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Sud-Kivu: Procès d'un policier devenu seigneur de guerre Raia Mutomboki

Sud-Kivu: Procès d'un policier devenu seigneur de guerre Raia Mutomboki 2019-10-19
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Le procès de Masudi Alimasi Frédéric alias Koko di Koko a connu de nouvelles révélations avec l’épisode de Kigulube, en audience foraine. Des audiences qui ont eues lieu du 7 au 17 octobre 2019. Différentes parties civiles ont eu à éclairer la lanterne du tribunal sur différents crimes odieux dont se sont rendus coupables les différents groupes Raia Mutomboki dans le territoire de Shabunda et à Kabikokole. Le reporter de Laprunellerdc.info vous fait vivre en exclusivité les graves révélations de 10 jours qui ont fait couler les larmes.

Le chef rebelle Koko di Koko, n’intégrant le mouvement maïmaï, n’a pas quitté la vie civile comme il a toujours prétendu depuis le début de l’instruction. Par la descente à Kigulube, il a été révélé que Frédéric Masudi Koko di Koko a servi au sein de la Police Nationale Congolaise avant de prendre la décision d’aller faire carrière dans la brousse. Certaines indiscrétions disent qu’il aurait emporté deux armes de l’unité qu’il servait.

Une fois dans la brousse, Koko di Koko n’a pas tardé à transformer et se tourner contre des gens qu’il semblait traiter avec douceur. Une de ses victimes, qui s’est constituée partie civile, a révélé au tribunal avoir été punie pour n’avoir pas cédé aux avances de Koko di Koko, alors policier. Elle a dit avoir été violée par trois fidèles de Masudi Alimasi, en présence de leur maître.

« Quand ils ont fini de me violer, il est venu, il m’a regardé dans les yeux avec moquerie. Il m’a dit qu’il a fait ça pour me sanctionner de n’avoir pas accepté de faire l’amour avec lui quand il vivait encore à Kigulube comme policier », a-t-elle déposé lors de sa comparution.

Une femme de Kabikokole, détenue 9 mois comme esclave sexuelle témoigne

Composition du tribunal militaire de garnison de Bukavu, en audience foraine à Kigulube. (© Prunelle RDC Info)

La plus grande révélation de cette phase reste l’apparition d’une dame venue comparaître après que sa famille et tous les siens aient perdu tout espoir de la revoir depuis février 2018, quand elle a été emportée comme esclave sexuelle de Kabikokole. Elle fut prise et emportée par Frédéric Masudi Alimasi une semaine seulement après son mariage, et depuis, elle n’est plus rentrée voir les siens, qui la croient déjà décédée.

Dans sa déposition devant le tribunal militaire, la jeune femme a raconté avoir subi et assisté à des atrocités inimaginables, de la part du seigneur de guerre Koko-di-Koko.

Sur la route de sa déportation, la femme a dit avoir vu Masudi Alimasi torturer à mort un homme malade [qu’il avait pris pour transporter les biens pillés à Kabikokole et à Myasa] pour avoir demandé d’être relevé car n’en pouvant plus.

« Cet homme avait un problème d’hernie. Il ne savait plus marcher après avoir fait un long trajet avec un grand fardeau. Il en en a fait part à Koko di Koko, mais celui-ci n’a pas eu pitié de lui. Au lieu de le soulager, Koko di Koko l’a torturé en écrasant ses organes génitaux par des coups de pieds jusqu’à ce que l’homme est mort », a révélé la femme.

Au sujet de sa propre histoire, raconte avoir été confiée à un des éléments de Koko di Koko avec qui elle a été contrainte de vivre pendant 9 mois. Cette révélation avait déjà été faite par Masudi Frédéric, lors de sa comparution à Kitutu.

Si Koko-di-Koko a fait mention de cette fille de Kabikokole qui était partie avec un des hommes qui l’ont accompagné à Kabikokole, il a toujours caché une vérité aussi intime, qui ne sera dévoilée que par la femme elle-même : « Avant de confier chaque femme à un de ses hommes, il devait coucher avec elle ». Ce fut même le cas avec la seule femme de Kabikokole qui ne fut pas renvoyée chez-elle.

L’histoire de sa déportation met à nu plusieurs actes jusque-là ignorés, et dont Koko di Koko avait réussi à dissimuler tout soupçon. La jeune dame colle à Masudi Alimasi une cruauté qu’elle ne sait pas décrire, suite aux sanglots qui accompagnent sa narration. Après la comparution, la dame nous a révélé avoir assisté au pillage non seulement des biens mais aussi des humains.

« Ils (Koko di Koko et ses hommes) avaient ciblé un village, en pleine forêt, où ils rassemblaient tous les biens et les personnes qu’ils pillaient. Je l’ai vu violer une fille de moins de dix ans en nos yeux. »

La jeune dame a même illustré le haut degré de méchanceté de Koko di Koko par le viol contre la femme de l’homme qui lui avait généreusement confié sa maison pour y vivre, pendant son séjour à Myasa, village où il a érigé son quartier général pendant une semaine.

L’incarcération de Koko di Koko a été un sujet de liesse pour la dame, venue de Kimbili (à près de 40 Km de Kigulube) pour déposer en défaveur de son bourreau. Elle se réjouit que l’homme qui se prenait pour intouchable ait fini par être cloué dos au mur et contraint de répondre de ses actes devant la justice.

Cette série d’audience a été organisée à Kigulube, dans le territoire de Shabunda du 7 au 17 octobre 2019, par le tribunal militaire de garnison de Bukavu. Il s’est agi du second et probablement le dernier déplacement du tribunal de son siège habituel, dans ce dossier opposant Koko di Koko, et 4 autres prévenus, à plus de 200 parties civiles.

Pour les conseils des parties civiles, cette étape était capitale car elle a permis au tribunal d’être plus éclairé par rapport au contexte de commission des abus reprochés aux prévenus ainsi que leur mode opératoire.

Pour Maitre David Bugamba, avocat et coordinateur de la clinique juridique de la Fondation Panzi, cette étape a été cruciale pour permettre aux juges du tribunal militaire de bien dire le droit. Me Bugamba a loué la tenue « d’un procès équitable » et a félicité le tribunal d’avoir observé scrupuleusement les mesures de confidentialité pour garantir la sécurité des parties civiles et des témoins.

Après la phase de Kigulube, le tribunal militaire poursuivra l’instruction du dossier au siège de la juridiction, à Bukavu. Du 23 au 24 octobre, il est prévu la plaidoirie des conseils de deux parties litigantes, ainsi que le réquisitoire du ministère publique, avant que le dossier soit pris en délibéré.

Dans cette affaire, la cause des parties civiles est défendue par un collectif d’avocat œuvrant pour le compte des organisations membres de la TASK – Force Justice internationale, telles que la Fondation Panzi et TRIAL International, avec l’appui du PHR et de la MONUSCO, à travers le Bureau conjoint des nations unies pour le droit de l’homme ainsi que la Cellule d’appui à la poursuite.

Rappelons que l’Etat congolais est cité comme civilement responsable pour avoir d’une part défailli à ses responsabilités de sécuriser la population ou, d’autre part, pour s’être rendu coupable de complicité avec les mouvements rebelles.

Jean-Luc M. (Correspondant à Bukavu)
MEDIA CONGO PRESS / Prunelle RDC
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