
Monde
Le président haïtien Jovenel Moïse s'est exprimé jeudi soir pour la première fois depuis le début des manifestations qui secouent le pays. Il a rejeté à ce stade toute démission et appelé l'opposition au dialogue.
En Haïti, le président Jovenel Moïse est sorti jeudi 14 février de son silence, après une semaine de manifestations violentes réclamant sa démission et ayant fait sept morts depuis le 7 février.
"Je ne laisserai pas le pays aux mains des gangs armés et des trafiquants de drogue", a déclaré le chef de l'État, s'exprimant en créole par le biais d'une allocution pré-enregistrée diffusée sur la télévision d'État TNH.
Le département d'État américain a en même temps annoncé le rappel de ses diplomates non essentiels et de leurs familles basés en Haïti et a exhorté les citoyens américains à ne pas se rendre dans le pays. Jeudi, le Canada avait fermé son ambassade pour une durée indéterminée. Une centaine de touristes québécois restaient dans leur hôtel en bord de mer, faute de sécurité suffisante pour rejoindre l'aéroport de Port-au-Prince.
À l'issue du discours présidentiel, des tirs sporadiques ont résonné à travers différents quartiers de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, alors que des barricades enflammées étaient à nouveau dressées sur certaines rues principales, selon les témoignages de riverains recueillis par une journaliste de l'AFP.
La colère populaire se cristallise autour de la personne de Jovenel Moïse. Au pouvoir depuis deux ans, celui-ci rejette à ce stade toute démission ainsi que toute idée de céder le pouvoir à un régime de transition. "Nous avons déjà connu une série de gouvernements de transition qui ont donné un paquet de catastrophes et de désordres", a déclaré le président haïtien.
Appelant ses opposants au dialogue pour trouver une issue à la crise, il a assuré qu'un "paquet de mesures a été pris par le gouvernement : j'ai demandé au Premier ministre de venir les expliquer et les appliquer rapidement pour soulager notre misère".
Le mécontentement populaire a été exacerbé par la publication fin janvier d'un rapport de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements de près de deux milliards de dollars du fonds Petrocaribe, un programme d'aide offert à Haïti par le Venezuela depuis 2008.
Une quinzaine d'anciens ministres et hauts fonctionnaires ont été épinglés. De même qu'une entreprise dirigée à l'époque par Jovenel Moïse, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d'une route dont le contrat n'a pas été retrouvé par les juges ayant réalisé l'audit.
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