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Islam : pourquoi il est faux de considérer le Coran comme antisémite

Islam : pourquoi il est faux de considérer le Coran comme antisémite 2019-02-21
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Un juif et Un musulman, XIXe siècle. © Bridgeman

Dans son livre Les Juifs dans le Coran*, l’islamologue Meir Michael Bar-Asher observe que chaque sourate du Coran est empreinte d’éléments bibliques, juifs ou chrétiens, et que les rapports entre islam et judaïsme sont bien plus complexes que la caricature qui en est souvent faite.

La place des juifs dans le Coran constitue un sujet brûlant aujourd'hui. Pourquoi ?

Tout d'abord, parce que ce sujet traite de deux religions, chacune portée par un peuple. Ces deux peuples que sont les Arabes et les Juifs se sont combattus à divers niveaux, non seulement au siècle dernier, mais dans plusieurs moments de leurs histoires respectives. Les problématiques évoquées dans l'ouvrage sont, pour certaines, cristallisées par le conflit israélo-palestinien, bien que ce conflit ne soit pas nécessairement d'ordre religieux. Pourtant, à plusieurs reprises, des penseurs des deux côtés ont tenté de donner une facette essentiellement religieuse à ce conflit. Ces penseurs ont dépeint cette situation d'opposition entre Juifs et Arabes par une terminologie et une conceptualisation religieuse. C'est de cela dont on hérite aujourd'hui, et qui rend la question si complexe et prenante. 

Comment sont nommés les Juifs dans le Coran ?

Chacune des dénominations des Juifs dans le Coran implique une conception particulière de ce groupe. L'un des termes qui est abondamment utilisé est le terme Banû Israʼîl, que l'on peut traduire par « fils d'Israël » ; ce terme désigne les anciens israélites cités dans la Bible. Lorsque le Coran raconte des événements se rapportant à cette période, c'est presque toujours ce terme qui est utilisé pour désigner les ancêtres des juifs. C'est lui que l'on retrouve dans ce verset : « Ô Fils d'Israël, n'oubliez pas la grâce dont je vous ai comblé en vous choisissant parmi toutes les nations » (s. 2, v. 122). Un autre terme, yahud, désigne les juifs dans un sens plutôt péjoratif. Ce terme est très répandu dans les sourates médinoises, donc ultérieures, les plus hostiles aux juifs et aux chrétiens. Un troisième terme présent à plusieurs reprises est celui d’ahl al-kitâb, « peuple du Livre », qui désigne par moments juifs et chrétiens. Ce terme est tantôt positif, tantôt négatif : il évoque parfois le don de la Torah aux juifs, mais rappelle aussi « l'âne chargé de livres » qu'est le peuple juif ayant reçu le don de la révélation, tout en étant incapable de le porter proprement. On voit donc que chacune de ces trois dénominations implique une conception de ce qu'est le judaïsme par rapport à l'islam. 

Quelles étaient les relations entre Juifs et Arabes dans l'Arabie préislamique ?

Avant Mahomet, les Juifs étaient établis dans la péninsule arabique, principalement au sud, dont les Juifs yéménites seraient les descendants, et dans le Hedjaz, c'est-à-dire au nord-ouest de la péninsule où l'islam est né. On peut estimer que les Juifs dominaient une grande partie de l'Arabie ; ils s'appuyaient sur le royaume juif d'Himyar, établi dans l'actuel Yémen. Les rapports culturels et commerciaux entre Juifs et Arabes étaient intenses jusqu'à l'Hégire (l’exil). Ces éléments sont importants car ils constituent l'arrière-plan culturel auquel Mahomet est confronté en Arabie. Quelques chercheurs diraient même la chose suivante : le Prophète a choisi d'émigrer en 622 à Médine, une région fortement peuplée de Juifs, car il comptait sur ces derniers pour le rejoindre autour d'une conception nouvelle du monothéisme. Mahomet a sans doute estimé qu'il serait accepté par les Juifs du Hedjaz. On constate également la pensée politique fine de Mahomet lorsqu'il envoie vers 616 un groupe de ses adeptes à destination du royaume chrétien d'Éthiopie, pour les mêmes raisons. La forte présence de juifs et de chrétiens en Arabie à l'époque du Prophète explique l'omniprésence d'éléments bibliques, juifs ou chrétiens, dans chaque sourate du Coran. 

L'islam a-t-il hérité de pratiques issues du judaïsme ?

Du point de vue philologique et historique, c'est certain. Au-delà des éléments bibliques, on peut déjà dire que l'islam, au même titre que le judaïsme, est une religion « légale », centrée sur la loi et les commandements, à l'inverse du christianisme. La jurisprudence, le rôle de la halakha ou de la sharia est fondamentale dans ces deux religions, et des ressemblances s'ensuivent, mais elles s'arrêtent à un certain point. Au début de la prédication de Mahomet, on voit un désir de se rapprocher des pratiques juives. Une fois passé le moment où la majorité des juifs refuse de le suivre, s'exprime un désir d'émancipation de l'islam par rapport au judaïsme et au christianisme. Cela est naturel : toute religion doit finir par affirmer son indépendance vis-à-vis des traditions passées dont elle hérite. Pour donner un exemple : au départ, la direction de la prière pour les musulmans est Jérusalem ; une fois consommé le divorce entre les juifs et les premiers musulmans, La Mecque devient la nouvelle direction pour la prière. On voit clairement ici les deux étapes : ressemblance, puis différenciation. 

Le Coran est-il « antisémite » ?

Il est faux et anachronique de considérer le Coran ainsi, et certains le font dans un but de propagande contre l'islam. Tout d'abord, le terme « antisémitisme » fait référence à un phénomène ultérieur, tandis que l'antijudaïsme a lui été présent bien plus tôt. J'aurais dit, à la limite, qu’il y a dans le Coran des versets qui peuvent servir à nourrir une pensée antisémite. Mais dire explicitement que le Coran est un texte antisémite, c'est totalement faux. Je vis mal cette conception en tant que juif : je lis le Coran depuis mon adolescence avec beaucoup d'intérêt. Je l'ai appris avec des Arabes, je l'enseigne à l'université hébraïque de Jérusalem et en d'autres endroits du monde depuis plus que trente ans... J'ai beaucoup de respect pour ce texte qui m'a énormément appris. Il y a des passages extraordinaires dans le Coran : par exemple « le verset de la piété » (s. 2, v. 176) ou « le verset du Trône » (s. 2, v. 255). D’autres me gênent en tant que juif, comme ils gêneraient un chrétien, ou tout simplement un être humain ! On peut dire exactement la même chose de versets bibliques qui sont violents, inacceptables, sans remettre en cause l'intérêt de ces Écritures. 

Le Coran semble donner une image paradoxale des juifs. Comment dépasser ce paradoxe ?

Lors d'un séminaire sur ce thème, un étudiant musulman chiite m'a dit la chose suivante : « Je pense que cela vaut la peine que les sages musulmans adaptent ou suppriment la sourate 9 du Coran (la plus tardive, et donc la plus polémique vis-à-vis des juifs et des chrétiens) , pour aider à construire une autre image du judaïsme et faciliter la rencontre. Qu'en pensez-vous ? » Je lui ai répondu que je suis contre toute altération d'un texte canonisé. Il y a des millions de personnes qui croient en la sainteté du Coran, on ne peut donc rien y changer. Ce qu'on peut changer en revanche, c'est notre attitude face au texte. Le fait qu'il y ait un paradoxe est, d'après-moi, une clé vers la solution. Le Coran s'exprime de diverses manières sur les juifs, les chrétiens, sur bien d'autres sujets aussi. Pour comprendre ces apparentes contradictions, il faut les ramener à leur contexte initial : les polémiques contre les juifs sont à replacer dans le contexte de la prédication de Mahomet dans une région donnée, durant une époque donnée, et ne doivent pas être considérées comme une généralisation sur qui sont les juifs. Le fait que le Coran semble paradoxal et contradictoire constitue en vérité un remède au littéralisme. 

Meir Michael Bar-Asher a été jusqu’à récemment le directeur du département de Langues et littératures arabes à l'université hébraïque de Jérusalem. Il a dirigé l'Institut d'études asiatiques et africaines de cette même université ainsi que l'Institut Ben-Zvi pour l'étude des communautés juives en Orient. Il a également présidé le Comité professionnel pour l'enseignement de l'arabe du ministère israélien de l'Éducation.

Raphaël Buisson-Rozensztrauch
Le Monde / MCP, via mediacongo.net
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