

Beni: une mission de la justice militaire auditionne les victimes 2016-07-17
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Locaux de la CRDH à Oicha, l’un des épicentres des massacres dans le Nord-Kivu.

Près de deux ans après le début d’une vague de massacres sans précédent dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), une mission de la justice militaire auditionne depuis mercredi 13 juillet les victimes et les témoins dans le territoire de Beni et les localités alentours. L’objectif est d’ouvrir au plus vite un procès sur ces exactions.

Le ministre congolais de la Défense l’a promis : toutes les accusations seront prises en compte, y compris celles formulées par le groupe d’experts à l’encontre d’officiers Forces armées de RDC (FARDC). Cette déclaration de Crispin Atama Tabe a rassuré les victimes et leurs familles vivant dans le Nord-Kivu.

« Cette enquête peut vraiment nous éclairer. Lorsque les massacres ont eu lieu, on ne savait qui en étaient les auteurs », confie ce chef coutumier de la banlieue de Beni, ajoutant que « s’il y a un appel à témoin », il est nécessaire de « répondre sans crainte ». Même soulagement pour cet homme qui a perdu son frère : « On serait content de connaître les auteurs de ces massacres, parce qu’on a perdu des proches. »

D’autres habitants des localités où ont eu lieu des massacres remettent en cause l’intervention de l’armée : « Nous pensons que l’armée a pour mission de nous protéger », explique ce Congolais. « Si la hiérarchie a constaté qu’il y a eu dysfonctionnement, ce serait important de savoir les raisons profondes de cette inaction », explique ce jeune homme, qui fait le deuil de son frère. Non loin, un autre homme évoque le rôle de la mission des Nations unies (Monusco). Pour lui, « il est inconcevable que ces massacres se déroulent en leur présence ».

Quel rôle a joué l'armée à Tenambo ?

Une victime qui attend d'être auditionnée par la justice militaire installée dans une école d'Oicha, le 13 juillet 2016. (© Sonia Rolley/RFI)

Pour y voir plus clair, le rôle de certaines unités de l'armée est passé au crible par la justice militaire. Comme à Tenambo, où les interrogations sont nombreuses après le massacre dans lequel neuf civils ont été tués. Le capitaine qui commandait les positions proches de cette localité du territoire de Beni a été mis aux arrêts, a-t-on appris de source militaire.

Et pour cause : cinq habitants se seraient présentés auprès de la délégation de l'auditorat militaire de Goma dès le début de leur enquête sur ces exactions. Ces derniers ont pointé l’inaction des militaires dirigés par le capitaine durant l’attaque. « Quiconque commet une faute mérite une peine. S'il s'avère que l'armée a joué un rôle dans l'exécution de ce massacre, une condamnation est nécessaire. Ce n'est pas possible que les militaires déployés pour notre sécurisation se retournent contre nous », explique cet homme dont la femme a péri dans ce massacre.

Ce sont trois militaires de passage qui ont repoussé les assaillants, et non les positions situées à proximité du lieu du massacre, assurent les habitants de Tenambo. Et ce, malgré une alerte lancée la veille : « Personnellement, je suis allé avertir les FARDC d'une présence ennemie aux alentours. Ils m'ont remercié et m'ont dit de rentrer, assurant qu'ils allaient prendre des mesures. Le matin, nous avons été surpris que l'ennemi ait attaqué aux environs du camp et soit reparti par le même chemin », détaille cet homme.

De son côté, l'armée soupçonne deux habitants disparus la veille d’avoir facilité l'infiltration des assaillants. Ainsi, le capitaine serait sanctionné pour ne pas avoir fait assez pour les empêcher de s'échapper.

Le cas épineux du général Mundos

Le général Muhindo Akili Mundos accusé d'orchestrer les tueries

Le général Muhindo Akili Mundos est accusé d’avoir recruté lui-même des tueurs et ordonné des tueries. « Un général de l’armée de la République démocratique du Congo (RDC) a recruté, financé et armé des membres d’un groupe islamiste ougandais dans le but de tuer des civils. Cela alors qu’il dirigeait une opération militaire contre ces rebelles », concluait un rapport confidentiel remis au Conseil de sécurité de l’ONU. 

Pour ce comité d’experts chargé de l’examen des sanctions visant la RDC, « il est clair que des officiers des FARDC (les forces armées de la République démocratique du Congo) ont été impliqués dans le recrutement et l’armement de groupes impliqués dans les tueries (de civils) ». 

Des accusations déjà rejetées par l'intéressée lui-même qui s'expliquait en mai en déclarant que: « les tueries s’étaient poursuivies après son départ de la direction de l’opération.» 

Du côté de l’armée, ces allégations sont également fermement démenties : « Qu’il soit accusé par une grande structure comme les Nations unies, nous supposons qu’il y a des preuves éloquentes ramassées par les Nations unies. »

Nous voulons aussi voir les officiers arrivés devant la barre pour se justifier » Nous voulons aussi voir les officiers arrivés devant la barre pour se justifier », explique Jean-Paul Ngahangondi, membre de la Convention pour le respect des droits de l’homme.

« Vous savez que le massacre a commencé juste lorsqu’on lui a confié le bateau de commandement des opérations Sokola. A cette époque, il a des témoignages : les militaires étaient presque inactifs, les rebelles opéraient à quelques mètres des positions des FARDC, et l’armée n’intervenait pas. Elle arrivait seulement le matin pour compter le nombre de morts », poursuit le responsable dépêché à Oicha, l'épicentre des massacres.

Pour Jean-Paul Ngahangondi, le changement de l’équipe de commandement de l’opération Sokola est « presque positif », précisant que « cela ne nous rassure pas encore, d’autant plus que les rebelles ne sont pas encore éradiqués, ils sont toujours là».


RFI / Tshangu / MCN, via mediacongo.net
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