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Attentat de bruxelles : Qu'a-t-on appris au procès de Salah Abdeslam ?

Attentat de bruxelles : Qu'a-t-on appris au procès de Salah Abdeslam ? 2018-02-12
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Salah Abdeslam, lors du premier jour de son procès, le 5 février

A Bruxelles, les débats du procès du seul survivant des commandos du 13 Novembre se sont terminés jeudi soir avec les plaidoiries de la défense. Lefigaro.fr fait le point à l'issue de ce procès hors-norme.

Que pouvait-on espérer du procès de Salah Abdeslam en Belgique? Si l'on en juge par les quelque 300 accréditations délivrées aux journalistes par le tribunal de Bruxelles, les attentes étaient fortes. Le seul survivant des commandos du 13-Novembre était jugé en compagnie d'un compagnon de cavale, Sofien Ayari, pour une fusillade intervenue dans la capitale belge le 15 mars 2016, quelques jours avant leur arrestation. Le procès s'est achevé jeudi soir au terme de sa seconde journée et d'un calendrier chamboulé par rapport aux prévisions initiales.

Voir et entendre Salah Abdeslam

La sobriété de la salle 0.30, où se déroulaient les audiences, était toute indiquée pour l'événement. La majesté du Palais de justice semblait s'être arrêtée à sa porte, tout juste rappelée par les portraits du couple royal belge accrochés aux murs écrus. Rien ne pouvait détourner l'attention de l'événement majeur du procès: la première apparition aux yeux du monde de l'ennemi public n°1, Salah Abdeslam. Il est 8h50 lorsque l'homme de 28 ans fait son entrée dans la salle d'audience. Le silence est glaçant. De grande taille, il est simplement vêtu d'un pull gris et d'une chemise blanche. Par rapport aux rares images dont on dispose de lui, son apparence physique a changé. Ses cheveux ont poussé. Gominés, ils sont plaqués vers l'arrière et terminent sur sa nuque en bouclettes frisées. Ses joues glabres sont maintenant recouvertes d'une barbe drue. Le prévenu est strictement encadré par deux policiers d'élite à l'air sévère, spécialisés dans le transfert d'individus dangereux, encagoulés et entièrement vêtus de noir. Ils ne le quitteront pas des yeux une seule seconde.

Quelle allait être l'attitude d'Abdeslam? C'était la grande incertitude de ce procès. Il avait commencé à s'exprimer face aux enquêteurs belges peu après son arrestation, le 18 mars 2016, mêlant vérités et mensonges éhontés. Il s'était ensuite muré dans un silence dont il n'était plus jamais sorti. Son mutisme avait poussé ses avocats belges et français, Mes Mary et Berton à jeter l'éponge. Le retour du premier pour assurer sa défense laissait entrevoir l'espoir d'un changement d'attitude. Il n'en a rien été pour ce procès, et cela en restera l'une des principales frustrations. Dès son entrée, Salah Abdeslam a affiché sa défiance face à la justice, refusant de se lever lorsque la présidente l'y invitait, prétextant dans un premier temps «être fatigué» à cause de son transfert, avant de refuser de répondre aux questions. N'en prenant pas ombrage, la présidente, habile et presque maternelle, insiste, lui demandant pourquoi être venu s'il souhaite garder le silence. Une question qui déclenche chez l'intéressé sa seule réelle prise de parole du procès. Tirade qui sera sans nul doute encore longtemps analysée. Abdeslam tente d'englober avec lui la communauté musulmane dans sa cause: «Ce que je constate, c'est que les musulmans sont jugés, traités de la pire des manières, impitoyablement, il n'y a pas de présomption d'innocence.»

Sa voix est dure, ferme et teintée d'agressivité. «On m'a demandé de venir, je suis venu tout simplement. Il y a un procès, je suis l'acteur de ce procès, on m'accuse et voilà je suis ici. Je garde le silence, c'est un droit que j'ai, mon silence ne fait pas de moi ni un criminel ni un coupable. Je me défends comme ça, en silence. J'aimerais qu'on se base sur les preuves scientifiques et tangibles, et pas sur de l'ostentation ou sur ce que pense l'opinion publique.» Le prévenu entame ensuite une profession de foi musulmane avant de prononcer ce qui seront ses derniers mots pour ce procès: «Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vos alliés. C'est en mon Seigneur que je place ma confiance. Jugez-moi, je place ma confiance en Allah, je n'ai rien à ajouter.» En voulant en dire peu, Salah Abdeslam en dit finalement beaucoup. Il apparaît comme un soldat fanatisé capturé par un ennemi dont il ne reconnaît pas la légitimité.

Pas de détails sur la cavale, ni les attentats

La tirade d'Abdeslam nous renseigne (un peu) sur son état psychologique. On n'apprendra toutefois rien sur sa cavale ou les attentats de Paris et Bruxelles. Cette question du contexte a pourtant été l'un des débats majeurs de ce procès. L'accusation et les parties civiles estimaient qu'il fallait prendre en compte la phase terroriste dans laquelle évoluent les trois hommes en planque (dans l'appartement avec les deux prévenus se trouvait Mohammed Belkaïd, mort dans la fusillade, considéré comme un important logisticien des attentats de Paris), entre le 13 novembre à Paris et le 22 mars à Bruxelles. Pour eux, la fusillade de la rue du Dries n'est qu'un simple épisode de la funeste série.

La défense s'est au contraire attachée à démontrer que la fusillade n'était pas en elle-même un acte terroriste, ne s'agissant pas, selon l'avocat de Salah Abdeslam, «d'intimider gravement une population», ou de «déstabiliser les institutions d'un pays». Me Sven Mary a invité les juges à se concentrer sur «les éléments factuels, rien que les éléments factuels. La rue du Dries, rien que la rue du Dries» et à rendre leur décision comme «s'il ne s'agissait pas d'Abdeslam Salah mais de Monsieur Dupont». Un argumentaire qui n'a pas convaincu Me Bauwens, des parties civiles, ironisant sur «le bouton pause» qui permettrait au contexte terroriste de s'arrêter avant la fusillade.

Le rôle de Sofien Ayari toujours en question

On espérait en savoir un peu plus sur le rôle joué par le Tunisien Sofien Ayari. Ce n'est pas son interrogatoire, réalisé pourtant encore avec habileté par la présidente, qui nous aiguillera davantage, ce dernier arguant que son rôle se limitait à aller faire des courses en attendant de pouvoir retourner faire le djihad en Syrie. Il a peiné à expliquer ce qu'il faisait dans les planques avec les terroristes les plus recherchés d'Europe. On sait que Salah Abdeslam, qui était alors le chauffeur des terroristes en Europe, est allé le chercher à Ulm, en Allemagne, alors qu'Ayari était de retour de Syrie, le 3 août 2015. Le 13 novembre de la même année, le jour des attentats de Paris, il se rend à l'aéroport d'Amsterdam avec Ossama Krayem, un Suédois d'origine syrienne considéré comme l'un des logisticiens majeurs des attentats de Bruxelles. Simple repérage ou tentative d'attentat avortée? Mystère pour le moment. L'attitude des deux prévenus, bien que différente, mène à un même résultat décevant qui soulève bien des inquiétudes quant au futur procès sur les attentats du 13-Novembre, où il ne faudra pas tout attendre de la parole des terroristes.

Quelle stratégie pour la défense?

Ne s'épanchant pas sur le contexte, les débats ont surtout tourné sur l'implication ou non de Sofien Ayari dans la fusillade de la rue du Dries, son ADN étant partout sur l'une des deux Kalachnikov utilisées pour tirer sur la police. Aucun témoin visuel n'a pu confirmer qu'il avait bien joué un rôle actif. Au-delà du fond, les avocats du Tunisien ont cherché à montrer que s'il avait eu une attitude de terroriste le jour de la fusillade, il aurait cherché à mourir au combat, comme Mohammed Belkaïd, le troisième homme de la planque. Me Isa Gultaslar a ainsi invoqué les exemples de Khaled Kelkal, de Mohammed Merah, des frères Kouachi ou d'Amedy Coulibaly, morts les armes à la main alors que Sofien Ayari a préféré fuir. «Il faudrait aller chercher le numéro de téléphone du comité Nobel, car nous avons là le prix Nobel de la Paix», a ironisé un avocat des parties civiles. Le conseil d'Ayari s'est ensuite livré à une périlleuse énumération de carnages qu'aurait pu commettre son client pendant sa fuite et qu'il n'a pas commis. Les juges devront décider si cela suffit pour ne pas faire de lui un terroriste.

Enfin, est venu le tour de défendre Salah Abdeslam. Jeudi après-midi, la longue file d'attente dans la Salle des Pas-Perdus menant à la salle d'audiences parlait d'elle-même: la plaidoirie de Me Sven Mary était attendue. De nombreuses rumeurs avaient pourtant circulé à cause de l'attitude de son client lundi, laissant entendre qu'il pourrait de nouveau jeter l'éponge. Il n'en a rien été. L'avocat a su rebondir sur ces bruits de couloir pour ouvrir son discours, se demandant: «Pourquoi encore plaider?» L'avocat a honoré sa réputation de redoutable pénaliste, débutant ses deux heures et demie de parole par un débat technique sur les langues employées dans la procédure, le conduisant à demander sa nullité. Cela en vertu d'un argument imparable: «Être le dernier bastion de l'État de droit» face à la «barbarie». Un argument déjà entendu du côté de la défense d'Abdelkader Merah, lors de son procès en octobre dernier.

L'autre axe de la défense développé par Me Sven Mary a été de charger Mohammed Belkaïd, mort lors de la fusillade, et qui n'est donc plus là pour se défendre. Le fait de fuir implique que son client ne peut, selon lui, être considéré comme «coauteur» de la fusillade.

Ces axes de défense suffiront-ils à convaincre les juges? La réponse est attendue avant le 29 avril. La procureure fédérale a requis 20 ans de réclusion contre les deux hommes.

Julien Licourt
Le Figaro
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