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Election de Donald Trump: les réseaux sociaux pris au piège de l'ère de la "post-vérité"

Election de Donald Trump: les réseaux sociaux pris au piège de l'ère de la "post-vérité" 2016-11-18
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A 38 ans, Paul Horner pense avoir influencé l'opinion de millions d'Américains. Comment ? Grâce à son métier: créateur de faux sites d'informations. Depuis sept ans, il inonde Facebook de faux articles, publiés sur de faux sites plus vrais que nature. Des canulars pris au premier degré par nombre d'internautes, voire même par l'équipe de campagne de Donald Trump.

Alors que Google et Facebook ont annoncé leurs intentions de lutter contre la propagation sur leurs plateformes de ces histoires racoleuses et montées de toutes pièces, The Washington Post (en anglais) a interrogé Paul Horner sur ses motivations et sa responsabilité dans l'élection de Donald Trump à la présidentielle américaine.

Le journaliste Paul Horner se faisant passe pour l'artiste Banksy et prétendant qu'il venait de se faire arrêter juste pour créer un buzz

"Mes sites étaient en permanence consultés par des supporters de Trump. Je pense qu'il est à la Maison Blanche à cause de moi", a-t-il estimé. Avant de concéder, sans doute un peu embêté : "Jamais je n'aurais cru possible qu'il soit élu. Je pensais juste semer le désordre dans la campagne (...) Je déteste Trump."

Les fans de Trump "ne vérifient rien et croient en n'importe quoi"

"Mes sites étaient tout le temps consultés par des fans de Trump (...). Ils ne vérifient rien, ils partagent tout et croient en n'importe quoi", explique Paul Horner au Washington Post. Ainsi, quand il a inventé une histoire selon laquelle les amish, une communauté religieuse rigoriste qui refuse le monde moderne, avaient constitué un lobby pro-Trump, cette fausse information a été partagée des milliers de fois, rapporte The Washington Post. Une information d'autant plus absurde qu'en raison de leurs convictions, la grande majorité des amishs ne votent pas... De même, une de ses fausses infos a été tweetée par le fils de Donald Trump et son directeur de campagne, lesquels disposent chacun de centaines de milliers de "followers".

En analysant des données de Facebook, Buzzfeed a démontré qu'à l'approche de l'élection, les internautes avaient partagé davantage de fausses informations que d'articles écrits par de vrais journalistes (8,7 millions de partages de canulars, contre 7,8 millions de partages d'informations.) Parmi les plus partagées, un article assure que le pape soutien Donald Trump, tandis qu'un autre explique qu'Hillary Clinton a vendu des armes à l'Etat islamique, épluche Buzzfeed. Or, on partage davantage de faux articles chez les conservateurs (38%) que chez les libéraux (19%), a révélé une étude réalisée par Buzzfeed en octobre.

Pour le créateur de faux site, les conservateurs constituent donc une cible de choix. Puisque chaque clic sur l'un de ses articles lui rapporte de l'argent, il s'est logiquement mis a écrire des contenus visant particulièrement cet électorat, inventant notamment de nombreux canulars anti-musulmans. Dans un post sur Facebook cité par The Washington Post, Paul Horner lui-même confirme : "Sans rire (...) les gens qui cliquent le plus sur les publicités (...) sont les républicains les plus à droite", soit les électeurs potentiels de Donald Trump.

Les réseaux sociaux pris au piège de l'ère de la "post-vérité"

Le succès inédit de ces faux contenus a donné lieu à un néologisme : le mot "post-truth",("post-vérité" en Français). Elu mercredi mot de l'année par le dictionnaire britannique Oxford, il désigne "des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles".

Ainsi, selon Paul Horner, "les gens sont juste de plus en plus bêtes. Plus personne ne vérifie rien. [Trump] a raconté ce qu'il voulait et les gens l'ont cru. Et quand ces choses se sont révélées fausses, les gens s'en moquaient, parce qu'ils avaient déjà accepté cela [comme des faits]. C'est vraiment effrayant. Je n'avais jamais rien vu de tel", explique-t-il au quotidien américain.

De là à mettre un terme à son activité? Pas du tout. L'homme, qui prétend faire "de la satire", espère simplement que Facebook et Google agiront sur ses sites concurrents, mais pas sur le sien, qu'il estime meilleur : "Les trucs que je fais, j'y investis du temps. Il y a un but et du sens derrière tout cela. Je n'écris pas de fausses informations juste pour le plaisir."

Google et Facebook partent en guerre contre les faux sites d’information

"Si c'est sur le net, c'est qu'il y'a du vrai!" (Extrait du film "Super Troopers",2001)

La victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle a déclenché une polémique sur la quantité et l'influence des informations fantaisistes circulant en ligne. Facebook, et dans une moindre mesure Google, ont été accusés d’avoir contribué à l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en laissant de fausses informations apparaître sur leurs plateformes. Les deux entreprises se sont défendues d’avoir influencé l’élection, mais ont pourtant annoncé le 14 novembre des changements qui doivent permettre diminuer la visibilité de ces faux sites d’actualité.

Face aux accusations d'avoir laisser de fausses informations apparaître sur leurs plateformes, les deux entreprises ont réagi. Si le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a réfuté à plusieurs reprises cette idée, selon lui "assez dingue", sa firme a annoncé mardi, tout comme Google, qu'elle allait désormais lutter contre les sites de "fake news" en les tapant au porte-monnaie.

La méthode: empêcher leurs régies publicitaires de publier des annonces sur les sites publiant des informations fausses et souvent sensationnalistes, une mesure susceptible de les étouffer en les privant de financements. Et pour cause, Paul Horner assure au Washington Post avoir touché jusqu'à 10.000 dollars par mois grâce à Adsense, la régie publicitaire de Google.


France TV / MCN, via mediacongo.net
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