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Parc national de la Salonga : quand la quête de pétrole menace la préservation d’un patrimoine naturel exceptionnel

Parc national de la Salonga : quand la quête de pétrole menace la préservation d’un patrimoine naturel exceptionnel 2019-12-13
Economie
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Le parc national de la Salonga, la plus grande réserve de forêt tropicale pluviale d’Afrique.

Bien qu’étant l’un des plus importants exportateurs mondiaux de cuivre et de cobalt, ainsi que d’autres minerais de premier plan, la République démocratique du Congo (RDC) reste l’un des cinq pays les plus pauvres du monde. Environ 78% de sa population de 80 millions de personnes vit sous le seuil de la pauvreté. Dans ses efforts pour diversifier ses recettes, le pays a, au cours de ces dix dernières années, multiplié les initiatives pour construire son industrie d’exploration pétrolière.

Mais, outre l’incohérence de ses politiques pétrolières, les périmètres ouverts à l’exploration sont, pour la quasi-totalité, situés au cœur d’écosystèmes fragiles. Décryptage.

L’Etat n’a d’yeux que pour les espaces protégés

Aimé Ngoy Mukena, le ministre du Pétrole, a déclaré que le droit positif en vigueur dans le pays n’interdit pas l’exploration du pétrole dans les aires protégées.

« La loi nous permet d’explorer dans n’importe quelle partie du pays », avait-il alors déclaré dans les colonnes de la presse locale, après la publication par le journal allemand Die Tageszeitung d’une information selon laquelle l’ancien homme fort du pays, Joseph Kabila, venait d’autoriser l'exploration du parc national de la Salonga, la plus grande réserve de forêt tropicale pluviale d’Afrique. C’est aussi la deuxième plus grande forêt tropicale au monde avec une superficie de 33 350 km2.

Elle abrite des espèces rares, notamment 40% de la population mondiale des bonobos, des éléphants de forêt, des chimpanzés nains et des paons du Congo. Or, les parcs nationaux de la Salonga et des Virunga sont des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO.

« Elle abrite des espèces rares, notamment 40% de la population mondiale des bonobos, des éléphants de forêt, des chimpanzés nains et des paons du Congo ».

Le responsable a ajouté que le gouvernement réunira l’ensemble des ministres et des experts pour évaluer les dangers d’une exploitation, une fois que du pétrole sera découvert sur place. Ces propos ont choqué l’opinion locale et internationale tant ces périmètres sont sensibles.

Quelques mois plus tard, en juillet, le gouvernement a annoncé qu’il s’apprête à ouvrir les parcs nationaux des Virunga et de la Salonga aux opérations pétrolières. Pour cela, il a déclaré dans un communiqué avoir approuvé la création de commissions interministérielles chargées de préparer les plans de déclassification de certaines sections des parcs.

La mesure concerne 21,5% de la superficie des Virunga. Une annonce qui confirmait la volonté du régime Kabila d’exploiter au maximum les potentialités qu’offre le pays en matière d’exploration pétrolière. D’ailleurs, cette information devrait jeter un nouveau coup de froid dans les relations entre la RDC et l’UNESCO.

En 2010, le gouvernement congolais avait attribué des contrats de partage de production couvrant 85% de la superficie du parc national des Virunga à des compagnies, dont Soco, alors que la loi congolaise interdit toute exploitation dans cette zone.

Mais en 2013, le Fonds mondial de la nature (WWF) a porté plainte auprès de l’OCDE contre Soco et compagnie. D’après l’organisation de protection de l’environnement, Soco viole les directives de l’OCDE, relatives à l’environnement et aux droits humains, par ses activités sur l’un des plus anciens sites du patrimoine mondial d’Afrique.

« Les activités de Soco mettent en danger les populations locales vivant dans le parc des Virunga, ses animaux et leurs habitats. La seule façon pour la société Soco de se mettre en conformité avec les directives de l'OCDE est de mettre fin pour de bon à toute exploration au sein du parc », explique Lasse Gustavsson, directeur de la Conservation au WWF International.

L’organisation indique que des activités pétrolières dans la région pourraient entraîner une pollution, endommager les habitats et favoriser le braconnage au sein de cet écosystème fragile. « Les activités de Soco mettent en danger les populations locales vivant dans le parc des Virunga, ses animaux et leurs habitats ».

En juin 2014, après une campagne intense des défenseurs de l’environnement, Soco a finalement annoncé l’arrêt de ses activités pétrolières. Mais le gouvernement ne compte pas reculer. En décembre dernier, avant de quitter le pouvoir, Joseph Kabila a octroyé trois licences d’exploration pétrolière à la société Dig Oil, dont l’une empiète sur le parc national de la Salonga.

Selon Emmanuel Kayumba Banza-Mwana, un haut fonctionnaire du ministère du Pétrole, une commission a été mise en place pour évaluer si le forage y sera autorisé. Par ailleurs, la Lettre du Continent a révélé que la Société nationale des hydrocarbures du Congo (Sonahydro) a signé un accord de principe pour réattribuer le permis de Soco à une société inconnue, dénommée Oil Quest International. La procédure est toujours en cours.

Pour certaines organisations de défense de la nature, des activités de forage dans la zone pourraient non seulement affecter la faune, mais libérer des quantités massives de gaz à l'origine du réchauffement climatique.

Le paradoxe congolais

La RDC est un exploitant marginal de pétrole qui en extrait 25 000 barils sur une base quotidienne. C’est aussi le 12e producteur du continent. Cette production est assurée par la société franco-britannique Perenco en offshore et à terre, dans l’ouest du pays. Les retombées de cette industrie pour le pays sont difficilement quantifiables.

Alors que l’opinion publique ne regarde que du côté des mines, l’Etat ne publie presque jamais les détails concernant les royalties qu’il empoche dans le pétrole. Or, Perenco est, au sein de l’industrie, connue pour ses méthodes contestées. Très souvent interpellée par les organisations de la société civile pour ses rejets de produits chimiques, elle n’a jamais vraiment été inquiétée.

Il convient de noter que le potentiel pétrolier de la RDC est estimé à 20 milliards de barils en offshore et en onshore. Une quantité qui, si elle se confirme, « placerait la RDC au deuxième rang des plus grands détenteurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne, derrière le Nigeria, et surpasserait de loin les 9 milliards de barils de pétrole de réserves de l’Angola », a expliqué NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l'énergie, dans un avis d’expert publié en octobre dernier.

Le potentiel pétrolier de la RDC est estimé à 20 milliards de barils en offshore et en onshore. Une quantité qui, si elle se confirme, « placerait la RDC au deuxième rang des plus grands détenteurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne, derrière le Nigeria, et surpasserait de loin les 9 milliards de barils de pétrole de réserves de l’Angola ».

« 24 des 26 provinces du pays abritent des hydrocarbures », selon une déclaration de l’ex-ministre du Pétrole, Aimé Ngoy Mukena. Dans un contexte normal, ces chiffres devraient susciter l’organisation et la mise en place de politiques pétrolières adéquates pour attirer des investissements et développer les ressources.

Mais en RDC, depuis les années 2000, l’Etat a signé très peu d’accords de partage de production. Ceci, en l’absence d’une réglementation en bonne et due forme, mais surtout majoritairement avec des compagnies qui présentent peu de références sur le marché.

De plus, les registres d’attribution des périmètres montrent que les blocs changent régulièrement de propriétaires. Une situation qui laisse très peu de temps et de marge de manoeuvre aux compagnies présentes dans le pays. « Quelle entreprise voudrait investir dans un pays où un contrat peut être signé puis annulé quelques mois plus tard sans explication ou justification ? », s’interroge Ayuk. D’ailleurs, en 2017, Kinshasa en a déjà fait les frais.

Un tribunal international a condamné l’Etat à verser à la société sud-africaine Dig Oil, 617 millions de dollars pour ne pas avoir honoré deux contrats pétroliers. L’affaire est toujours en cours, mais est symptomatique de la mauvaise organisation du secteur.

« Quelle entreprise voudrait investir dans un pays où un contrat peut être signé puis annulé quelques mois plus tard sans explication ou justification ? »

Après la société indépendante Tullow Oil, qui a quitté le pays et découvert de gros gisements dans l’Ouganda voisin, le géant français Total a, à son tour, quitté le pays en mai 2019.

Si Total a refusé de commenter cette actualité, le gouvernement congolais a déclaré que ce retrait s’explique par le développement de son projet phare en Ouganda. A en croire le gouvernement, la société française aurait besoin de se concentrer sur ses actifs ougandais. Or, le bloc pétrolier III qu’il contrôlait en RDC est le périmètre le plus prolifique du pays, avec jusqu'à 1,2 milliard de barils de pétrole récupérables.

Les circonstances dans lesquelles la compagnie a quitté le pays restent floues, mais tout porte à croire qu’elles sont liées à l’incohérence des politiques pétrolières publiques.

Olivier de Souza
L’agence Ecofin / MCP, via mediacongo.net
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