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Après-Covid-19 : Macky Sall appelle à repenser le monde

Après-Covid-19 : Macky Sall appelle à repenser le monde 2020-04-09
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Macky Sall

Dans un éditorial, le président sénégalais évalue les conséquences du Covid-19 sur l'Afrique, dont il loue la résilience, et appelle à repenser le monde.

Appel à l'annulation de la dette publique africaine et au réaménagement de la dette privée du continent, participation à la conférence téléphonique du vendredi 3 avril pour discuter, avec les présidents Emmanuel Macron de la France, Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, Cyril Ramaphosa de l'Afrique du Sud, Paul Kagamé du Rwanda, Félix Tshisekedi de la RD Congo, Abdel Fattah al-Sissi de l'Égypte, Uhuru Kenyatta du Kenya, Emmerson Mnangagwa du Zimbabwe, le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki et le Premier ministre et Nobel de la paix Abiy Ahmed d'Éthiopie, de la réponse sanitaire et économique à apporter contre l'épidémie de coronavirus en Afrique, discours solennel diffusé à la télévision nationale le 23 mars pour décréter l'état d'urgence en raison du Covid-19, discours à la nation le 3 avril, veille de la fête de l'indépendance du Sénégal, annonçant les axes du Programme de résilience économique et sociale d'un montant de 2 milliards de dollars, éditorial publié dans le quotidien sénégalais Le Soleil intitulé « L'Afrique et le monde face au Covid-19 : point de vue d'un Africain » : le président Macky Sall fait feu de tout bois pour partager sa perception de la crise sanitaire qui a cours.

S'il convient de noter que ce n'est pas souvent qu'on voit un chef d'État se muer en éditorialiste, il importe de s'appesantir sur le contenu d'un texte qui en dit long sur la prise de conscience des responsables africains de la place réelle de l'Afrique dans le concert des nations, des forces et des faiblesses qui découlent des relations de celle-ci avec les autres continents, des aménagements et des révisions, même déchirants, qu'elle devra effectuer pour se remettre à l'endroit, de la manière dont elle souhaite que le monde soit repensé. Trois idées fortes se dégagent de cet éditorial inédit : d'abord, l'Afrique partage le destin du monde, ensuite, elle ne baisse pas les bras, enfin, elle est prête, dès que la crise sanitaire du Covid-19 aura été jugulée, à repenser notre monde en tirant les leçons du passé.

L'Afrique partage le destin du monde

« Nous sommes tous vulnérables », affirme ainsi le président Macky Sall, qui pointe du doigt « les vulnérabilités communes » s'ajoutant aux « fragilités individuelles ». Mettant en exergue « les limites de l'État-nation face aux menaces transfrontalières », il remonte à une source littéraire qui parle à tous les Africains, le livre L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane paru en 1961 chez Julliard. Parce qu'elle met en scène le choc qu'a pu être la rencontre de l'Afrique avec l'Europe, cette publication, étudiée dans nombre d'établissements scolaires d'Afrique, donne au propos une dimension panafricaine. « Nous n'avons pas le même passé… mais nous avons le même avenir, rigoureusement. L'heure des destinées singulières est révolue. Nul ne peut vivre de la seule préservation de soi », dit-il, citant l'ancien fonctionnaire de l'Unesco et écrivain Cheikh Hamidou Kane, également auteur d'un autre ouvrage de référence, Les Gardiens du Temple chez Stock, un roman où, là aussi, l'Afrique et ses usages sont confrontés au monde extérieur.

L'Afrique ne baisse pas les bras

Tout en montrant combien le coup est rude pour l'Afrique, sur les plans économique, social et politique, le président met en avant la forte résilience du continent, qui se prend en main à travers des plans de riposte. Pour le cas du Sénégal, le Programme de résilience économique et sociale (Pres) de 2 milliards de dollars, le Fonds de riposte contre les effets du Covid-19. Cela dit, « l'Afrique ne doit pas être laissée pour compte dans un combat planétaire contre un péril planétaire », explique-t-il. Et de préciser qu'il ne faudrait pas confondre la résilience de l'Afrique avec de la faiblesse congénitale au point d'en faire un terrain d'expérimentation, un propos qui résonne de manière particulière au moment où l'éventualité d'essais de vaccins en Afrique fait débat. « L'Afrique n'est pas un no man's land », indique-t-il, avant d'ajouter : « Elle ne servira pas de cobaye. Exit les scénarios catastrophistes qui dessinent un futur d'apocalypse. » Voilà qui fait penser à la récente note diplomatique du Centre d'analyse, de prospective et de stratégie rattaché au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et intitulée « L'effet pangolin : la tempête qui vient d'Afrique. » « L'Afrique a des atouts », poursuit-il, relevant qu'elle dispose, à partir d'« un réseau scientifique de qualité et connecté au dispositif mondial d'alerte et de gestion de crises sanitaires internationales » d'experts, de chercheurs et de praticiens capables de relever d'importants défis dans un monde renouvelé.

L'Afrique prête à repenser le monde

Quelle posture adopter après le Covid-19 ? Au propre comme au figuré, « il faudra revenir sur terre », dit le président Macky Sall. Les pays africains qui étaient partis sur des chemins dits d'émergence vont devoir changer d'approche sur beaucoup de plans. Sur le plan économique, la diversification s'impose désormais non comme un choix, mais comme une obligation. Explication : l'Afrique est principalement dépendante des matières premières, ce qui la fragilise par rapport aux cours mondiaux. On le voit avec les pays producteurs de pétrole très en difficulté actuellement en raison du cours du baril autour des 20 dollars. Il en est de même de la question de la création de valeur sur place. On disait que l'Afrique pouvait sauter une étape en raison de l'informatique et du développement du numérique. Il semble qu'il va falloir réviser cette affirmation. Pour limiter les importations grosses consommatrices de devises, un minimum d'industrialisation s'impose. Autre point : la notion de produits de première nécessité. Jusque-là, elle renvoyait surtout à des produits alimentaires. La crise du nouveau coronavirus va conduire à l'élargir et à prendre en compte la notion de produits stratégiques qui va bien sûr comporter tout ce qui aidera à limiter au maximum le risque sanitaire.

Faire évoluer les approches sectorielles

Dans le monde d'après-Covid-19, il va falloir « redéfinir l'ordre des priorités et redonner plein sens à l'économie réelle », dit le président Macky Sall dans son éditorial. Et de citer ce sur quoi il conviendra que l'Afrique et le monde se penchent pour promouvoir « un nouvel ordre mondial qui met l'humain et l'humanité au cœur des relations internationales : l'agriculture, l'énergie durable, les infrastructures, l'éducation, la formation et la santé ». Pour illustrer combien la santé doit être prise en compte de manière prioritaire, il appelle à la mettre au même niveau d'urgence que la paix, la sécurité, l'environnement et la lutte contre le terrorisme.

Cette approche rappelle combien il est urgent de remettre en question le consensus de Washington et de s'inscrire dans le sillage du consensus de Dakar de décembre 2019. Faut-il le préciser ? En présence de la directrice du Fonds monétaire international, du vice-président de la Banque mondiale en charge de l'Afrique, des chefs d'État africains, dont, entre autres, le Béninois Patrice Talon, le Togolais Faure Gnassingbé, le Nigérien Mahamadou Issoufou, le Burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, l'Ivoirien Alassane Ouattara, le Premier ministre malien, Boubou Cissé, et bien sûr le président Macky Sall, avaient mis en exergue pourquoi il était important de prendre en compte la charge budgétaire induite par la lutte contre le terrorisme dans la manière d'approcher la gestion de la dette des pays africains et, au-delà, celle de leur gouvernance.

Promouvoir à nouveau des valeurs fortes

Plus loin, sur un autre terrain, il s'agit de bâtir un nouvel ordre mondial. Dans son éditorial, le président Macky Sall appelle à la restauration d'« une confiance mutuelle et une volonté sincère de coopérer autour de questions d'intérêt commun et de valeurs partagées, dans le respect de nos différences et de nos diversités ». Et de citer cet adage selon lequel « l'arc-en-ciel doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs ». Dans le sillon de la solidarité qui se sera construite pendant la crise sanitaire, il faudrait, indique-t-il, combattre encore plus vigoureusement les discriminations, les stigmatisations et les préjugés. En fait, il s'agit de promouvoir « l'homme intégral » dont il a parlé dans son texte.

Les leçons d'un éditorial

À ce niveau de l'écho donné à cet éditorial du président Macky Sall, il convient de retenir que ce qui est intéressant à noter, c'est que tout présidentiel qu'il soit, il se veut le « point de vue d'un Africain ». Le symbole est fort, car il remet au centre de la problématique le point de vue du citoyen africain de quelque pays qu'il vienne. Il préfigure aussi la nécessité de prendre en compte l'Africain dans ses différents profils : politique, social, culturel et économique, et de mieux l'ancrer dans les réalités de son environnement. Cette crise aura mis à nu toutes les fragilités de nos pays. Celles-ci sont d'autant plus criantes qu'elles révèlent une sorte de fracture entre « un pays institutionnel et formel » et « un pays réel et informel ». Pour l'Afrique, l'après-Covid-19 pourrait aussi et surtout être une opportunité pour se réinventer sur les plans notamment politique et économique. Plus que jamais, il s'agit de réduire le départ entre l'État et les populations, entre le formel et l'informel. Dans un environnement où il faut consolider les moyens, cette démarche serait salutaire. La crise sanitaire du Covid-19 a révélé combien la convergence des énergies peut permettre de gagner en réactivité et en efficacité. Continent durement éprouvé, l'Afrique pourrait tenir là une leçon salvatrice pour son développement et son émergence.

 


Le Point / MCP, via mediacongo.net
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My account | JUSMYLK - posté le 09.04.2020 à 17:33

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