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Mines : comment les exploitants tentent de limiter la casse

Mines : comment les exploitants tentent de limiter la casse 2020-05-02
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C'est un trésor géologique qui s'étend sur environ 500 km dans le sud de la province du Haut-Katanga, elle-même encastrée en République démocratique du Congo. Dans la « ceinture de cuivre », à quelque 2 000 km de la capitale congolaise Kinshasa, les cas de coronavirus et les soubresauts de l'économie mondiale sont scrutés à la loupe. Les recettes fiscales minières ont représenté 37 % des revenus de l'État congolais soit 1,46 milliard d'euros en 2018, tandis que le secteur extractif constitue l'essentiel des recettes d'exportation du pays.

Alors que deux jours de confinement avaient été décrétés dans le Haut-Katanga les 24 et 25 mars suite à la détection de trois cas de Covid-19 – une « fausse alerte » selon l'analyste économique Al Kitengue-, deux villes de la province viennent à nouveau d'être confinées : Lubumbashi, ce mardi 28 avril, et Kasumbalesa, ce mercredi 29 avril. « Il s'agit d'une mesure d'une durée de 48 heures qui vise à identifier les personnes ayant été en contact avec les premiers cas de coronavirus détectés à Lubumbashi. C'est une brève alerte qui ne devrait pas se répercuter de façon majeure sur la production. D'ailleurs, la frontière avec la Zambie reste ouverte, ce qui est essentiel tant pour l'évacuation du minerai que pour l'approvisionnement en matériel », résume Al Kitengue.

La province compte pour l'heure cinq cas de coronavirus, selon le gouverneur du Haut-Katanga Jacques Kyabula Katwe. La majorité des cas de Covid-19 recensés en RD Congo (572 personnes contaminées et 12 décès selon l'Institut Johns-Hopkins) restent concentrés à Kinshasa. Dans ce territoire qui assure près de 6 % de la production mondiale de cuivre (1 420 386 tonnes de cuivre en 2019, selon la Banque centrale du Congo) et environ deux tiers de la production mondiale de cobalt (77 964 tonnes en 2019), les regards sont donc plutôt rivés vers la Chine et ses raffineries, où « l'essentiel du cuivre et du cobalt congolais est acheminé. À partir du moment où la demande chinoise faiblit, nous sommes donc touchés. Les premiers chocs ont été ressentis dès le mois de janvier, et se sont accentués jusqu'en mars », poursuit l'expert congolais. Des chocs macroéconomiques indirects, et d'autres, directs, qui ont affecté à des degrés divers la production minière.

Baisse de régime générale

« La plupart des exploitations, à l'instar de Tenke Fungurumé (plus grande mine de cuivre et de cobalt détenue majoritairement par China Molydenum, NDLR), ont commencé à réduire la voilure. Arrêter complètement la production n'est guère envisagé, car la reprise serait trop coûteuse. Les entreprises ont plutôt fait le choix d'interrompre certaines activités non essentielles, quitte à ralentir la production », rapporte Al Kitenge, un cadre général qui compte toutefois quelques exceptions.

Le négociant suisse en matières premières Glencore a par exemple décidé le 8 avril de fermer ses mines de cuivre (Mufulira et Kitwé) dans le nord de la Zambie, prétextant les répercussions de la crise sanitaire. Une mesure vivement critiquée par le gouvernement et les syndicats, et ayant conduit le 14 avril à la rétention, durant quelques heures, à l'aéroport de Lusaka, de Nathan Bullock, patron australien de la filiale de Glencore Mopani Copper Mines (MCM). Des discussions sur un éventuel redémarrage de l'exploitation seraient toujours en cours.

« Le site de Mopani a produit 120 000 tonnes de cuivre en 2018 – la moitié en 2019 en raison de travaux de maintenance – et emploie environ 11 000 travailleurs. Un arrêt de la production pendant plusieurs mois représenterait un manque à gagner considérable pour l'État », rend compte Maïté Le Gleuher, analyste à la direction des géoressources du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Et d'ajouter : « Ce n'est pas la première fois que Glencore recourt à cette stratégie, consistant à suspendre ou réduire la production quand les cours sont bas. En 2016, il avait réduit d'un tiers sa production de zinc en fermant temporairement des mines, notamment en Australie, dans l'objectif de redresser les cours. »

Maïté Le Gleuher rappelle que le cours du cuivre au comptant au LME (London Metal Exchange) a décliné de 15 % depuis le début de l'année « avec une plongée sous la barre des 5 000 dollars la tonne le 23 mars (4 678 dollars), contre 6 165 début janvier. Il est depuis reparti à la hausse pour s'établir à 5 231 dollars la tonne le 30 avril. La remontée reflète la progression de l'activité manufacturière chinoise en avril pour le deuxième mois consécutif, selon les chiffres officiels et la chute des stocks de cuivre à la Bourse des métaux de Shanghai (SHFE) ».

Kinshasa inflexible face aux miniers

En RD Congo, Glencore s'est montré moins offensif, même si la mise en service d'une usine d'acide sulfurique pour traiter le minerai a été retardée. « S'il a été tolérant envers les PME et PMI, l'État congolais a fait preuve d'une très grande fermeté vis-à-vis des grandes sociétés minières, et les a sommées de maintenir leur activité et de ne pas procéder à des licenciements massifs. Non seulement le secteur minier constitue le socle de l'économie formelle, mais il a aussi un impact social dans cette partie du pays. Toute une partie de l'activité informelle tourne autour de ces exploitations, dont l'arrêt pourrait causer une insurrection ! » explique le spécialiste des ressources stratégiques Al Kitengue. Le rapport de force entre l'État et les multinationales minières s'est d'ailleurs durci ces dernières années, se matérialisant par un nouveau Code minier plus favorable à l'État.

Au final, seule Chemaf, filiale congolaise de Shalina Resources, basée à Dubaï, a dû fermer son usine de traitement d'Usoke depuis l'épidémie de coronavirus, « mais en raison de problèmes de transport de minerai oxydé. Cette fermeture a des répercussions importantes sur les activités minières artisanales. Sur leur concession s'était en effet organisée une mine artisanale, gérée par une ONG, qui peut employer jusqu'à 200 000 mineurs lorsque les cours du cuivre sont élevés », note Maïté Le Gleuher. Une rupture d'activité préoccupante pour cette catégorie de travailleurs, très présents dans les secteurs du cuivre et du cobalt.

Projets et produits épargnés par la crise

Enfin, Ivanhoe Mines, plus grand projet de cuivre actuellement en développement dans le monde, censé démarrer l'exploitation de minerai au 3e trimestre 2021, se dit jusque-là « peu inquiet » face à la crise sanitaire et à ses répercussions. « Il dispose déjà des fonds nécessaires à la réalisation des infrastructures. Reste à voir si les restrictions sur les transports et les déplacements ne vont pas affecter l'importation d'équipements et perturber les chantiers en cours », glisse Maïté Le Gleuher. « Son gisement de Kalula, rappelle-t-elle, est caractérisé par des tonnages et des teneurs en cuivre très élevés, de l'ordre de 6,8 % au début de l'exploitation, selon Ivanhoe Mines, contre des teneurs en cuivre n'excédant généralement pas 1,5 % pour les gisements chiliens et péruviens. »

Quant au cobalt, dont « les gisements de Mutanda, Kamoto et Tenke-Fungurume, tous les trois situés en RD Congo, contiennent individuellement des ressources de plus de deux millions de tonnes de cobalt contenu et représentent à eux seuls 60 % des réserves mondiales », selon une note du chercheur Gaétan Lefebvre, la tendance baissière se confirme. « Cela s'explique par la demande moindre de la Chine, qui a réduit sa production de véhicules électriques, et par un surplus de la production artisanale en RDC en 2019 », note l'analyste en géoressources du BRGM. Pour autant, la demande reste soutenue pour le minerai semi-transformé en hydroxyde de cobalt. Une sorte de produit intermédiaire « utilisé pour fabriquer les cathodes de batteries lithium-ion. La production de batteries consomme maintenant plus de la moitié du cobalt mondial », souligne Maïté Le Gleuher.

Coup d'accélérateur en Guinée

En Guinée, État également très dépendant des revenus issus des ressources minérales, l'heure n'est pas au relâchement. « Les entreprises doivent absolument continuer à fonctionner tout en s'adaptant aux circonstances sanitaires », déclarait le 24 avril au site d'infos Guineenews le patron du consortium SMB-Winning Sun Xiushun. Ce consortium sino-singapouro-guinéen, premier producteur de bauxite de Guinée (plus de 35 millions de tonnes exportées en 2019), revendique 10 000 employés. Dans la région de Boké, à 300 kilomètres au nord de Conakry, où il opère aux côtés de sociétés émiraties, russes, guinéennes, britanniques ou chinoises, « les activités se déroulent normalement », observe le journaliste spécialiste du secteur minier Abdoulaye Keïta. « Nous sommes dans la période de l'année, de février à avril, où l'extraction, le transport et le stockage de bauxite s'intensifient, avant l'arrivée de la saison pluvieuse. Pendant l'hivernage, les sociétés qui ont opté pour le transport par camion font par exemple face à des complications : les routes sont moins praticables. L'étape de séchage du minerai, dans le cas de la Compagnie des bauxites de Guinée (opérateur historique en Guinée détenu à 49 % par l'État, à 51 % par un consortium regroupant Rio Tinto, Alcoa et Dadco, NDLR), est aussi perturbée en saison des pluies », résume-t-il.

Comme dans la province du Haut-Katanga en RD Congo, la région minière de Boké semble moins touchée que la capitale Conakry par le coronavirus (1 495 cas détectés en Guinée et 7 décès). Toutefois, la CBG, où un responsable de la direction a été testé positif au Covid-19, a fermé fin mars ses bureaux de Kamsar, ville côtière qui abrite son port minéralier. « Mais ils ont pris des dispositions pour désinfecter les locaux et confiner les employés. Quant à ceux qui sont affectés à la chaîne de production, ils travaillent en circuit fermé entre les mines et les bases-vie, sans contact avec l'extérieur », note Abdoulaye Keïta. Un mode opératoire adopté par d'autres exploitants. « L'État a beaucoup à perdre si la production ralentit, mais la plupart de ces sociétés, qui investissent dans le long terme, également », précise-t-il.

Reprise « moins fluide que prévu » en Chine

Si les miniers semblent donc viser coûte que coûte leurs objectifs de production en 2020, ils doivent cependant composer avec la demande de la Chine, premier producteur et consommateur d'aluminium, qui s'est amoindrie depuis le début de l'année. Et en dehors de la bauxite de la CBG (environ 15 millions de tonnes exportées en 2019), l'or rouge guinéen approvisionne surtout les raffineries chinoises. Deux étapes industrielles sont nécessaires pour produire de l'aluminium, avec une transformation intermédiaire de bauxite en alumine. Or, les usines d'alumine chinoises sont plus ou moins productives selon leur localisation. « Dans la province du Shandong, où a lieu environ 30 % de la production chinoise d'alumine et qui est produite à 100 % à partir de bauxite importée, l'acheminement des matières premières vers les usines n'est pas trop perturbé. Mais c'est beaucoup plus difficile dans les provinces plus éloignées, à l'intérieur de la Chine, où le trafic est soit interdit, soit très contrôlé », analyse Yves Occello, consultant pour Amber Development. Entre « des stocks déjà pleins ou des difficultés à s'approvisionner en matière première », « la reprise n'est donc pas aussi fluide que prévu dans les usines d'alumine », poursuit cet expert. Et les cours flanchent : « En décembre, l'alumine s'établissait à environ 322 euros la tonne, mais elle est aujourd'hui à 270 euros la tonne. » Soit une chute de 16 % en 4 mois.

« La baisse de la demande a également des répercussions sur le coût du transport. Dans le cas de la Guinée, source d'approvisionnement la plus éloignée pour la Chine, le coût du fret à la tonne, pour un capesize qui transporte environ 200 000 tonnes de bauxite entre Boké et les ports chinois tels que Yantai, Fanchenggang, etc., se situait habituellement entre 20 et 25 dollars par tonne de bauxite. On est aujourd'hui sur une fourchette entre 12 et 14 dollars, et ces 10 dollars de différence se répercutent sur le prix de la bauxite brute vendue à la Chine », complète Yves Occello. Autre paramètre qui pourrait pénaliser le secteur bauxitique guinéen : le récent transfert d'autorité en Chine, de l'État vers les provinces, dans la gestion des ressources minérales stratégiques.

« Il n'est pas exclu que certaines usines d'alumine de l'intérieur du pays choisissent d'extraire la bauxite à la porte de l'usine et de l'utiliser avec les technologies appropriées plutôt que d'importer une bauxite de meilleure qualité et plus chère, dans le but de limiter le chômage. »

Autant d'éléments qui viennent rappeler que le mantra de la diversification peine encore à se matérialiser dans certaines économies africaines. Comme l'a montré la chute brutale des cours du brut ce 21 avril.


Le Point / MCP, via mediacongo.net
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Dino | DTH82KW - posté le 14.05.2020 à 10:09

Je suis ingénieur Samuel après l'école, alors la vie était censée facilement trouver un bon travail et avoir une famille heureuse, mais ce n'était pas le cas, mais laissez-moi vous dire comment j'ai fait ma fortune, je rejoins les Illuminati et ils me donnent de la richesse sans fin, J'ai beaucoup d'argent maintenant grâce à mon Grand Maître qui m'a fait membre des Illuminati Lord Edmundo c'est un homme bon ma vie est passée de rien à quelque chose de grand venez rejoindre les Illuminati et changer votre vie contactez Lord Edmundo sur Le numéro WhatsApp +2348159768201 la vie changera tous vos désirs cardiaques dans la vie vous aurez tout

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