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La fin d'al-Baghdadi ne signifie pas la fin de l’EI

La fin d'al-Baghdadi ne signifie pas la fin de l’EI 2019-10-28
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Qui succédera à Abou Bakr al-Baghdadi ? Est-ce que sa mort signifie aussi celle du groupe armé État islamique (EI) ? À quel point ce coup sera-t-il payant pour Donald Trump ? L’assassinat du chef de l’EI par l’armée américaine soulève son lot de questions. Thomas Juneau, professeur en affaires publiques et internationales à l’Université d’Ottawa et ancien analyste stratégique sur le Moyen-Orient au ministère de la Défense nationale, nous aide à comprendre les changements à venir.

Est-ce que la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, leader du groupe État islamique, signifie la fin de l’organisation djihadiste ?

Non, et ça doit être très clair que la mort de Baghdadi, c’est extrêmement peu probable que ça signifie la mort de l’EI. C’est dur de faire des prédictions, on ne sait pas exactement ce qui va arriver, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’historiquement, ç’a été très rare que la décapitation d’un groupe terroriste mène à la fin du groupe.

Quel sera donc l’impact pour l’EI et quels sont les scénarios envisageables pour la suite des choses ?

Historiquement, la mort du leader de gros groupes terroristes a eu un impact limité. Dans le cas de l’EI, il y a un bassin de leaders expérimentés autour de Baghdadi qui peuvent être prêts à le remplacer et à assurer la continuité. Pour moi, le scénario le plus plausible, c’est la continuité. Ceci dit, d’autres scénarios sont possibles. D’un côté, le scénario cauchemar : Baghdadi se fait remplacer par un meilleur dirigeant. Si son successeur est plus compétent, plus extrémiste, plus violent et plus charismatique, de notre point de vue à nous – c’est-à-dire le reste du monde –, la situation peut être pire. De l’autre côté, il peut y avoir un nouveau dirigeant significativement plus faible, et en fin de compte, ça mène à l’affaiblissement de l’organisation. Enfin, il y a un scénario de transition bloquée, c’est-à-dire un scénario avec des chicanes à l’interne, où les dirigeants survivants n’arrivent pas à s’entendre, et donc une transition instable et difficile qui vient affaiblir le groupe.

Le mouvement n’a jamais nommé de successeur potentiel et n’a jamais identifié formellement ses cadres dirigeants. À quoi peut-on donc s’attendre quant à l’identité du prochain chef ?

Quand ben Laden a été tué en 2011, on savait qu’il y avait un numéro deux dans l’organisation, Ayman al-Zawahiri, et qu’il remplacerait ben Laden s’il était tué. Et c’est ce qui est arrivé. Dans le cas de l’EI, il n’y a pas de numéro deux et il n’y a pas de candidats évidents connus.

Est-ce qu’à l’interne, on peut penser qu’ils le savent déjà ?

Est-ce qu’un numéro deux a été déterminé en secret par les instances les plus élevées de l’EI ? C’est possible. Mais en même temps, nommer un numéro deux, de facto, ça crée un rival. C’est le cas dans ces groupes-là, comme dans n’importe quelle dictature. C’est possible que Baghdadi ait été plus prudent à ce niveau-là. Ceci dit, il y a certainement eu des discussions au sein de l’EI. Mais jusqu’où elles sont allées ? On ne le sait pas.

On peut logiquement penser que ça prendra un certain temps avant qu’un nouveau chef soit choisi.

C’est bien possible. L’EI vit dans la clandestinité avec des dirigeants éparpillés dans différentes régions de l’Irak et de la Syrie, et cette consultation-là, ce n’est pas la question d’une conférence téléphonique ou d’une chaîne de courriels demain matin. Ce sont des discussions qui peuvent prendre beaucoup de temps.

Donald Trump avait annoncé le retrait de ses troupes en Syrie. Est-ce que la mort de Baghdadi signifie la fin du combat américain en Syrie ?

Honnêtement, c’est très difficile à dire, parce que le président Trump a été tellement imprévisible et incohérent dans les dernières semaines à ce niveau-là. On avait compris ces derniers jours que les États-Unis allaient finalement maintenir la présence de plusieurs centaines de soldats pour protéger les champs pétroliers de l’est de la Syrie. On aurait pu concevoir Trump proclamer : « Baghdadi est mort, on a fini le travail, on s’en va. » Peut-être que c’est ce qui va arriver, parce que M. Trump a tellement changé d’idée au cours des derniers mois… Mais comme c’est là, il ne semble pas y avoir de retrait total [des troupes américaines en Syrie].

Donald Trump a cherché à minimiser l’importance de la mort d’Oussama ben Laden (sous Obama) par rapport à celle d’Abou Bakr al-Baghdadi, hier matin. Baghdadi était-il plus important que ben Laden ?

Dans l’histoire et la mythologie extrémiste islamiste des dernières années, ben Laden était beaucoup plus important qu’al-Baghdadi. Alors l’impact était plus important pour ben Laden. C’est évident que quand Trump a dit ça, c’est parce que c’est Trump et parce qu’il faut toujours que ce soit à propos de lui et que ce soit plus important quand c’est lui. Donc, je rejetterais complètement ce qu’il a dit.

Est-ce que l’assassinat du chef de l’EI risque d’être bénéfique à Donald Trump lui-même ?

Relativement peu. En 2011, dans les sondages, la mort de ben Laden a eu un effet très limité et seulement à court terme pour Barack Obama. Et ben Laden était beaucoup plus omniprésent dans l’imaginaire américain. C’est lui qui était responsable de l’attentat du 11 septembre 2001. En gros, tous les Américains savaient c’était qui. Et pourtant, l’impact a été très limité pour Obama.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une accalmie d’attentats terroristes pendant que le groupe se réorganise ?

Non, je pense qu’au minimum, on peut s’attendre à une continuité, voire à une recrudescence d’attaques. L’EI est une organisation avec une structure administrative assez élaborée, et les décisions opérationnelles sont relativement décentralisées. Donc, l’organisation elle-même continue à rouler au moment où on se parle, et demain matin et la semaine prochaine. Il y a même une hypothèse, qui se confirmera si elle se produit, qu’il y aura une recrudescence d’attaques en raison du phénomène de la vengeance.

Deux photos similaires, deux genres différents


PHOTO REUTERS. Hier matin, le porte-parole officiel de la Maison-Blanche a tweeté une photo qui aurait été prise dans la « Situation Room » pendant l’opération spéciale visant à neutraliser le chef du groupe armé État islamique.

Deux présidents. Deux situations capitales. Deux photos à l’image du chef d’État qui y figure. Les photos prises dans la « Situation Room » de la Maison-Blanche lors de l’opération contre Oussama ben Laden en 2011 puis lors de celle contre Abou Bakr al-Baghdadi, samedi dernier, parlent d’elles-mêmes et démontrent le style de gouvernance opposé de Barack Obama et de Donald Trump.

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Hier matin, le porte-parole officiel de la Maison-Blanche a tweeté une photo qui aurait été prise dans la « Situation Room » pendant l’opération spéciale visant à neutraliser le chef du groupe armé État islamique. On y voit le président Donald Trump, en plein centre, entouré de cinq hommes : le vice-président Mike Pence, le conseiller à la Sécurité nationale Robert O’Brien, le secrétaire à la Défense Mark Esper, le général Mark A. Milley, chef d’état-major des armées, et le général de brigade Marcus Evans, directeur adjoint aux opérations spéciales et à l’antiterrorisme. Ils apparaissent l’air grave – voire accompli, pour M. Trump –, regardent tous dans la même direction et ont les mains jointes posées sur la grande table encombrée de papiers, de fils et d’ordinateurs.

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Inévitablement, la photo invite à la comparaison avec celle captée dans le même bureau il y a huit ans durant une opération d’importance comparable, celle menée par l’administration Obama pour capturer Oussama ben Laden. Sur ce cliché de 2011, une douzaine de personnes sont réunies avec le président dans l’emblématique salle de réunion présidentielle. On reconnaît notamment Joe Biden, vice-président, et Hillary Clinton, secrétaire d’État, qui suivent les événements en direct. Le président Obama porte un polo blanc et une veste décontractée, il est penché vers l’avant, les coudes sur les cuisses. À la différence de Donald Trump, Barack Obama est décentré et ne semble pas être le maître de la situation, qui apparaît davantage menée par le brigadier-général Marshall Webb, au centre du groupe.


PHOTO PETE SOUZA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS. Sur ce cliché de 2011, une douzaine de personnes sont réunies avec le président Obama dans l’emblématique salle de réunion présidentielle.

Les photos sont représentatives de l’entourage respectif des présidents. Barack Obama, reconnu pour demander de nombreux avis avant de prendre une décision ; Donald Trump, davantage enclin à se tourner vers un groupe plus restreint.

17:05:24

La photo de la « Situation Room » publiée hier matin a rapidement été remise en question, notamment par le photographe officiel de Barack Obama, Pete Souza. Ce dernier a déclaré sur Twitter que la photo était une mise en scène, puisque « l’opération s’est tenue à 15 h 30, heure de Washington. Et la photo, comme le démontrent les données IPTC de la caméra, a été prise à 17:05:24 ». Plus tard en journée, le New York Times a déclaré que les hélicoptères avaient quitté l’Irak à 17 h. Le vol vers la Syrie durant 70 minutes, l’opération se serait tenue après 18 h 10. D’une façon ou d’une autre, la photo n’aurait donc pas été prise au moment de l’opération.

15 h 33

Cette même confusion sur l’heure à laquelle l’opération s’est tenue a incité plusieurs journalistes et internautes qui avaient d’abord propagé l’information voulant que le président jouait au golf au moment de l’attaque à se rétracter durant la journée. C’est que le site internet permettant de voir les allées et venues du président à son club de golf indique que Donald Trump était sur le court, samedi, entre 10 h 34 et 15 h 33. Advenant le cas où l’opération se serait bel et bien tenue à 15 h 30, le président n’était donc pas dans la « Situation Room », tel que photographié.

Audrey Ruel-Manseau
AP / La Presse / MCP, via mediacongo.net
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Past DSK | PAEJCGZ - posté le 30.10.2019 à 11:52

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