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Lac Tchad : y a-t-il un espoir de salut pour ce lac en disparition ?

Lac Tchad : y a-t-il un espoir de salut pour ce lac en disparition ? 2018-04-05
Science & env.
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Le lac Tchad – source d’eau pour des millions de personnes en Afrique de l’Ouest – a perdu les neuf dixièmes de sa superficie suite au changement climatique, la croissance démographique et l’irrigation. Mais le vieux plan des années 1980 peut-il encore le sauver ?

« C’est un plan ridicule qui ne pourra jamais se concrétiser ». Beaucoup réagissent ainsi à l’idée d’essayer de remplir le lac Tchad et lui faire revivre sa gloire, son gigantisme d’antan en canalisant l’eau depuis le réseau fluvial du Congo à une distance de 2 400 km.

Des sceptiques au Nigéria, qui ont vu des gouvernements se succéder sans entreprendre la moindre action se demandent si les politiciens de la région s’étaient plutôt assoupis et avaient mis la barre très haut. Mais les ministres de gouvernements et les ingénieurs qui savouraient l’eau minérale dans la capitale Abuja à la récente Conférence internationale sur le lac Tchad ont eu de bonnes raisons de proposer des idées nouvelles.

Le lac Tchad s’est rétréci de 90 % de 1960 à maintenant

 
En cause le changement climatique, la croissance démographique et les irrigations non contrôlées. Son bassin est à cheval entre le Nigéria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, et avait été une source d’eau pour 20 à 30 millions de personnes.

Mais avec l’avancée du désert, chaque année, il devient de plus en plus difficile pour des familles de vivre de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage. L’ONU rapporte que 10,7 millions de personnes vivant dans le bassin du lac Tchad ont besoin d’une aide humanitaire pour survivre.

« Nous étions habitués à voir des champs de maïs le long de la route vers le lac et il y avait sur les eaux un nombre impressionnant de bateaux et des marchés bruyants de poisson tout autour », dit Bale Bura, qui a grandi sur le littoral du lac dans les années 1970 et qui maintenant travaille pour l’Association des pêcheurs du lac Tchad.

Maintenant, de moins en moins d’agriculteurs arrivent à vivre sur ces rivages riches en minerais mais très secs.

C’est pourquoi à Abuja les délégués ont décidé de dépoussiérer le plan proposé pour la première fois en 1982 par Bonifica Spa, un groupe de génie civil italien.

Ce groupe a proposé Transaqua – un plan de construction de 2 400 km de canal pour amener de l’eau des affluents d’amont du puissant fleuve Congo au bassin du fleuve Chari, qui alimente le lac Tchad.

« Silence assourdissant »

Le projet Transaqua couterait $10 milliards à réaliser. (© GROUP BONIFICA)

Selon ce plan, jusqu’à 100 milliards de mètres cubes d’eau par an seront transférés et une série de barrages seront aménagés le long de la route pour produire de l’électricité.

« J’ai dépêché l’un de nos ingénieurs aux États-Unis pour acheter les seules cartes d’Afrique fiables, qui avaient été produites par la US Air Force et qui étaient les seules munies de lignes de contour », Marcello Vichi, l’ingénieur italien qui avait dès le début des années 1980 la mission d’explorer cette idée.

« Au bout de deux ou trois mois d’études, j’ai annoncé au directeur d’alors que le projet était réalisable ».

Il dit qu’en 1985, cinq cents copies de ces plans ont été envoyées aux représentants des gouvernements de chaque pays africain ainsi qu’aux institutions financières internationales. « La réponse a été un silence assourdissant », ajoute-t-il.

La crise humanitaire du Lac Tchad

Mais plus de trois décennies plus tard, des esprits ont finalement commencé à s’intéresser à la question du rétrécissement du lac, forcés par son rapport avec les crises géopolitiques meurtrières nourries par la montée de l’islamisme et les déplacements massifs des populations.

En 2014, je me suis rendu avec un minibus neuf dans la ville de Maiduguri, au nord-est du Nigéria, vers le lac Tchad. Il y avait des véhicules blindés devant et derrière moi, et à côté de moi, un soldat nigérian – dormant à poings fermés. Notre destination était Kerenawa, le tout dernier village que des djihadistes Boko Haram en errance ont terrorisé.

La route devient de plus en plus sablonneuse, et nous entrons dans une région longtemps négligée, portant des signes de projets gouvernementaux abandonnés dans des villages plus chauds et moins bruyants. Des bâtiments ont été brulés et des populations vivent dans la peur, témoins impuissants des tueries perpétrées autour d’elles.

Dans tous les villages, des populations se plaignent qu’il n’y a rien pour les jeunes, que les jeunes ne rêvent de rien d’autre que de partir.

« Des boulots odieux »

Des habitants traversant une branche du lac Tchad

C’est devenu un parfait terrain de recrutement pour les islamistes. L’offre d’une petite somme d’argent et la promesse d’une formation et d’un fusil a persuadé beaucoup à les rejoindre.

Bien sûr, le rétrécissement du lac Tchad n’est pas la seule cause de la montée de la violence extrémiste – nombre de facteurs, y compris la mauvaise gouvernance ont aussi joué un rôle – mais il y a un lien avec cet état des choses.

« Je connais beaucoup de jeunes de mon propre village qui ont rejoint ces groupes », dit M. Bura.

Comme si les délégués réunis à Abuja le mois dernier devaient se rappeler combien critique la question de la sécurité était devenue, plus de 100 jeunes écolières ont été enlevées à Dapchi au Nigéria.

La conférence a décidé que Bonifica et PowerChina, l’entreprise qui a aidé à la construction du barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yangste, devraient finaliser les études de faisabilité. Elle aussi a annoncé que des efforts pour lever un montant de 50 milliards de dollars devaient être entrepris aussitôt pour permettre au Fonds du lac Tchad de démarrer immédiatement.

Bonifica dit que son plan prévoit d’utiliser moins de 8 % du volume d’eau que le fleuve Congo déverse dans l’océan Atlantique et ne présentera donc pas une menace au projet de barrage Grand Inga de la République Démocratique Congo, qui sera la plus grande centrale hydroélectrique du monde si elle est achevée.

Des études d’ingénierie supplémentaires seront nécessaires pour rendre le fleuve Chari capable de contenir ce débit d’eau augmenté. Le projet peut être exécuté en phases, avec chaque phase apportant immédiatement plus d’eau au basin du lac Tchad.

Les autres options qui ont été considérées comprennent le pompage de l’eau en amont à partir de Palambo en République Centrafricaine.

Tout autant que le défi du financement de Transaqua, il y aura aussi la résistance des défenseurs de l’environnement à laquelle faire face. Et même une bonne conduite des études de faisabilité exige la paix.

Des media chinois rapporte que le canal de transfert des eaux aura une largeur de 100 m et une profondeur de 10 m et sera bordé d’une route et d’une ligne de chemin de fer de service.

« C’est un projet qui répond aux besoins en infrastructures du continent africain, qui pourrait peut-être susciter l’émergence d’une réelle renaissance africaine », dit M. Vichi, qui voit tout le long de cette route bordant le canal un vaste potentiel pour l’agro-industrie et l’industrie de transformation de produits agricoles utiles pour les marchés africains et étrangers.

Les ministres savent que la vie devient de plus en plus insupportable pour les populations vivant autour du lac Tchad. C’est pourquoi ils font attention à ces plans pour raviver la question.

 

Will Ross (Trad. mediacongo.net)
BBC / mediacongo.net
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