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Les abus d'alcool répétés pourraient multiplier le risque de démence par 3

Les abus d'alcool répétés pourraient multiplier le risque de démence par 3 2018-02-22
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Le risque de développer une démence est multiplié par 3 en cas de consommation excessive d'alcool, en faisant le plus important facteur de risque devant le tabac ou l'hypertension, montre une nouvelle étude française.

La consommation d’alcool dite "nocive" ou "à problème" est définie comme un mode de consommation dommageable à la santé physique ou mentale. L’OMS la définit comme une consommation moyenne régulière de plus de 40 g d’alcool par jour pour les femmes et de plus de 60 g pour les hommes.

Une consommation importante et régulière d'alcool est associée à un triplement du risque de démences, en particulier les démences précoces, selon une étude publiée dans The Lancet Public Health mercredi 20 février 2018 et basée sur des données des hôpitaux français. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 47 millions de personnes environ sont atteintes de démences dans le monde, dont 60 à 70% souffrant de la maladie d'Alzheimer. On parle de démence précoce avant 65 ans.

DU BENEFICE AU RISQUE.

Dans le cas d'une consommation légère à modérée (jusqu'à 3 verres standard pour les hommes et 2 verres pour les femmes), la plupart des études précédentes concluaient sur des relations bénéfiques avec la santé cognitive, même si elle semblait être associée à des lésions cérébrales structurales à des niveaux modérés de consommation d'alcool, indiquent les auteurs de l'étude. Dans le cas de consommation abusive d'alcool, définie par l'OMS et l'Agence Européenne des Médicaments comme au moins 60g d'alcool pur par jour pour les hommes (6 verres) et au moins 40g pour les femmes (4 verres), la plupart des recherches ont montré un effet négatif sur la santé cognitive et un risque accru de démence, mais les méthodologies utilisées empêchaient une conclusion définitive à ce sujet, d'après les auteurs. Les personnes alcooliques refusent en effet, dans la plupart des cas, de participer à des cohortes de recherche médicale.

57% des cas de démences précoces directement attribuables à l'alcool

Pour contourner ce problème, les chercheurs ont utilisé les informations issues du Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information qui renseigne toutes les causes d'hospitalisation. Ils ont ainsi identifié 1.109.343 cas ayant été diagnostiqués comme atteints de démence en France entre 2008 et 2013, dont plus de 57.000 cas de démences précoces, c'est-à-dire se déclarant avant 65 ans. Parmi ceux-là et après exclusion des cas de démences attribuables à une pathologie bien identifiée, 57% étaient soit directement attribuables à des dommages cérébraux liés à l'alcool (39%), soit accompagnés d'une consommation excessive (18%). Alors que pour l'ensemble des adultes hospitalisés, les taux d'alcoolisme étaient évalués à 6,2% chez les hommes et 1,5% chez les femmes. Après avoir pris en compte les autres facteurs de risque de démence, le risque était ainsi multiplié par 3,34 pour les femmes, et 3,36 pour les hommes, ce qui en faisait le facteur de risque modifiable (qui peut être atténué, au contraire par exemple d'une prédisposition génétique) le plus important, "devant le tabagisme ou l'hypertension artérielle", explique l'Inserm dans un communiqué. "Dans l'ensemble, bien que des erreurs de classification et des variables manquantes aient pu biaiser nos résultats, ces biais auraient principalement été dirigés vers une sous-estimation" du risque de l'alcool sur le développement de démences, commentent les auteurs dans la publication.

L'alcool accélérerait la survenue de démences en endommageant le cerveau

Ainsi, concluent les auteurs, la consommation excessive d'alcool devrait être considérée comme l'un des principaux facteurs de risque de ce groupe de maladies. "Nous pensons que l'alcool pourrait précipiter la survenue de ces maladies et accélérer leur progression en augmentant les dommages structurels et fonctionnels dans le cerveau", expliquent dans le communiqué de l'Inserm les auteurs de ce travail.

MAUVAISE HYGIENE DE VIE.

"Les troubles liés à la consommation d'alcool sont probablement associés à une mauvaise alimentation et à un mode de vie, au tabagisme, à la comorbidité cardiovasculaire, à une plus faible observance des traitements médicaux, à la dépression et à l'isolement social possible" est-il commenté dans la revue The Lancet Public Health. "Une question connexe est de savoir si l'importance de la consommation d'alcool et des troubles liés à la consommation d'alcool en tant que facteur de risque varie en fonction de la consommation nationale moyenne d'alcool", continuent-ils, pointant qu'en France la consommation par personne et par an est de 12,2 litres, contre seulement 6,7 litres en Italie et 4,3 litres en Inde.

Un risque qui ne serait pas réversible

"Cette étude fournit de nouvelles données qui suggèrent que les troubles liés à l'alcool sont fortement associés à un risque de démence", a commenté un expert indépendant, le docteur David Llewellyn, cité par le Science media centre. "Mais réduire une consommation importante ne permet pas nécessairement de réduire le risque de démence ou de le retarder" a-t-il nuancé en soulignant que ce type d'étude ne permet pas de démontrer un lien de causalité. "Les résultats de l'étude montrent que le risque de démence demeure inchangé après l'abstinence", commentent les auteurs, corroborant les résultats récents "montrant que la consommation d'alcool entraîne directement des lésions cérébrales permanentes". 

Le dépistage, les interventions brèves en cas de consommation excessive d'alcool et le traitement des troubles liés à la consommation d'alcool devraient ainsi être mis en œuvre pour réduire le fardeau de la démence attribuable à l'alcool, est-il affirmé dans la publication. "Les mécanismes possibles sont nombreux et restent à clarifier. Cette étude interpelle donc une nouvelle fois sur les dangers de l'alcool, suggérant que des mesures préventives supplémentaires pourraient contribuer à réduire le risque de démences et leur coût financier et sociétal", clarifie Carole Dufouil, co-auteur de l'étude.


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