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Le Dr Mukwege, infatigable défenseur des femmes violées en RDC, lauréat de la Fondation Chirac

Le Dr Mukwege, infatigable défenseur des femmes violées en RDC, lauréat de la Fondation Chirac 2013-11-21
Société / Femme / Santé
Le Prix 2013 de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits revient au docteur Denis Mukwege pour son action en faveur des femmes victimes de violences sexuelles perpétrées par différents groupes armés dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Le Prix spécial du jury récompense quant à lui l'organisation Femmes Africa solidarité, composée de membres issus de 27 pays africains et visant à promouvoir le rôle des femmes dans la prévention et la gestion des conflits armés en Afrique.

Ces deux prix de la fondation, créée en 2008 par l'ancien président Jacques Chirac "pour le développement durable et le dialogue des cultures", devaient être remis aux lauréats lors d'une cérémonie organisée, jeudi 21 novembre, au musée du Quai Branly, et à laquelle devaient participer, outre la famille Chirac, le président François Hollande et plusieurs ministres.

La figure de Denis Mukwege, 58 ans, est désormais bien connue en Afrique, mais aussi dans les nombreuses instances internationales – Nations unies, Conseil de l'Europe, chancelleries, fondations, ONG – auprès desquelles il témoigne inlassablement de son expérience de médecin gynécologue à l'hôpital de Panzi, à Bukavu. Depuis 1999, plus de 40 000 femmes violées y ont été opérées et soignées.

"LE VIOL EST UNE DESTRUCTION"

Déjà récompensé par des prix prestigieux, il a été distingué en septembre dernier par celui qu'on appelle "le Nobel alternatif", le Right Livehood, décerné dans l'enceinte du Parlement suédois tandis que de nombreuses voix s'élevaient pour que lui revienne le vrai Nobel de la paix. Le docteur utilise chaque tribune offerte pour secouer les consciences et dire sa stupéfaction devant l'indifférence ou l'inaction de la communauté internationale pour faire cesser les atrocités du Kivu.

Les récompenses attirent les projecteurs sur sa cause, reconnait-il. Les dotations facilitent son action curative. Mais quid du travail pour enrayer le mal ? "Comment est-il possible que le monde ne réagisse pas davantage à ce qui représente un déni d'humanité ? se demandait-il encore, mercredi, en débarquant à Paris en provenance de RDC. Comment est-il pensable que les acquis de la civilisation reculent à ce point et qu'on reste inertes ? Plus de 500 000 femmes ont été violées au Congo depuis 1996. Avec cruauté et barbarie. Souvent de façon planifiée, organisée, mise en scène. Car il s'agit bien d'une stratégie. D'une arme de guerre. Et celle-ci est d'une efficacité redoutable."

Il secouait la tête, comme incrédule, sidéré que ses vérités ne soient pas des évidences. "Quand donc comprendra-t-on l'horreur de ce qui se passe ? Et quand cessera-t-on de confondre le viol avec un rapport sexuel non souhaité ? Faut-il avoir croisé, comme je le fais tous les jours à l'hôpital, le regard éteint des victimes? Le viol est une destruction!"

"LIGNE ROUGE FATALE"

Une "ligne rouge" a depuis longtemps été dépassée. Une ligne rouge au-delà de laquelle, pense-t-il, toute la communauté internationale, indignée, aurait dû intervenir. "Les armes chimiques, biologiques, nucléaires ont des effets à long terme. Eh bien le viol, c'est pareil ! Les personnes restent apparemment en vie. En réalité, les familles, les villages, les sociétés sont détruites. Sur des générations."

Traumatisées, les familles explosent, quittent leurs villages. La plupart des jeunes filles violées ne pourront plus avoir d'enfants. Les autres, contaminées par le sida ou d'autres maladies, deviennent des "réservoirs à virus" et des "outils de mort" pour leurs compagnons, voire pour les enfants issus des viols. Lesquels, de toutes façons, seront rejetés, stigmatisés, qualifiés d'"enfants-serpents", et seront les premiers à être recrutés pour devenir à leur tour des enfants-soldats, des enfants-violeurs. "Des ados à qui l'on demandera de couper un sein de leur mère ou de violer leurs sœurs simplement pour prouver leur courage et avoir droit à un fusil."

Voilà pourquoi, affirme le médecin, "le monde devrait proclamer que le viol de guerre est aussi grave que l'arme chimique et décréter qu'il s'agit là d'une ligne rouge fatale". L'exemple syrien tend à montrer, dit-il, que lorsqu'elle juge qu'une limite inacceptable a été franchie, la communauté internationale sait réagir. "La position ferme de la France et du président Hollande sur le recours aux armes chimiques a fait bouger le monde. Sa voix exprimée fortement, au conseil de sécurité de l'ONU, et de façon générale en Afrique, sur le sujet du viol utilisé dans les conflits, pourrait faire une différence."

Ayant échappé de peu à une tentative d'assassinat à l'automne 2012, le docteur Mukwege vit désormais avec sa famille au sein même de l'établissement qu'il dirige. Aucune enquête sérieuse sur l'attentat n'a été réalisée. Les menaces à son encontre continuent. Une de ses collaboratrices a elle-même été kidnappée et violée au mois de juin. Mais les victimes continuent d'affluer vers l'hôpital. Près de 3 000 encore cette année.


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