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D'où vient cette manie de représenter Jésus en hipster ?

D'où vient cette manie de représenter Jésus en hipster ? 2018-02-22
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D'où vient cette manie de représenter Jésus en parfait hipster archétypal : teint blanc, cheveux long et belle barbe ? Ne vous êtes-vous jamais posé la question de l'origine géographique du personnage ? Le point de vue d'Amaury Levillayer, chercheur en histoire des religions, université de Nantes.

Vous les avez peut-être vues, ces images récentes de Jésus adulte, qu'il s'agisse de l'affiche de Jésus, la fresque musicale de Barratier et Obispo, ou de la couverture d'un mook, sorti fin novembre, version française d'une publication hollandaise montrant un homme barbu, aux yeux bleus et aux longs cheveux auburn : Jésus, hipster archétypal.

Puis vous avez passé votre chemin, n'y voyant rien d'anormal. Remarquez, cela n'est guère étonnant : il suffit d'ouvrir n'importe quel ouvrage d'art religieux chrétien pour y voir s'étaler des milliers de portraits du même type, la différence résidant principalement dans le rendu de l'humanité de Jésus, entre impassibilité et souffrance.

Mais ne vous êtes-vous jamais posé la question de l'origine ethnogéographique de ce fameux personnage ? Ne s'agit-il pas d'un homme né en Palestine ? Et ne savons-nous pas qu'au Ier siècle la Palestine est romaine et que, si les cheveux longs ou mi-longs sont à la mode, moustaches et barbes sont alors proscrites ?

Comment, donc, expliquer cette tradition fort ancienne d'un Jésus au teint blanc, chevelu, moustachu et barbu, si répandue dans les arts chrétiens ? N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Eh bien non.

Le visage redouté de l'autre

Si l'on exclut les allégories des catacombes romaines (tels le Bon Pasteur ou l'Orant) et le graffiti injurieux du Palatin (IIe siècle) montrant un Jésus à tête d'âne, les plus anciennes représentations que nous avons de lui - les fresques de la maison-église d'Europos-Doura en Syrie du IIIe siècle ou la patène en verre de Cástulo du IVe siècle - le figurent en jeune homme glabre avec les cheveux courts et, le plus souvent, bouclés.

D'où vient cette manie du teint blanc, des cheveux longs, de la barbe et de la moustache ? De ce qu'on appelle le « Mandylion », un portrait de Jésus au pouvoir guérisseur, accompagnant une lettre de sa main destinée au roi d'Édesse, Abgar.

Cette correspondance ressortit à une documentation singulière, les écrits apocryphes chrétiens : ce sont des forgeries, des textes de nature diverse fabriqués plus ou moins habilement, majoritairement anonymes ou pseudépigraphes (diffusés sous un nom d'emprunt, illustre de préférence) diffusés sous un nom d'emprunt, illustre de préférence, entremêlant légendes locales et grandes traditions historiques, et qui sont centrées sur des personnages bibliques, à commencer par Jésus et ses proches.

La correspondance entre Jésus et Abgar, apparue peut-être au IIIe siècle, fait partie de ces textes apocryphes méconnus. Elle connaît un franc succès durant tout le Moyen Âge.

Quant au Mandylion, l'ancêtre de toutes les images achéiropoïètes (« non faites de main d'homme », comme le suaire de Turin), opportunément redécouvert à Édesse au VIe siècle, il constitue la source du portrait désormais classique d'un Jésus aux cheveux longs, au teint blanc, barbu et moustachu qui, pour longtemps, va rassurer les croyants européens sur l'homme à l'origine de leurs croyances en permettant qu'ils s'identifient à lui.

Et c'est là le paradoxe de ces images, tout sauf anodines : en niant la réalité historique, elles contribuent à construire, siècle après siècle, une représentation figée et faussée d'un Jésus chevelu, blanc, portant barbe et moustache, empêchant toute mise à distance critique et toute acceptation d'une altérité historique. Il ne manquerait plus, chers suprémacistes blancs d'Amérique, chers « racinés » de France, comme vous appelle Marcel Detienne, que Jésus ait le visage de cet autre redouté qu'est l'Oriental. Et pourtant... »


Ouest France
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