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En pleine pandémie, le Moyen-Orient se prépare à un ramadan morose

En pleine pandémie, le Moyen-Orient se prépare à un ramadan morose 2020-04-22
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RYAD | «Nos cœurs pleurent», se désole le muezzin de la Grande Mosquée de La Mecque, la ville sainte de l’islam, désertée à l’approche du mois du jeûne du ramadan en raison de la pandémie de COVID-19 et du confinement généralisé dans les pays du Moyen-Orient. 

Pas de rassemblements pour de grands repas du soir (iftar), pas de prière nocturne à la mosquée (tarawih), pas de voyage dans les villes saintes de l’islam, pas même de réunion entre amis jusque tard dans la nuit.

De l’Arabie saoudite au Maroc, en passant par l’Égypte, le Liban ou la Syrie, les musulmans du Moyen-Orient se préparent cette année à un ramadan des plus mornes. 

«Nous sommes habitués à voir la grande mosquée bondée de gens pendant le jour, la nuit, tout le temps. C’est un profond déchirement», confie le muezzin Ali al-Molla, à La Mecque. 

Ces dernières semaines, au lieu d’accueillir la foule habituelle, un vide inédit entoure la Kaaba de la Grande Mosquée, une grande structure cubique noire drapée de tissu brodé d’or, en direction de laquelle les musulmans du monde entier prient.  

Pour contenir la propagation du nouveau coronavirus, les autorités saoudiennes ont suspendu le petit pèlerinage, la omra, à La Mecque et Médine.  

Et il est probable que l’Arabie saoudite annule aussi le grand pèlerinage annuel, le hadj, fin juillet, Ryad ayant appelé les musulmans à suspendre leurs préparatifs de voyage à La Mecque. 

Les autorités religieuses de plusieurs pays, comme en Arabie saoudite ou en Égypte, ont soutenu ces restrictions, insistant sur la nécessité de prier à la maison et éviter les rassemblements.  

Masques et désinfectant 

À Jérusalem, qui abrite la mosquée d’Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, le grand mufti, Mohammad Hussein, a annoncé des restrictions similaires concernant la prière pendant le ramadan. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé aux pays «d’empêcher un grand nombre de personnes de se rassembler dans des lieux associés aux activités du ramadan, tels que les lieux de divertissement, les marchés et les magasins».

Le mois de jeûne est généralement une période de forte consommation des ménages au Moyen-Orient, mais cette année les commerçants risquent d’être frappés de plein fouet par la frilosité des acheteurs, qui veulent avant tout se procurer masques, gants ou désinfectant. 

«J’avais économisé une certaine somme pour le ramadan, mais je l’ai dépensée pour acheter des choses nécessaires pour le confinement et pour me protéger contre le virus», explique Younes, 51 ans, qui travaille dans un magasin de vêtements à Damas. 

L’Iran, pays du Moyen-Orient le plus touché par la pandémie, a autorisé la semaine dernière certaines entreprises de Téhéran à rouvrir leurs portes, afin de ne pas fragiliser davantage une économie déjà plombée par les sanctions américaines. 

Selon les chiffres officiels, la maladie de la COVID-19 a tué plus de 5 000 personnes et infecté plus de 80 000 en Iran. 

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a appelé ses concitoyens à éviter tout rassemblement durant le ramadan sans pour autant «négliger la prière, la supplication et l’humilité dans notre solitude».

Charité 

En Égypte, pays le plus peuplé de la région avec plus de 100 millions d’habitants, le ramadan voit chaque année les rues des grandes villes se remplir jusqu’à l’aube, avec des mosquées et restaurants bondés, à côté de magasins illuminés de lanternes, symbole de ce mois sacré. 

Mais pour Sameh al-Yamani, un traducteur âgé de 51 ans, les mesures des restrictions doivent être observées à la lettre. «Cette année, je prierai à la maison. La fermeture des mosquées est justifiée, il y a trop de promiscuité lors des prières», assure-t-il. 

Si le confinement empêche les festivités, il ne dispense pas les musulmans «en bonne santé» de jeûner «comme les années précédentes», temporise l’OMS. 

Les patients atteints de la COVID-19 sont en revanche appelés à consulter leurs médecins concernant la pratique du jeûne «comme ils le feraient pour toute autre maladie», ajoute l’organisation.  

Et les autorités religieuses continuent leurs traditionnels appels à la charité, l’un des cinq piliers de l’islam.  

Bien que confinés dans des pays en guerre, comme la Libye, la Syrie ou le Yémen, des fidèles sont ainsi résolus à ne pas oublier les plus pauvres. 

«Le ramadan est toujours une période de charité et cette année, les nécessiteux sont nombreux, surtout avec les personnes déplacées par la guerre», rappelle Karima Mounir, une banquière libyenne de 54 ans et mère de deux enfants.


JDM / MCP, via mediacongo.net
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