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Coronavirus : le dynamisme des échanges entre le continent et l'Europe fait craindre une "importation massive" du virus

Coronavirus : le dynamisme des échanges entre le continent et l'Europe fait craindre une "importation massive" du virus 2020-03-15
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Que ce soit au niveau panafricain comme à celui de chaque pays, les initiatives se multiplient pour contenir et ralentir l'expansion de la pandémie.

Au regard d'autres régions du monde, l'Afrique reste encore relativement épargnée par l'épidémie de coronavirus. Mais les nouveaux cas détectés ces derniers jours renforcent l'inquiétude.

Et rappellent au continent que la menace d'une propagation est tout de même là. Le dynamisme des échanges entre le continent et l'Europe – devenu un foyer important de la maladie – fait craindre une importation massive du Covid-19, que les pays africains ne pourraient gérer.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait d'ailleurs partagé « ses préoccupations », fin février. Son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus s'était dit inquiet pour l'Afrique, dont « la plupart des pays ont des systèmes de santé plus faibles », avait-il déclaré.

Une riposte globale

Alors, pour prévenir une éventuelle progression du virus, le continent a lancé la riposte. De manière globale d'abord. Plus de 40 pays se sont en effet dotés de kits de dépistage du virus. En effet, la priorité, d'après Mary Stephen, du bureau régional de l'OMS pour l'Afrique, est surtout de ne pas passer à côté du premier cas.

D'où la décision presque unilatérale de renforcer les contrôles aux points d'entrées des pays, notamment dans les aéroports. Des mises en quarantaine de quatorze jours pour les voyageurs en provenance de pays infectés sont prévues dans de nombreux pays d'Afrique, comme l'Ouganda, le Burundi, le Congo ou encore le Mozambique.

En matière de moyens sanitaires, plusieurs pays ont de concert activé des centres d'urgence de santé publique. Une mesure insufflée par l'Union africaine lors d'une réunion ministérielle le 25 février à Addis-Abeba. Objectif : harmoniser la riposte entre les différents pays. Un groupe de travail africain sur le coronavirus (AFCOR) a d'ailleurs été créé par les différents centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

Cet organe transnational a pour but de faciliter le partage d'informations et de bonnes pratiques entre les différents pays, ainsi que leur coordination en matière de contrôles. Des mesures qui vont dans le sens de l'idée d'« agir ensemble » que le président sénégalais Macky Sall a mis en exergue dans une déclaration. « L'Afrique ne doit pas être le nouveau foyer de la maladie », a-t-il prévenu sur Twitter.

Des liaisons aériennes suspendues

Pour éviter ce scénario à tout prix, beaucoup de pays africains ont pris des mesures concernant leurs liaisons aériennes. « À l'heure actuelle, toutes les compagnies aériennes africaines, sauf une, Ethiopian Airlines, ont suspendu leurs vols vers la Chine », a déclaré cette semaine le secrétaire général de l'Association des compagnies aériennes africaines, Abderahmane Berthe.

D'autres sont allés plus loin, et ont suspendu les vols avec des zones infectées. Ce 13 mars, le Maroc a bloqué, jusqu'à nouvel ordre, les liaisons aériennes vers la France et l'Espagne, ses deux premiers partenaires commerciaux.

Les avions à destination et en provenance d'Algérie sont aussi cloués au sol. Kenya Airways, une des principales compagnies du continent, a, quant à elle, suspendu tous ses vols vers Rome et les vols charter entre l'Italie et sa côte. Air Algérie a suivi en annulant ses liaisons avec Milan et Rome.

Elle a aussi fortement réduit ses vols de et vers la France et supprimé tous ceux en lien avec l'Espagne. Le voisin tunisien a appliqué ces restrictions au transport maritime. Depuis mardi, les ports tunisiens sont fermés aux navires provenant de l'Italie, et ce jusqu'au 4 avril 2020. Les traversées à destination de la France ont, elles, été réduites à une par semaine, entre le port de la Goulette et celui de Marseille.

Les rassemblements réglementés, voire interdits

Ces mesures, appliquées depuis quelques semaines, n'ont pas toujours suffi à empêcher le coronavirus de faire son apparition dans les pays concernés. Le Kenya vient tout juste en effet de signaler son premier cas. Pour mieux contenir l'épidémie, le gouvernement a temporairement suspendu les rassemblements publics d'importance, et l'organisation de conférences internationales.

Des événements prévus dans les écoles et les visites aux personnes incarcérées sont aussi interdits. En Algérie, les autorités sont même allées jusqu'à fermer les écoles et les universités, et ce jusqu'à la fin des vacances de printemps le 5 avril prochain. Les manifestations sportives et culturelles ont aussi été reportées et les compétitions nationales se dérouleront à huis clos jusqu'au 31 mars.

Au Sénégal, pays le plus touché d'Afrique de l'Ouest, la question de l'interdiction des rassemblements est en ce moment au cœur des préoccupations. Car le pays s'apprête à accueillir le 22 mars des dizaines, voire des centaines de milliers de fidèles pour l'un des rassemblements religieux les plus importants du calendrier, le « Kazu Rajab ».

L'événement est prévu à Touba, ville sainte de la confrérie musulmane des Mourides. Et il n'est pas le seul, puisque d'autres grands festivals religieux doivent également se tenir dans les prochains jours dans plusieurs villes du pays, dont Dakar. Pour le moment, aucune annonce des autorités en rapport n'a été faite.

Au Rwanda, où aucun cas n'a été détecté jusqu'aujourd'hui, le gouvernement a interdit les concerts, les rassemblements et les foires commerciales. Les églises, les bars, les restaurants et les lieux de divertissements restent en revanche ouverts au public.

Des plans d'action mis en œuvre

Parallèlement aux restrictions, quelques pays ont annoncé la mise en place de plans d'action dédiés. Au Ghana, où deux cas ont été récemment confirmés, le président Nana Akufo-Addo a annoncé mercredi un plan de 100 millions de dollars pour aider le pays à faire face et « équiper le pays, préparer les infrastructures, et sensibiliser le public ».

Riposte similaire au Burkina Faso où le ministère de la Santé a annoncé un programme de plus de 9 milliards de francs CFA, soit 13 millions d'euros. En République démocratique du Congo (RDC), qui a confirmé deux cas sur son territoire, un « plan stratégique national » a été annoncé lundi par le directeur de l'Institut national de recherche biologique (INRB), le professeur Jean-Jacques Muyembe. Le montant du financement attribué à ce plan n'a en revanche pas été dévoilé.

Des consignes mises en avant

Au-delà des plans d'action, la plupart des pays africains incitent la population à respecter les consignes transmises par l'OMS. Le lavage régulier des mains a été bien relayé par le gouvernement rwandais. Les usagers des transports en commun, mais aussi les simples promeneurs, ont désormais à leur disposition des lavabos portables avec du savon ou du gel hydroalcoolique à même la rue.

Une majorité d'experts internationaux estiment qu'au vu de ces mesures, les pays africains prouvent avoir tiré les leçons des récentes épidémies de fièvre hémorragique Ebola. Et qu'en conséquence, ils sont désormais mieux préparés face au Covid-19.

Dorian Job, responsable de programmes pour Médecins sans frontières (MSF) au Burkina, au Niger, au Nigeria et au Cameroun, confirme : « Les systèmes de santé, les plateformes de coopération et de communication et le monitoring se sont développés. » La question est de savoir si ce développement aura été suffisant pour contenir la pandémie.

Marlène Panara
Le Point / MCP, via mediacongo.net
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