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Les salariés du quartier industriel, victimes d’un système rongé par des spécificités

Les salariés du quartier industriel, victimes d’un système rongé par des spécificités 2019-03-12
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Ils sortent très tôt le matin et ils rentrent souvent tard dans la soirée. Ils viennent des quartiers populaires de Kinshasa. Ils font le trajet aller et retour du centre-ville ou du quartier industriel de Limete à bus ou à pied. Dans les cités-dortoirs où ils habitent, ils passent pour des salariés, au sens propre du terme, mais, en réalité, ils ne sont que des contractuels précaires, des intermittents. Chaque matin, ils sont nombreux à former des piquets par centaines devant les usines, les chantiers de construction, les entrepôts, les commerces… en quête du travail. 

Ils, ce sont tous ces employés des industries brassicole, alimentaire et non alimentaire, manufacturière, installées principalement à Limete (quartier industriel et Kingabwa) et au centre-ville de Kinshasa. Ce sont des employés de surface, manutentionnaires, caissières, magasiniers… En dépit de difficultés dans plusieurs secteurs de l’activité économique, comme l’industrie, le commerce alimentaire et non alimentaire constitue toujours un débouché important, notamment sur des postes peu qualifiés et aux rémunérations modestes. D’où un turnover (rotation de l’emploi et renouvellement du personnel) élevé, surtout chez les jeunes. Le turnover favorise l’apparition de nouvelles compétences, en même temps qu’il fait partir celles existantes, expliquent des spécialistes.

Plan d’urgence du président

Dans le volet Emploi du Programme d’urgence pour les 100 premiers jours du chef de l’État, il est prévu l’achèvement de la construction de l’incubateur pilote de petites et moyennes entreprises (PME) à Limete, le quartier industriel par excellence de Kinshasa. Concrètement, il s’agit d’initier les jeunes aux métiers et activités créatrices d’emplois, à l’entreprenariat et à la création de PME/PMI ; de créer en 5 ans 17 000 emplois directs sans compter les emplois que créeront les entrepreneurs ainsi formés. 

Dans la foulée, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a inscrit dans son programme d’urgence de ses 100 premiers jours, la relance du Service national (SN) créé à l’initiative de Laurent-Désiré Kabila, ancien chef de l’État assassiné en janvier 2001, la redynamisation de l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) et la mise à la retraite honorable des agents publics éligibles. Cela à l’impact de la création massif d’emplois, renouvèlement de la main-d’œuvre technique qualifiée et de rajeunissement des agents et fonctionnaires de l’État. Coût : 1.8 million de dollars qui proviendront du financement public (gouvernement). 

Le marché du travail en République démocratique du Congo est bloqué et rongé par des spécificités. Le taux de chômage reste dramatiquement élevé. « Depuis une vingtaine d’années, le chômage en RDC n’est jamais retombé, même dans les bonnes périodes de conjoncture internationale », constate le chercheur Alain Ndombele, doctorant en sciences du travail et spécialiste des villes. « Il faut donc un choix clair des institutions », pense-t-il.

D’après lui, il y a comme une préférence chez les gouvernants congolais. Cette préférence consiste finalement à protéger les personnes en contrats de durée indéterminée (CDI) par rapport à celles qui sont en contrats à durée déterminée (CDD) et au chômage. C’est-à-dire le gouvernement semble favoriser les gens qui sont en emploi stable et qui ont une plus grande stabilité géographique. On en connaît les victimes : les jeunes de 20 à 35 ans et les personnes de plus de 50 ans, qui font face à un très faible taux d’emploi d’activité. « Ce sont les victimes visibles », déclare Ndombele. Qui se félicite d’ailleurs de l’approche du Programme d’urgence du président de la République consistant à créer de nouveaux emplois. En réalité, explique-t-il, le gouvernement encourage un certain type de travail, qui est le travail précaire. Pourquoi ? « Les entreprises préfèrent souvent utiliser les contrats précaires (temporaires), parce que cela leur donne de la flexibilité dans la gestion de leur personnel. Aujourd’hui, presque 90 % des créations d’emplois se font en CDD. Et, demain, ce phénomène pourra être encore davantage dû aux mutations technologiques rapides liées à l’intelligence artificielle », fait-il remarquer. Et d’ajouter : « De nombreux emplois pourront être détruits dans deux, cinq ou dix ans. Sachant cela, les entreprises seront plus réticentes à engager des gens avec le CDI : il n’y aura plus que des CDD. »

CDD, mauvais emplois

Est-ce si grave ? « Oui, car les CDD sont de mauvais emplois. Parce qu’ils ne génèrent pas assez de formation, créent de l’instabilité pour « le salarié du quartier industriel » (avec, de manière concomitante, un accès limité au logement, en location ou en achat parce que le salarié en contrat précaire ne touche que de 1 700 à 3 000 FC/jour) et l’entreprise. Et parce qu’ils provoquent du chômage », souligne Ndombele. 

Pour lui, de plus en plus, les emplois dans le quartier industriel de Kinshasa, voire aussi le quartier commercial, sont « permittents » : 15 à 30 jours de travail, 15 à 30 jours de chômage. Cela coûte très cher à la société. Comment ? « Ce n’est pas bon pour le salarié lui-même, mais ce n’est pas une bonne chose pour l’entreprise non plus, parce qu’elle se sépare souvent de gens qui donnent satisfaction. Par prudence, elle préfère les emplois précaires pour se donner une flexibilité que le CDI n’offre pas assez », observe ce chercheur. La flexibilité du personnel étant entendue comme la disponibilité quantitative, qualitative et géographique de la ressource. 

 
Ainsi, les travailleurs du quartier industriel de Limete viennent de sa périphérie, c’est-à-dire les communes de Ngaba, Matete, Lemba, Ndjili, Masina, Kisenso, Kimbaseke… Par contre, les travailleurs en contrats précaires du centre-ville viennent de partout, parce que c’est le centre des affaires de la capitale. Et en matière d’incitation à recruter de la part des entreprises, les réformes du marché du travail supposées ou réelles ne donnent pas encore des résultats. « Tout d’abord, une réforme met souvent du temps pour produire des effets, ne serait-ce que parce que les agents économiques veulent s’assurer de sa pérennité. Ensuite, il ne faut pas envisager les réformes du seul point de vue du taux de chômage. Même s’il est important, il faut prendre en compte beaucoup d’autres indicateurs, comme le bien-être au travail, la flexibilité, la compétitivité, le coût pour l’État », note encore Alain Ndombele.

Qui prévient que la mondialisation est déjà vécue ailleurs comme une source de chômage, même si cela n’est pas encore effectivement. Mais, à côté de la mondialisation, s’ajoute aussi dans ces causes le progrès technologique. Ce n’est pourtant pas un phénomène nouveau… Cela fait effectivement déjà deux siècles que l’on observe que le progrès technologique prend les emplois. Mais s’il est vrai qu’il en détruit, il en crée aussi beaucoup. « Il ne faut pas être trop inquiet de la mondialisation ou du progrès technologique. La richesse globale augmente. En revanche, il existe un problème de transition mais aussi de perdants à l’intérieur de ce phénomène », déclare-t-il. L’intelligence artificielle, notamment, ne risque-t-elle pas d’accélérer les destructions d’emplois ? Affirmatif, ajoute-t-il. « La destruction des emplois, qualifiés ou non, va être très rapide, plus qu’auparavant. C’est la seule différence que l’on peut noter avec ce qui s’est passé dans les deux cents dernières années. Ces nouvelles technologies, parmi lesquelles on compte l’intelligence artificielle, permettent effectivement de se passer d’un certain nombre d’emplois qualifiés ou pas. Par exemple, un médecin généraliste aura des problèmes dans un avenir proche, puisqu’un logiciel bien conçu pourra effectuer une grande partie du travail ».

En Chine, par exemple, Ant Financial, la filiale bancaire d’Alibaba, permet à des millions de PME chinoises d’emprunter jusqu’à 4 000 dollars, et donne la réponse à leur demande de prêts en une seconde. Il n’y a pas un seul humain qui soit impliqué dans ce processus. C’est simplement un logiciel, fonctionnant avec des bases de données très importantes, qui prend la décision. Pas trop mal, d’ailleurs, puisque le taux de défaillance est d’environ 1 %, un chiffre plus faible que pour les prêts réalisés par d’autres établissements chinois. 

Ce système permet donc beaucoup d’efficacité économique, mais malheureusement pas de créer des emplois dans les banques. Les emplois créés, eux, sont ailleurs : ces millions de PME qui, grâce aux financements obtenus, ont pu générer de nouvelles activités. Dans le monde bancaire, par exemple, beaucoup d’emplois ont disparu et vont encore disparaître du fait des technologies de l’information. À la fois pour les postes qualifiés et non qualifiés. Il faut donc que les gens puissent passer d’emplois détruits à des emplois créés.


BUSINESS ET FINANCES / MCP, via mediacongo.net
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