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Moyen-Orient : pourquoi le régime syrien voudrait-il utiliser une attaque chimique ?

Moyen-Orient : pourquoi le régime syrien voudrait-il utiliser une attaque chimique ? 2018-04-11
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Bachar al-Assad, président syrien

Pourquoi une attaque chimique alors qu’elle risque d’entraîner des frappes occidentales en Syrie ? Le pouvoir de Bachar al-Assad a démenti le recours aux « gaz toxiques » contre Douma mais selon des experts, un tel scénario, s’il était avéré, aurait permis d’accélérer la reconquête du fief rebelle.

Après l’attaque chimique présumée qui a visé samedi Douma, le pouvoir syrien avait rapidement annoncé que les rebelles de Jaich al-Islam, retranchés dans ce dernier bastion insurgé aux portes de Damas, dans la Ghouta orientale, avaient finalement accepté un accord d’évacuation.

Les forces du régime contrôlaient déjà 95% de la Ghouta, à la faveur d’une offensive meurtrière lancée le 18 février et d’accords d’évacuation négociés par l’allié russe. Seule Douma, la plus grande ville rebelle de la région, résistait encore.

« Plutôt que d’aller dans Douma et de finir dans le sang, une attaque aux armes chimiques a été utilisée pour semer la terreur parmi la population [...]. La tactique a marché, et Assad va bientôt régner » sur la ville, estime l’expert de la Syrie Nicholas Heras.

Il était impossible de vérifier de manière indépendante les informations concernant cette attaque présumée qui, selon les Casques Blancs, les secouristes en zones rebelles, et l’ONG médicale Syrian American Medical Society, a fait plus de 40 morts et plus de 500 blessés souffrant de  « difficultés respiratoires ».

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays, n’était pas non plus en mesure d’apporter une confirmation.

Briser le moral

Le régime de Bachar al-Assad, mais aussi ses deux alliés indéfectibles, la Russie et l’Iran, ont nié toute attaque chimique à Douma. Mais les puissances occidentales, États-Unis et France en tête, ont brandi la menace de frappes de représailles.

Le régime « était confronté à la perspective d’un combat prolongé et difficile dans cette zone densément construite, contre un ennemi solide et expérimenté [...] - ou alors utiliser des armes chimiques », confirme l’analyste Faysal Itani.

Cette dernière option s’avère efficace « pour briser le moral et semer la panique derrière les lignes de front », explique le chercheur au centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient.

L’offensive dans la Ghouta était déjà particulièrement sanglante : plus de 1700 civils ont été tués dans le déluge de feu quotidien, selon l’OSDH. Une opération d’une rare violence, même à l’échelle d’un pays déchiré depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350 000 morts.

Et l’enjeu est stratégique : une reconquête de la Ghouta, d’où les rebelles tiraient obus et roquettes sur Damas, constituerait une nouvelle victoire retentissante pour le régime, qui contrôle déjà plus de la moitié du pays grâce à l’appui militaire de Moscou.

La fin de la bataille permettrait aux forces loyalistes de libérer des ressources et de se focaliser sur les autres territoires rebelles : la province d’Idleb (nord-ouest), et celle de Deraa, dans le sud.

« Assad veut que chaque opération s’accompagne des moindres pertes possibles, sinon son armée n’aurait pas les effectifs nécessaires pour marcher sur d’autres zones contrôlées par les rebelles », souligne M. Heras.

Pas rationnelles ?

À plusieurs reprises, le régime et ses alliés ont estimé qu’il était absurde de recourir à des armes chimiques alors que sur le terrain, leurs forces sont victorieuses.

« L’armée, qui progresse rapidement et avec détermination, n’a pas besoin d’utiliser une quelconque substance chimique », avait ainsi rapporté l’agence officielle Sana, citant une « source officielle » immédiatement après le drame de Douma.

Téhéran avait partagé une analyse similaire : « L’armée syrienne a le dessus sur le terrain face aux terroristes armés, l’utilisation d’armes chimiques ne serait pas rationnelle de sa part. »

De son côté, Moscou a accusé Washington de diffuser de « fausses informations pour trouver un prétexte » à une action militaire en Syrie.

En avril 2017, Donald Trump avait ordonné le lancement de missiles Tomahawk contre une base aérienne du régime, au lendemain d’une attaque au gaz sarin, imputée au régime, et qui selon l’OSDH avait tué plus de 80 personnes à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Pour M. Itani, si le régime avait planifié une attaque chimique, « le pire scénario » auquel il pourrait s’attendre serait l’éventualité « d’une autre frappe ciblée et limitée des États-Unis ».

Les réponses de Washington et des Occidentaux jusqu’ici font croire à M. Assad qu’au bout du compte, il « va survivre politiquement et pourra reprendre le contrôle du reste du pays ».


Journal de Montréal
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