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Épidémie d'Ebola : "L'important, c'est la confiance des populations dans la riposte"

Épidémie d'Ebola : "L'important, c'est la confiance des populations dans la riposte" 2019-08-07
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L'apparition de nouveaux cas dans la région du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, inquiète. Le coordinateur de l'ONU pour Ebola a répondu à nos questions.

Le virus Ebola continue de tuer en République démocratique du Congo (RDC). La semaine dernière encore, une personne infectée est morte de cette fièvre hémorragique qui se transmet très rapidement. L'apparition de nouveaux cas dans la région du Nord-Kivu, située dans le nord-est de la RDC, à proximité de la frontière avec l'Ouganda, inquiète alors que l'épidémie a été déclarée pour la première fois le 1er août 2018 dans le pays. Depuis le début de l'épidémie "au total, il y a eu 1823 décès [1729 confirmés et 94 probables] et 782 personnes guéries", selon un bulletin du ministère de la Santé congolais publié début août.

Mi-juillet, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a élevé l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola au rang d'"urgence" sanitaire mondiale, après l'apparition d'un cas dans le grand centre urbain de Goma, frontalier du Rwanda. Peuplée d'un à deux millions d'habitants, posée à la frontière avec le Rwanda, et voisine de l'Ouganda, Goma est un carrefour dans cette région en crise depuis 25 ans. La ville dispose de liaisons aériennes avec l'Ouganda, l'Éthiopie et Kinshasa, ce qui fait redouter une propagation internationale du virus.

David Gressly est le coordinateur des Nation Unies pour les interventions d'urgence pour Ebola, ce que les organisations internationales nomment "riposte" à l'épidémie. Fin connaisseur de la RDC, il décrypte auprès de L'Express la réponse à apporter à ces nouveaux cas et évoque les risques de propagation du virus.

L'Express : Quelle est la situation dans la région du Nord-Kivu ?

David Gressly : Ces dernières semaines, nous avons eu entre 10 et 15 cas d'Ebola confirmés par jour. Ils se concentrent dans la région de Béni, Butembo, là où l'épidémie a démarré. À Goma, la situation est différente : la découverte de cas est moins fréquente. La présence du virus est visible surtout dans la même région que les mois derniers [le Nord-Kivu, à une centaine de kilomètres au nord de Goma]. La découverte d'un cas à Goma est une exception, comme celui décelé en Ouganda [en juin, deux cas d'Ebola en provenance de RDC ont été détectés dans le pays].

Entre avril et juillet de l'année dernière, la maladie a circulé sans que l'on ne l'ait détectée. Ces trois derniers mois, le nombre de cas a augmenté, et n'est pas terminé. Les mois de mars et mai ont été les plus difficiles, depuis la situation s'est un peu améliorée, on a une réduction significative des cas. La menace est toujours présente tant que la maladie n'est pas éradiquée.

Les vaccins permettent-ils d'endiguer efficacement le phénomène ? Sont-ils facilement acceptés par les populations ?

Le vaccin a eu une grande efficacité dans la lutte contre la propagation de la maladie. Il a été très utile dans la réduction de la transmission du virus. Cela a permis notamment de limiter rapidement la propagation de l'épidémie dans une zone, de confiner le virus, et cela a fait une grande différence.

95 % des personnes à qui on propose le vaccin désormais l'acceptent. Mais nous devons encore travailler sur les 5 % restants. Là où il y a des poches de résistance, nous devons trouver des solutions très locales.

L'insécurité de la région est-elle un obstacle à la lutte contre la maladie ?

La difficulté que l'on rencontre, c'est que la zone est en conflit depuis 20 à 25 ans. C'est un véritable facteur de complication. C'est une région qui est historiquement opposée au gouvernement et donc hostile à l'action de l'État et aux initiatives gouvernementales de lutte contre l'épidémie.

L'année dernière par exemple, lors de l'élection présidentielle, les résidents de Beni et de Butembo ne pouvaient pas voter. Cela a politisé la réception de la réponse à Ebola, et on n'a pas réussi à mettre en place une vraie confiance avec les populations. En réalité, c'est moins la question de la sécurité dans la région que la confiance des populations qui est importante. À ce niveau le contexte est très difficile, plus qu'en Afrique de l'Ouest.

L'une des grandes difficultés, c'est que la riposte a été interrompue de nombreuse fois, pour des raisons diverses : parce que des paiements n'étaient pas arrivés, mais aussi à cause de manifestations dans la région, ou encore d'accidents de la route... Un seul jour sans réponse peut permettre au virus de se propager.

Comment lutter contre le virus ?

Je pense que la première étape est de tenter de ne plus avoir d'interruption dans la riposte à Ebola. On constate que l'épidémie a commencé à Mangina, puis s'est propagée à Beni. Et, à ce moment-là, nous avons eu du mal à lutter puisque les Force démocratiques alliées avaient occupé cette zone [un groupe armé islamiste sévissant dans l'est du Congo. Il est l'un des plus meurtrier de la région]. Mais simultanément, on a vu de nouveau cas à Butembo, puis le virus est revenu à Mangina et il réapparaîtra probablement à Butembo. On constate que l'épidémie va et vient : elle circule dans la région.

Il nous faut donc une approche systématique, une bonne surveillance. On doit pouvoir détecter un nouveau cas rapidement pour permettre une prise en charge immédiate. La surveillance est également très importante. Nous devons être en mesure de suivre médicalement une personne soupçonnée d'être infectée par le virus, pouvoir contrôler sa santé, afin d'isoler les personnes malades et ainsi briser la chaîne de transmission du virus.

Pour cela, il ne faut pas attendre. La maladie est peu moins dangereuse en termes de contamination durant le premier et le deuxième jour, il faut donc réussir à ne pas attendre trop longtemps entre les premiers symptômes et la prise en charge, chaque jour compte.

Quel est le risque de voir l'épidémie se propager de façon internationale ? Et en dehors d'Afrique ?

Hors d'Afrique, pour l'instant cela est peu probable. En revanche, il y a un risque important pour la région. Le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi sont des pays frontaliers. La question d'un développement de la maladie à Goma serait préoccupante, le but est donc d'y mettre fin dans le Nord-Kivu pour protéger la région.

Valentin Ehkirch,
L'Express / MCP, via mediacongo.net
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