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Julienne Lusenge, la militante congolaise qui veut arrêter les viols

Julienne Lusenge, la militante congolaise qui veut arrêter les viols 2019-04-24
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Julienne Lusenge, militante congolaise des droits de l’homme, présidente du groupe Sofepadi et directrice du Fonds des femmes congolaises lors d’une conférence de presse à Genève.

« Les groupes armés utilisent les corps des femmes comme un champ de bataille ». Cette phrase est de Julienne Lusenge, militante congolaise qui s’engage depuis trente ans en faveur des femmes victimes de violences dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

La présidente de l’association Solidarités des femmes pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI) et Directrice du Fonds pour les femmes congolaises (FFC) était à Genève ce lundi 25 février 2019, aux côtés du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et de Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Lors de cet événement organisé en marge de la 40e session du Conseil des droits de l’homme, l’ONU et le CICR ont ainsi demandé aux gouvernements de prendre des mesures concrètes face au fléau des violences sexuelles liées aux conflits.

Cette activiste est engagée depuis trois décennies dans cette bataille pour faire cesser les violences sexuelles en RDC. Heureuse d’être aux côtés de M. Guterres et M. Maurer « afin de porter la voix des victimes et des survivantes des violences sexuelles qui sont aussi des agents de changement », Mme Lusenge admet que cet engagement des Nations unies « donne plus de visibilité au problème des violences sexuelles ».

Par contre, elle attend de voir les retombées au niveau local. Il faut voir comment cet engagement va se traduire concrètement « au niveau local pour que les groupes de femmes et les différents acteurs travaillent effectivement pour donner des services, mais aussi pour prévenir ces violences sexuelles », a-t-elle déclaré.

Les Congolais engagés dans ce combat travaillent au quotidien « sur plusieurs fronts parce que la question des violences sexuelles, ce n’est pas seulement soigner la femme, ce n’est pas seulement réparer les fistules. Les violences sexuelles, ça affecte tout le corps, toute la communauté, toute la famille. Donc nous devons travailler sur tous ces aspects pour répondre à cette question », fait-elle valoir dans un entretien accordé à ONU Info.

Photo ONU/ Jean Marc Ferré
Le Secrétaire général António Guterres (au centre) avec Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), et de Julienne Lusenge, militante congolaise des droits de l'homme, lors d'une conférence de presse.

En février, 28 enfants victimes dont un bébé de 2 ans dans un centre à Bunia

L’Est de la République démocratique du Congo est régulièrement meurtri par des brutalités dont les principales victimes sont des civils. Dans ce contexte, les femmes subissent de plein fouet ces violences. Des violences sexuelles perpétrées comme arme de guerre ou au quotidien dans leurs communautés.

Au cours de ce mois de février, le centre médical « Karibuni wa Mama » à Bunia a reçu en une semaine 28 enfants victimes de graves violences sexuelles dont un bébé de 2 ans. « Un bébé de deux ans victime de violence sexuelle, complètement détruit. Son corps a été complètement détruit et cela a conduit à une crise de folie de sa maman, en voyant l’état dans lequel s’est retrouvé sa fillette. Et c’est un adulte qui est l’auteur de ce viol », a souligné l’activiste congolaise qui insiste sur le fait que le mal du « viol s’est propagé partout et pas seulement lors des conflits ». Pour elle, les violences domestiques, le harcèlement en milieux scolaire et professionnel, « tous ces abus sont inacceptables ».

Elle plaide donc pour « une rééducation morale de leur communauté pour changer la mentalité », surtout face « aux massacres en cours à Beni ». « J’ai dit à mes collègues que la situation devient de plus en plus difficile à Beni », a-t-elle ajouté. Selon Mme Lusenge, il s’agit parfois de victimes kidnappées quand elles ont l’âge de cinq ans et relâchées à l’âge de 23 ans. « Cette fille est revenue à Beni avec deux enfants après avoir été utilisée comme milice combattante, esclave sexuelle. Elle a fait des travaux forcés, elle a été tabassée, humiliée », dénonce-t-elle.

Une façon pour la présidente de SOFEPADI d’insister sur le fait que toutes ces personnes qui arrivent chaque jour dans leurs centres, ont besoin d’une prise en charge médicale correcte, psychologique, mais aussi d’une aide juridique pour porter plainte. « Nous continuons à recevoir les femmes détenues, esclaves sexuelles par les différents groupes armés dans nos différents bureaux », décrit-elle, en ajoutant l’esclavage qu’elles subissent, « mais aussi les mariages et travaux forcés, violences physiques, psychiques et économiques, traitements inhumains et dégradants ».

Des mécanismes de prévention au lieu de seulement soigner

Face à ce sombre tableau, Mme Lusenge plaide pour la mise en place de mécanismes de prévention au lieu de seulement soigner. Il s’agit, selon elle, de mettre les femmes à l’abri, en facilitant par exemple l’accès à l’eau potable. « Quand les filles vont chercher de l’eau dans la brousse à 2h du matin, parfois à 3 ou 4 kilomètres de leur domicile, il arrive qu’elles soient kidnappées puis violées en cours de route. Donc, il suffit juste de l’eau potable dans leur village pour leur éviter cela », dit-elle.

Elle a rappelé l’expérience menée à Ténembo dans le territoire de Beni, quand des femmes sont venues la voir pour expliquer qu’elles étaient parfois violées parce qu’elles étaient obligées d’aller chercher de l’eau très loin dans la brousse ». « Par la suite, nous avons réussi à installer un forage d’eau et des puits se sont aussi étendus dans les quartiers et nous avons constaté une réduction des cas de viol dans ce village, mais aussi une réduction des maladies diarrhéiques », fait-elle remarquer.

Poursuivre ce combat « afin que nos filles vivent dans un pays où on respecte la femme »

Soigner les victimes et juger ceux qui commettent des violences sexuelles est certes nécessaire, mais ces actions ne règlent pas le problème. La véritable solution est aussi simple que titanesque : ramener la paix. Et pour y arriver, Julienne Lusenge martèle qu’il faut « une bonne gouvernance en RDC pour que le conflit cesse ».

Selon elle, les groupes armés « utilisent les corps des femmes comme des champs de bataille », avec parfois des alibis fallacieux en disant « punir les femmes » du fait que les enfants ou maris de ces dernières sont engagés dans un camp. Une histoire sans fin de représailles, avec « comme toujours, des femmes qui payent le prix » fort.

Mme Lusenge demande à une aide de la communauté internationale afin qu’elle soutienne techniquement et financièrement les groupes et les associations de femmes pour les rendre capables de répondre immédiatement aux besoins des femmes et filles dans le contexte des conflits.

« Ce sont elles les premières actrices humanitaires », insiste-t-elle. Il s’agit aussi de renforcer et appuyer les réseaux des survivantes au niveau national et international pour que leur voix soit entendue, avec surtout un programme réel de rééducation pour la sécurité des victimes et activistes.

Depuis les années 90, Julienne Lusenge sensibilise les femmes de l’Est de la RDC à leurs droits et mène des campagnes pour qu’elles puissent avoir accès à la justice. Dans tous les cas, elle entend poursuivre ce combat pour le changement « afin que nos filles et petites-filles puissent vivre dans un pays où on respecte la femme ».


UN / MCP, via mediacongo.net
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