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En RDC, une élection très attendue

En RDC, une élection très attendue 2018-08-10
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Après dix-sept ans de règne du président Joseph Kabila, les habitants rêvent d’échapper à la violence et au sous-développement qui frappe ce pays riche où l’on vit pauvrement

La politique, les Congolais en parlent avec humour. Mercredi 8 août, sur les réseaux sociaux, tout le monde était convié à l’enterrement fictif du président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila. Le chef d’État a finalement décidé de passer la main à son dauphin, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary. Après l’annonce, le pays souffle. « Tout ça pour ce menu fretin ? », s’amusent des Kinois, soulagés à l’idée de voir le dirigeant critiqué se retirer après dix-sept ans de pouvoir.

Son dauphin désigné est inconnu du grand public mais peu importe. Les Congolais rêvent d’alternance et l’élection du 23 décembre 2018 éveille l’espoir d’une transition politique. « À Kinshasa, les gens parlent de l’élection dans toute la ville, que vous soyez dans les transports ou dans un bar », témoigne N’landu, universitaire à Kinshasa. « La date du 23 décembre est attendue par tout le monde ».

Joseph Kabila n’a jamais joui d’une grande popularité

Propulsé sur le trône à 30 ans, Joseph Kabila n’a jamais joui d’une grande popularité en RDC. Les Congolais lui reprochent l’instauration d’une nouvelle dictature après sa décision de se maintenir au pouvoir à la fin de son mandat en 2016, et surtout la misère qui gangrène le pays. « Même si on voyait un germe de démocratie, la RDC est un non-État aujourd’hui. Les gens réclament du changement, estime le caricaturiste congolaiKash Thembo. Certains de mes amis ne peuvent plus payer leurs loyers et doivent rentrer chez leurs parents ».

Au quotidien, les habitants de ce géant d’Afrique sont en proie à des difficultés économiques. « Il n’y a pas de travail, les gens sont clochardisés. Certains parents n’ont pas suffisamment d’argent pour envoyer leurs enfants à l’école », constate le caricaturiste. La colère gronde, chaque hausse des prix peut déclencher des manifestations. Le 11 mai 2018, des étudiants ont ainsi protesté contre la hausse du coût des transports communs décidée par le gouverneur de Kinshasa.

La répression policière qui a suivi n’a pas découragé les opposants. « Avant, les agents de sécurité contrôlaient les téléphones des jeunes dans les rues. Maintenant, ils ne peuvent plus le faire car ces derniers sont prêts à se battre », poursuit Kash Thembo.

Les jeunes semblent moins frileux que leurs aînés

Ayant grandi sous l’ère Kabila, les jeunes du pays semblent moins frileux que leurs aînés. « À partir de 2006, la RDC a connu des périodes d’ouverture notamment dans le milieu de la presse. Mais le pouvoir a freiné ces libertés auxquels les jeunes ont goûté et ils ne sont pas près d’y renoncer », explique le père Clément Makiobo Malelo, secrétaire général de la commission Justice et paix de la Conférence des évêques du Congo (CENCO).

Les Congolais ont de quoi être énervés. La RDC est un pays riche en minerais précieux où l’on vit pauvrement. Elle est classée au 176e rang (sur 187 pays) de l’indice de développement humain des Nations unies et des millions de personnes ont été déplacées par les violences dans l’Est. « On a connu des crises, des guerres et des meurtres de défenseurs de droits humains. À Beni, dans l’Est, il y a eu des massacres. On a pleuré pendant beaucoup de temps », déplore le poète congolais Viteghe Volonté, qui vit dans le Nord-Kivu, à une cinquantaine de kilomètres de Beni.

Aux yeux de beaucoup, Joseph Kabila a échoué sur tous les plans ou presque. « Le seul point positif, c’est qu’on a eu le droit à nos premières élections démocratiques en 2006. Elles ont encore beaucoup de coquilles mais on aura au moins appris à voter avec Joseph Kabila », estime l’homme de lettres.

Des scrutins entachés d’irrégularité en 2006 et 2011

En 2006 et 2011, les scrutins étaient entachés d’irrégularités. Cette fois, les Congolais espèrent des élections justes et inclusives. Mais le refus de laisser entrer Moise Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, a semé quelques doutes sur la validité du scrutin.

Accusée d’être inféodée au pouvoir, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’inspire pas confiance. Les machines à voter qui permettront de choisir la photo des candidats sur un écran tactile et d’imprimer les bulletins sont l’objet de vives inquiétudes. « J’espère que ces machines à voter ne sont pas de machines à voler », lance le père Aurélien Kambale Rukwata, directeur de la commission Justice et paix du diocèse de Butembo-Beni.

Historiquement, l’église catholique joue un rôle central dans le respect de la Constitution, n’hésitant pas à s’élever contre les dérives autoritaires du régime. Plus de 40 millions de Congolais – la moitié de la population – se déclarent catholiques. À plusieurs reprises, les fidèles n’ont pas hésité à braver la répression à l’appel de l’église.

Une église bien organisée à travers des foyers communautaires

Le journaliste Kash Thembo était à la messe organisée à la paroisse Saint-Alphonse de Kinshasa, le 31 décembre 2017, au cours de laquelle des policiers sont intervenus. « Des mamans entonnaient des chants en bravant les gaz lacrymogènes », se souvient-il.

C’est l’église, par le biais de la Conférence des évêques, qui a piloté et défendu l’accord de sortie de crise - dit de la Saint-Sylvestre - signé le 31 décembre 2016 entre le pouvoir et l’opposition. « L’église est bien organisée à travers des foyers communautaires et les gens lui font confiance. Aujourd’hui, c’est elle qui a pris le relais de l’opposition », explique l’activiste Carbone Beni, arrêté le 30 décembre 2017. L’homme témoigne par téléphone depuis la prison de Makala, le plus grand pénitencier de Kinshasa, où sont incarcérés des opposants au pouvoir.

Loin dans l’Est, la crise politique qui secoue la capitale n’a guère d’importance au regard de la violence des groupes armés. « Notre grand problème c’est l’insécurité généralisée, la corruption, les injustices et la pauvreté conséquente, témoigne l’évêque d’Uvira, Mgr Sébastien Muyembo. Au Nord et au Sud Kivu, au Kasaï, en Ituri, dans le grand Katanga, il y a des tueries, des kidnappings, des massacres et des pillages de nos ressources ».

« On dit ici que ventre affamé n’a point d’oreilles »

Devant l’urgence humanitaire, les problèmes de sous-alimentation, d’accès à l’éducation ou aux structures sanitaires, les rivalités entre les partis ou la désignation d’un successeur au président Kabila apparaissent bien secondaires. « Certains s’investissent en politique, mais c’est une infime minorité », reconnaît l’évêque. « On dit ici que ventre affamé n’a point d’oreillesPlutôt que des hommes forts, l’Afrique a besoin d’institutions fortes ».

En milieu rural, les gens restent encore largement sous-informés et sont plus enclins à obéir aux directives des agents du pouvoir. « Le pouvoir distribue de l’argent aux jeunes désœuvrés, qui n’ont pas d’opinion et préfèrent s’enrichir, regrette Théodore Kaminar, professeur à l’université de Kinshasa. Pour eux, c’est l’occasion de faire le plein. Les gens ont besoin d’alternance mais ils n’ont pas les moyens pour qu’elle soit réelle ».

Les dates clés du régime Kabila

Janvier 2001. À l’âge de 30 ans, Joseph Kabila est investi président après l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila.

29 octobre 2006. Premières élections libres depuis l’indépendance de la Belgique en 1960. Joseph Kabila est élu face à l’ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba.

28 novembre 2011. Joseph Kabila est réélu lors d’une présidentielle à un tour. Arrivé deuxième, l’opposant Étienne Tshisekedi rejette les résultats des élections.

Du 19 au 22 Janvier 2015. Des manifestations éclatent à Kinshasa contre une révision de la loi électorale susceptible d’entraîner un report de la présidentielle. La répression fait plusieurs dizaines de morts.

31 Décembre 2016. Pouvoir et opposition signent un accord sous l’égide de l’épiscopat catholique pour apporter un répit à la crise congolaise.

5 novembre 2017. La commission électorale annonce plusieurs scrutins, dont le scrutin présidentiel, pour le 23 décembre 2018.

Audrey Parmentier
La Croix / MCP, via mediacongo.net
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2 commentaire(s)

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askots | AJTBIE6 - posté le 11.08.2018 à 10:33

Audrey Parmentier. Des analyses pareilles sont destinées à désorienter le peuple congolais afin qu'il voie en Kabila celui qui est à la base de ses souffrances, afin de le maintenir soumis à ceux qui veulent pérenniser la colonisation de notre pays.Il aurait mieux fallu de décrire dans quel état se trouvait le pays lorsqu'il est arrivé au pouvoir, qui sont les artisans de cet état, ont ils lâché prise, dans quel état est le pays actuellement? En ce qui concerne la liberté d'expression, connaissez vous la chaîne CCTV où Safu et un certain Mike peuvent injurier à longueur des journées sans qu'ils ne soient contredits? Juste un exemple.

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Le sage | SD3Y66Q - posté le 11.08.2018 à 10:27

Que dit Kengo sur le choix de Shadari? La RDC ne mérite pas un certain Shadari comme président. C'est un chanvrier et je le dis sur base factuelle. Ce n'est ni rumeur, ni spéculation. Je connais personnellement Shadari. Je sais comment il passait ses journées à se droguer dans une chambre de la paroisse catholique "Saint Pierre" de Kalima où il logeait au maniema alors qu'il accompagnait en 2006 Vital Kamerhe encore au PPRD pour battre campagne au nom de kabila. Il était le directeur de campagne de kabila au maniema. C'est une malédiction si on réussissait à nous imposer ce chanvrier. Kamerhe et les pretres de ladite paroisse peuvent certifier ceci car ils savent de quoi je parle.

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