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Le couturier Hubert de Givenchy est décédé à l'âge de 91 ans

Le couturier Hubert de Givenchy est décédé à l'âge de 91 ans 2018-03-12
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L'aristocrate de la mode, Hubert Taffin de Givenchy, est décédé à l’âge de 91 ans.

Son style incarné par Audrey Hepburn a fait le tour de la planète. Un des derniers grands noms de l’âge d’or de la haute couture est décédé ce week-end à 91 ans.

« C’est avec une immense tristesse que Monsieur Philippe Venet vous informe du décès de Monsieur Hubert Taffin de Givenchy, son compagnon et ami. Monsieur de Givenchy s’est éteint dans son sommeil le samedi 10 mars 2018. Ses neveux et nièces et leurs enfants partagent sa douleur. » C'est avec ces mots sobres qu'a été annoncée la disparition de l'aristocrate de la couture.

L’esthète, grand amateur d’art et de botanique, l’homme fidèle à ses amis, à ses chiens, à ses propriétés (qu’il décorait lui-même) s’en est allé. Le couturier, lui, avait déjà tiré sa révérence. Sans tapage, sans narcissisme rétrospectif, mais avec panache. Le 11 juillet 1995, sous les lambris des salons du Grand Hôtel à Paris (devenu, depuis, l’InterContinental), il clôturait son ultime défilé par un hommage à ses 80 ouvrières en blouse de lin blanc juchées sur le podium.

« L’éternel apprenti  » comme il aimait à se qualifier lui-même, le bourreau de travail qui, durant quarante-trois ans rejoignit rituellement ses ateliers dès 7  heures du matin, avait prévenu : «  Je m’arrêterai de faire des robes mais pas de découvrir. La vie est comme un livre. Il faut savoir tourner les pages.  » Pudeur ou sincérité ? Hubert de Givenchy ne trouvait pas sa place dans la nouvelle ère, celle des « bulldozers industriels  ».

Hubert de Givenchy en 1952. (© Nat Farbman/Getty images)

Pourtant nulle amertume chez cet homme, un temps reconverti chez Christie’s, dans les ventes aux enchères de prestige, qui jubilait d’avoir exercé le plus beau métier du monde, à la belle époque, celle «   où les mannequins étaient élégants, où les clientes s’habillaient, même pour aller dans des endroits perdus  ». Tout juste a-t-il longtemps évoqué un regret, celui de n’avoir pas identifié un disciple à qui transmettre son savoir-faire.

Une muse nommée Audrey Hepburn

Le discret célibataire, privé de descendance, se rêvait un fils spirituel dans la couture. Nul doute qu’il ne se reconnaissait pas dans le style parfois outrancier des directeurs artistiques successivement recrutés par LVMH pour prendre la relève : John Galliano, Alexander McQueen, Julian Macdonald, Riccardo Tisci. Jusqu’à Clare Waight Keller, nommée à la direction artistique de la griffe en mars 2017. La Britannique s’était fait un point d’honneur de rencontrer le couturier-fondateur qui, pour la première fois, avait ouvert son cœur à un successeur et lui avait transmis les fondamentaux de son style.

Le défilé haute couture de janvier dernier s’était révélé être un hommage inattendu au legs de « Monsieur » comme on l’appelle encore dans les murs de l’avenue George-V, à son noir puissant, à sa muse Audrey Hepburn. L’empreinte du fondateur, l’aristocrate protestant, réside dans une extrême élégance, tient à une précision chirurgicale dans le dosage des effets. Ni trop, ni trop peu. 

Balenciaga, son maître, lui faisait observer : «   Piquer une fleur, surcharger d’un détail, ce n’est pas de la couture. Mais faire une robe toute simple où il n’y a rien qu’une ligne, c’est de la grande couture.  »

Hubert de Givenchy libère la femme corsetée de l’après-guerre avec une désinvolture très étudiée, une fluidité dans la silhouette amincie. Les encolures se dépouillent, les dos blousent, les lignes tombent précises sur les étoffes légères. Le jeune couturier innove en ajoutant du confort dans la mode. Précurseur du prêt-à-porter de luxe, il invente chez Schiaparelli, où il officie pendant quatre ans, le fameux «   separate  », une ligne de coordonnés -blouse, jupe, veste et pantalon -, que les clientes peuvent ­accessoiriser au gré de leur humeur.

Les salons de la maison Givenchy en août 1970 à Paris. (© Popperfoto/Getty images)

Le talent perce, dès la première collection du couturier en février 1952, détecté par l’œil averti d’Hélène Lazareff, la directrice de Elle, ou celui de Carmel Snow, grande prêtresse du Harper’s Bazaar. Un défilé tout en noir et blanc où évoluent les piquantes amies du couturier parmi lesquelles Bettina Graziani qui donnera son prénom à une pièce destinée à devenir culte, la blouse Bettina.

Une robe de Givenchy, 1954

À quoi tient le succès ? « À l’amitié  », aurait répondu Hubert de Givenchy. La trajectoire du sobre provincial (issu de l’ancienne noblesse du Nord, ce natif de Beauvais y avait installé son usine de parfums) est intimement mêlée à celle d’Audrey Hepburn. C’est elle, l’espiègle actrice aux yeux de biche, qui incarnera à la perfection et avec une fidélité exemplaire le style Givenchy. Elle, qui forgera sa notoriété aux États-Unis où se concentre alors 70 % de sa clientèle.

Un mannequin en ensemble Givenchy dans les pages de Vogue en novembre 1964. (© Bert Stern / Getty images)

Parmi les tenues mémorables de l’actrice, la robe en organdi noir et blanc brodée de fleurs du film Sabrina de Billy Wilder ou le fourreau en soie cloquée assorti d’une capeline et de lunettes noires dans Diamants sur canapé. C’est elle encore, l’amie, la muse, qui prête gracieusement son image à l’Interdit, l’une des toutes premières fragrances de Givenchy.

Un maître, Balenciaga

Balenciaga, son maître, lui faisait observer : «   Piquer une fleur, surcharger d’un détail, ce n’est pas de la couture. Mais faire une robe toute simple où il n’y a rien qu’une ligne, c’est de la grande couture.  »

Autre rencontre décisive, celle de Cristobal Balenciaga. Le disciple qui rêvait de commencer sa carrière chez le célèbre Espagnol croise son maître par un hasard mondain à New York, en 1953. Une profonde estime liera les deux couturiers.

Tour à tour, Balenciaga ouvre ses salons d’essayage à son protégé, lui trouve des locaux voisins des siens à Paris, sur l’avenue George-V, l’encourage à lancer des parfums et lui offre même de recruter ses ouvrières. Et quand, en mai 1968, il décide de fermer sa maison de couture, Cristobal Balenciaga recommande Givenchy à ses bonnes clientes.

Ah, les clientes ! Toute sa carrière, Hubert de ­Givenchy la consacre à ces femmes riches et célèbres, à l’excentricité réjouissante, dans les manières desquelles il puise à l’envi son inspiration. Plus que le couturier, il est le confident de ces extravagantes, le complice des soirées chics et parfois même le conseiller en décoration. Lui, ce descendant qui se serait plu en architecte était réputé pour son goût raffiné en matière de mobilier dont il collectionnait les pièces du XVIIIe comme celles de l’ébéniste Boulle, savamment mélangées à des œuvres d’art contemporain.

Ses amies avaient pour nom Hélène Rochas, la duchesse de Windsor, la comtesse Bismarck, Beatriz Patino, Lauren Bacall ou la milliardaire Bunny Mellon, à qui une chambre de son manoir du Jonchet en Touraine était réservée. Les femmes ont beaucoup compté dans la carrière de ce bel homme, à la stature proche des deux mètres, à commencer par sa mère, jeune veuve qui lui inculqua l’élégance. C’est cette légendaire distinction, cultivée dès l’enfance, qui auréole toute la vie de l’un des derniers grands noms de l’âge d’or de la haute couture.

Ces dernières années, le couturier français s’était investi dans différentes expositions consacrées à son travail. En octobre, à l’occasion de la rétrospective Hubert de Givenchy sise à la Cité de mode et de la dentelle de Calais (62), il confiait encore, dans nos colonnes : « Je n’ai jamais voulu d’une maison de haute couture classique. Mon rêve était de créer une grande boutique, où les femmes pourraient s’habiller avec imagination et simplicité. Des vêtements faciles à porter, même en voyage, réalisés dans des tissus ravissants mais peu coûteux. » Un manifeste qui résonne tant avec notre époque.

Les premières réactions de la Maison à la suite de la disparition de son fondateur

Le couturier français Hubert de Givenchy le 3 juillet 1995 à Paris (© AFP/Archives / Gerard Fouet)

« La Maison Givenchy rend hommage à son fondateur, Hubert de Givenchy, personnalité incontournable du monde de la haute couture française, symbole de l'élégance parisienne pendant plus d'un demi-siècle. Aujourd'hui encore, son approche de la mode et son influence perdurent. Dès sa première collection haute couture, en 1952, Hubert de Givenchy a défendu le principe des separates. Deux ans plus tard, il devenait le premier créateur à lancer une ligne de prêt-à-porter de luxe. Il a également révolutionné la mode internationale en créant des silhouettes à l'élégance intemporelle pour Audrey Hepburn, son amie et sa muse pendant plus de quarante ans. Son œuvre demeure aussi pertinente aujourd'hui qu'alors. Son départ laisse un grand vide au sein de la Maison et du monde de la mode. »

Bernard Arnault, Président-Directeur Général du groupe LVMH, déclare : « Je suis profondément attristé du décès d’Hubert de Givenchy. Parmi les créateurs qui ont définitivement installé Paris, à partir des années 1950, au sommet de la mode mondiale, Hubert de Givenchy a donné à sa maison de couture une place à part. Tant dans les robes longues de prestige que dans les tenues de jour, Hubert de Givenchy a su réunir deux qualités rares : être novateur et intemporel. J’adresse à sa famille et à tous ceux qui l’ont connu mes plus sincères condoléances. »

« Je suis profondément triste d’apprendre la disparition d’un grand homme, d’un artiste, que j’ai eu l’honneur de rencontrer et dont je me suis rapprochée depuis mon arrivée chez Givenchy. Hubert de Givenchy n’était pas seulement l’une des personnalités les plus influentes de l’histoire de la mode, dont l’héritage continue de nourrir la création aujourd’hui, mais aussi l’un des hommes les plus élégants et charmants qui soit. La définition même, selon moi, d’un vrai gentleman qui restera dans mes pensées pour toujours. J’adresse mes condoléances les plus sincères à ses proches. »

Christine Halary
Le Figaro / MCN, via mediacongo.net
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