
Société
Comme à la Conférence de Berlin, les pays colonisateurs s’étaient répartis l’Afrique en fonction de leurs puissances militaires et économiques de l’époque ; à Kinshasa, une mini conférence regroupant de gros bras tatoués, les corps balafrés et les visages bosselés s’est tenue la semaine passée à Kimbanseke. Seuls, des marginaux traînant un lourd passé criminel y étaient conviés. N’étaient pas admis les délinquants en herbe et autres trouillards qui détalent au premier coup de feu et qui à la moindre torture, invoquent leurs ancêtres.A l’issue de cette réunion, plusieurs résolutions ont été prises, dont entre autres : chaque écurie ne pouvait pas aller opérer dans le fief d’autrui. Chaque bande devait gérer son fief comme bon lui semble et porter assistance et offrir refuge à d’autres écuries traquées par la police.
Nous avons eu écho de ces « assises » des malfaiteurs, le week-end dernier qui a été marqué par des affrontements de rivalité et de guerre de leadership entre les bandes adverses des marginaux ayant repris du poil de la bête dans cette commune où le taux de délinquance est actuellement le plus élevé de la ville. En effet, dimanche 14 septembre 2014, un cadavre mutilé était découvert dans les abords de la rivière Tsanga qui sépare les mairies de Kimbanseke et N’djili. Les habitants des environs n’ont pas eu de la peine à reconnaître le kuluna surnommé « général » qui faisait la terreur dans cette partie de la capitale. Certains ont laissé entendre qu’il avait été victime des représailles entre bandes rivales. Les combats ont eu lieu, affirmeront d’autres témoins, sous la pluie diluvienne qui s’est déversée dans la nuit du samedi 13 septembre 2014, sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa.
Ces duels au couteau et à la machette et le nombre croissant des morts et des blessés enregistrés à Kingasani, comme ailleurs, témoignent de l’ampleur que vient de prendre le phénomène Kuluna dans la capitale et qui interpelle les autorités urbaines. C’est le lieu de convoquer les états généraux de la criminalité dans la ville de Kinshasa, de déterminer les principaux acteurs, les risques d’insécurité grandissante qui se multiplient depuis la prise de la mesure d’interdiction de circulation des taxis-motos au delà de 19 heures. Mesure qui se révèle aujourd’hui, contre-productive et dévoile son inefficacité sur la sécurité des piétons aux heures avancées de la nuit. Tous les piétons sont donc livrés à la merci de ces délinquants sans foi ni loi qui ont pris des quartiers entiers en otage.
Nous apprenons qu’à la lumière de la répartition territoriale des écuries de Kuluna à Kingasani, aucune manifestation culturelle ne peut désormais avoir lieu la nuit dans cette municipalité, sans que ces écuries des malfaiteurs soient mises à contribution pour garantir leur bon déroulement et « assurer une certaine sécurité », moyennant le paiement des espèces sonnantes et trébuchantes. Sinon, vive les agressions et le pillage des invités.
Lors d’une visite dans cette mairie, samedi 13 septembre 2014, l’on est accueilli d’emblée à l’arrêt Victoire sur le boulevard Lumumba, en diagonale avec les bâtiments administratifs de Masina, par un bain de foule avec cette masse des marginaux qui insécurisent les lieux.
L’on comprend pourquoi trois journalistes et de nombreux piétons ont été agressés dans cette commune de Kimbanseke, dans l’espace de trois mois. Pour la population traumatisée et abandonnée à son triste sort, l’heure a plus que sonné pour lancer la troisième phase de l’opération likofi. Pour certains habitants, le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble de cette mairie passe nécessairement par des opérations « coup de poing » ciblées sur les membres de différentes écuries. L’intervention tardive de ces opérations pourra inciter les habitants de Kimbanseke à se prendre en charge en organisant eux-mêmes leur système collectif de défense contre la criminalité. Il y a donc des craintes justifiées pour que l’on revienne aux épisodes de justice populaire, avec le fameux supplice du collier.
Mais pour la police provinciale informée des élucubrations des malfaiteurs, et surtout de leurs crimes, tout sera bientôt mis en marche pour déclencher une vaste opération de ratissage Likofi III.
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