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Brexit en Ecosse : « Une triste fin mais aussi le début d'un nouveau combat »

Brexit en Ecosse : « Une triste fin mais aussi le début d'un nouveau combat » 2020-02-01
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Des centaines de partisans de l'Union européenne se sont réunis à Edimbourg pour le soir du Brexit. L'indépendance écossaise semble pour beaucoup être la meilleure manière de rejoindre à nouveau l'Europe.

Il est 23 heures au Royaume-Uni, minuit à Bruxelles, et pour la première fois depuis 47 ans, les Britanniques ne sont plus citoyens européens. Pourtant à Edimbourg, devant le Parlement écossais, le drapeau bleu étoilé flotte toujours. Il ne claque pas franchement fièrement au vent, plutôt pendouille-t-il tristement.

Mais il est toujours là, et il le restera sans doute longtemps, puisque les députés écossais ont voté le 29 janvier 2020 pour le conserver, même après la sortie de l’Union européenne (UE). A ses pieds, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour rappeler leur attachement à l’Europe et dire leur tristesse et leur colère à l’idée de la quitter.

« J’avais besoin de voir des gens ce soir, je ne voulais pas être seule chez moi », dit Maya, qui fait partie des 230 000 Européens installés en Ecosse. Elle a 20 ans, est née en Pologne mais vit à Edimbourg depuis plusieurs années.

« Je suis devenue Ecossaise mais je reste une citoyenne européenne avant tout. Depuis trois ans, j’ai vécu une sorte de grand huit émotionnel avec les allers-retours du Brexit. Je me suis sentie exclue de mon nouveau foyer, et honnêtement j’ai peur pour la suite. Mon copain est Italien, et si la vie devient trop compliquée pour les Européens ici je ne sais même pas où nous pourrions aller puisqu’aucun de nous ne parle la langue maternelle de l’autre ». 

Kilt, pancarte et cornemuses

Dans cette veillée fatidique, on chante – sur fond de cornemuse – l’Hymne à la joie et la vieille ballade écossaise Auld Lang Syne plutôt que God Save the Queen ou Rule Britannia. Beaucoup ont en main une bougie ou une lanterne. L’idée en a été donnée par le désormais ex-député européen Alyn Smith, qui a demandé à ses collègues dans un discours devant le Parlement de Strasbourg de « laisser une lumière allumée » pour que l’Ecosse puisse retrouver son chemin vers l’Europe.

Et pour retourner au plus vite dans l’Union, les Ecossais ont une idée fixe : l’indépendance. En 2014, un référendum avait déjà été organisé pour trancher la question. Il s’était soldé par la victoire du « non » à 55%. Depuis, le vote sur le Brexit, où la nation du nord a voté à 62% pour rester dans l’UE, a rappelé que l’Ecosse souhaitait un destin différent du reste du Royaume-Uni et a radicalement changé le contexte.

« J’ai fait beaucoup de porte à porte ces deux dernières années, et j’ai vu les opinions évoluer, j’ai vu le sentiment indépendantiste gagner du terrain », affirme au micro la députée Joanna Cherry, élue pour le parti national écossais à Westminster. En 2014, de nombreux électeurs avaient refusé l’indépendance parce qu’elle aurait amené l’Ecosse à sortir de l’UE, au moins temporairement.

Aujourd’hui, elle semble la voie la plus rapide pour y retourner. D’après un sondage Yougov publié en milieu de semaine, 51% des Ecossais voteraient désormais pour l’indépendance.

« Le Brexit nous a montré les limites de la décentralisation, reprend Joanna Cherry, toujours micro en main. Ce n’est pas suffisant pour gérer les conséquences de la sortie de l’UE, pas suffisant pour nous protéger ». Dans le public, John et Lynn acquiescent. Lui a sorti son kilt des grands jours pour cette soirée qui « marque une triste fin mais aussi le début d’un nouveau combat ».

Elle explique qu’il est important « d’être le plus nombreux possible ce soir, pour montrer au monde et à Westminster que notre place est en Europe », avant que son mari ne complète : « L’Ecosse ne veut pas faire partie de ce monde géré par les Trump et les Boris Johnson ! Ce monde de semi-fascistes qui veut nous empêcher de choisir notre destin démocratiquement [le Premier ministre a opposé en janvier une fin de non-recevoir à la demande d’un nouveau référendum en 2020, ndlr] ».

Les deux membres du Saor alba Pipes and drum, un groupe de musique traditionnelle qui milite pour l’indépendance, ont amené avec eux la mascotte du groupe : un énorme chien nommé Sheldon. Il a lui aussi a revêtu son costume de cérémonie : un manteau aux couleurs de l’Ecosse frappé de la mention « freedom » et un panneau qui proclame « Boris is an arse » (« Boris [Johnson] est un con, pour la traduction polie »).

« Le rêve de l’indépendance »

Andrew Wilson est plus policé, mais il n’en pense pas moins. « Le refus du Premier ministre de nous laisser organiser un référendum est un déni de démocratie. Le Parlement écossais s’est prononcé dans ce sens, 80% des députés écossais à Westminster le demandent, l’idée gagne partout en popularité. Mais à chaque fois qu’il dit non, nous gagnons de nouveaux militants », explique celui qui est l’un des membres fondateurs de All Under One Banner (AUOB, « Tous sous le même drapeau »).

Ce collectif apartisan est né en 2014 après l’échec du référendum « pour garder vivant le rêve de l’indépendance », en organisant des manifestations régulières. La dernière, organisée à Glasgow début janvier, a réuni plus de 100 000 personnes.

Parmi ceux qui déplorent ce vendredi soir le départ du Royaume-Uni de l’UE, tous ne sont pas pour autant en faveur de l’indépendance écossaise.

« Personnellement, je ne pense pas que ce soit la meilleure des solutions pour rejoindre l’Europe, explique Fiona Wishlane, membre du groupe Glasgow Love EU, la branche locale du Mouvement européen en Ecosse. Peut-être est-ce parce que je suis anglaise, bien que je vive à Glasgow depuis longtemps. Mais il me semble surtout que l’indépendance ne ferait que rajouter encore un peu plus de frontières, de complexité légale et de problèmes économiques à ceux déjà créés par le Brexit ».

Pour celle qui est aussi directrice du Centre de recherche sur les politiques européennes (EPRC), « il nous faut aujourd’hui apprendre à être patients. Ça ne sert à rien de partir en bataille tout de suite, de réclamer un retour immédiat à l’UE. Il faut d’abord reconstruire le lien social dans ce pays et écouter ceux qui ont voulu sortir ».

Un projet sans doute moins séduisant que la promesse d’une campagne que tous imaginent déjà couronnée de succès. Comme le note Maya, l’Ecossaise d’adoption, « quand on parle de l’indépendance, on ne dit plus "si" mais "quand" ».

 


Libération / MCP, via mediacongo.net
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